LÉGENDES DE THESSALIE. - GHIRON
dont le caractère bienveillant et doux forme le contraste le plus complet avec celui de ses frères. S'il leur ressemble par ses traits physiques, il se distingue d'eux par sa généalogie. Il est fils de Cronos; sa mère est PhilyraS la nymphe du tilleul dont la fleur a dû être souvent en usage dans la médecine grecque primitive. Chiron est un chasseur, comme ses frères, mais il est surtout un médecin. Chiron, son nom même l'indique, est celui dont la main {ydp) habile sait panser les blessures et en calmer les douleurs par l'application des « doux remèdes ». Tous les héros thessaliens des anciens temps, savants dans celte science, étaient donc considérés comme les élèves de celui qu'on appelait « le plus juste des Centaures » (S'.xr.oTaTs; KsvTaupwv). Quand Asclèpios vint au monde, Apollon, son père, le porta à Chiron, qui présida à son éducation, en Tinstruisant dans Tart de la chasse et en faisant de lui un habile médecin; c'est à son école qu'Asclèpios apprit à retarder la mort des hommes, à en rappeler même quelques-uns à la vie*. Plus tard, Chiron communiqua le même enseignement à Achille s, dont le père, Pélée, avait été déjà l'objet de ses soins et de sa protection. Ainsi se forma la fable de l'éducation d'Achille par Chiron ; fable que les pocmes homériques ne connaissent pas. Ce génie bienfaisant du Pélion qui, le premier, avait fait servir au soulagement de l'humanité sa connaissance des plantes, était l'objet d'un culte spécial de la part des Magnètcs qui, chaque année, lui offraient les prémices printanières*. Son souvenir s'est conservé dans le nom du Chironion ou grande Centaurée^ dont la racine avait le pouvoir d'écarter les serpents, de les rendre inoffensifs, ou les tuait de son acre parfum'.
Au groupe mythologique des Centaures et des Lapithes thessaliens se rattachent les Aloades ou Aloïdes^ qui sont la personnification de phénomènes analogues \ Les deux Aloades, Ëphialtès et Otos, ont pour mère Iphimédéia, fille de Triopas, pour père Aloeus, ou bien le dieu qui ébranle la terre, Poséidon. Leurs noms^ expriment, comme leur légende, la violence de leur nature. Ce sont des êtres farouches comme les Centaures, gigantesques comme les Titans. Arrivés à l'âge de neuf ans, dit le poêle homérique, ils avaient neuf coudées de large et neuf brasses de hauteur. Dans l'audace que leur inspirait leur force crois-
i. Apollod.. I, 2, 2.
2. Idem, 111, 10, 5. Dans l'Iliade (IV, 218), Machaon guérit les blessures, grftce aux remèdes que Chiron a l'ait connaître à son père Âsclépios. 5. i/iW,X 1,850.