‹ Mythologie de la Grèce antiqueChapitre 490 sur 550 · LÉGENDES D'ARGOS. — LES DANAIDES · texte numérisé non relu

LÉGENDES D'ARGOS. — LES DANAIDES

fille dliiaclios reuferme, à côté de certains noms grecs, des noms de divinités orientales ou de simples personnifications du sol de l'Afrique. Le fils de Zeus et d'Io, Épaphos, eut une fille du nom de Libye qui s'unit à Poséidon pour enfanter Bélos. Bclos à son tour épousa A ncliirrhoé, fille du Nil, qui lui donna deux fils : iEgyplos et Danaos. Le premier eut cinquante fils; le second cinquante filles*. La discorde ayant éclaté entre les deux frères, Danaos, qui redoutait les menaces des fils d'^gyptos, construit, sur l'avis d'Athèna, un vaisseau à cinquante rames, y monte avec ses filles et fuit la côte d'Egypte. Après avoir touché à Rhodes, oii il fonde le sanctuaire d'Athèna Lindia, il aborde à Argos et y reçoit l'hospitalité du roi Gélanor, qui ne tarde pas à lui céder le trône. Désormais la légende des Danaïdes aura pour théâtre le sol de TArgolide, dont la nature particulière suffit à en expliquer les principaux incidents.

Quand les fugitives arrivèrent avec leur père en Argolide, la contrée était entièrement desséchée, par suite de la colère de Poséidon contre Inachos. Parmi les Danaïdes envoyées à la recherche de l'eau, Tune d'elles, Amymonè, surprise par un Satyre, fut défendue et sauvée par Poséidon, qui s'éprit d'amour pour elle et fit jaillir, à sa prière, les sources abondantes de Lerne. Amymonè est donc, à n'en pas douter, une nymphe des fontaines; et, d'après ce premier indice, il est vraisemblable que ses sœurs ont le même caractère*. On racontait que les fils d'i^gyptos s'étaient mis à la poursuite des Danaïdes, mais qu'arrivés sur le sol d'Argos, ils avaient voulu se réconcilier avec leur oncle Danaos et lui avaient demandé ses filles en mariage. Celui-ci, obstiné dans sa haine, médite contre eux une terrible vengeance. Il consent à unir ses filles à leurs prétendants, mais, après la fête des noces, il remet à chacune d'elles un poignard, en leur faisant secrètement jurer de massacrer leurs époux pendant la première nuit nuptiale. Toutes obéissent, sauf une seule, Ilypermnestra ; touchée de pitié, saintement parjure, elle épargne la vie de Lynk,eus, son mari, et prend la fuite avec lui. Les tètes des fils d'i£gyptos sont ensevelies dans le marais de Lerne; leurs corps sont exposés devant les remparts d'Argos. Les Danaïdes sont ensuite purifiées du sang versé, sur l'ordre de Jupiter, par Athèna et par Hermès*. Suivant une autre version, elles expièrent ce forfait en subissant un châtiment après leur mort. Dans l'Uadès, les

i. ApoUod., II, i, 4.

2. Le nom des Danaïdes nous paraît avoir le même sens élymologique que celui des Naïades. Nous le décomposons en àoc-vaxSe;, le préfixe Sx = Çx ayant une valeur augmentative, comme dans .cx-aKioçf Sx-fOivoi, ^ct'Oeoi, Ça-nu/co;. etc.

5. Sources de la légende : ^Escli., Suppl.., passim. Apollod., II, i, 5. Ilyg., Fab., lG8-i70. -

m\ MYTUOLOGrE DE LA GRÈCE ANTIQUE.

Danaïdes sont condamnées à puiser sans relâche de Feau dans des vases sans fonds.

Ce dernier détail, rapproché de Thistoire d*Amymonè, nous donne la clef de la fable. Les Danaïdes étant des nymphes des fontaines, leur châtiment exprime le phénomène qui se produit en été dans la plaine d'Argos, alors que Teau des sources, ne coulant plus que faiblement et en maigres filets, s*évaporc sous Tardeur des rayons solaires ou se perd dans le sol altéré. Le reste de la légende s'explique d'une façon analogue, d'après l'ingénieuse interprétation de Preller que nous adoptons. Si la plaine d'Argos est desséchée pendant l'été, elle est sillonnée, durant l'hiver par plusieurs torrents furieux. La colère des fils d'vEgyptos contre les Danaïdes qu'ils poursuivent est celle de ces torrents qui inondent et ravagent la plaine, qui menacent de leur violence les nymphes des sources. Plus tard, quand leur fureur se calme, ils sont assimilés à ces nymphes; ils deviennent leurs époux. Mais, au fort de la chaude saison, ces torrents sont entièrement à sec. Les fils d'.ïgyptos sont alors tués par leurs épouses, c'est-à-dire que les sources des torrents sont supprimées, quand les simples fontaines coulent encore. Leurs cor[)s, en d'autres termes, leurs lits desséchés sont exposés à tous les yeux, mais leurs tètes sont ensevelies dans les marais de Lerne, dans le canton le plus humide de l'Argolidc oii l'eau se conserve cachée dans les profondeurs de la terre. L'un d'eux cependant a survécu : c'est Lynkeus qui s'est enfui dans le pays de Lyrkcia ou Lynkeia* où l'inachos prend sa source. Ce fils d'.Egyptos, échappé au massacre général de ses frères, est donc probablement l'inachos luimême, qui roule encore ses eaux vers la mer, alors que les autres torrents, ses voisins de la plaine, les ont perdues -.

Les généalogies royales d'Argos et de Tirynthe remontaient jusqu'à ce fils d'.Egyptos. De son union avec la Danaïde Ilypermnestra il avait eu un fils, Abas, qui devint le père de Prœlos et (TAcrisios : héros qui ont une histoire, qui sont plus célèbres encore par les aventures de leurs enfants. Prœtos et Acrisios sont deux frères ennemis, deux jumeaux qui se querellaient déjà dans les entrailles de leur mère. Devenus grands, ils se disputent la royauté et entrent en guerre l'un contre l'autre*. Acrisios a l'avantage, il chasse son frère du territoire d'Argos. Celui-ci se retire en Lycie, auprès du roi lobatès ou Amphianax dont il épouse la fille, Antéia ou Sthénéboia. Avec le secours des guerriers

i. D'après Paus.inias, II, 25,4-5, liVnkci.i était l'ancion nom du pays.

2. Inlcrpn'talidii «le M. Cox, Mifthot. of the Anjan Nations, H, p. *270.

T». Vnu^u., H, *i5, 0. Ce combat i-lait reprcscnlc dans une IVlo argiouiic •Hc$>ch. v.

LÉGENDES D'ARGOS. — DANÂÉ. 501

lyciens que lui donne son beau-père, il rentre en Argolide, s'empare de Tirynthe, que les Cyclopes fortifient pour lui et où il s'établit, abandonnant à Acrisios le trône d'Argos. On se rappelle Tépisode dramatique de Tamour de la femme de Prœtos pour le héros Bellérophon ' . La malheureuse destinée de ses deux filles, Lysippè et Iphianassa, était le sujet d'une légende non moins connue. Arrivées à Tâge nubile et recherchées par de nombreux prétendants, elles sont subitement saisies de iolie : châtiment qui leur est envoyé par Dionysos ou par Hèra dont elles avaient méprisé le culte. Dans leur égarement, elles parcourent, à demi nues, d'une course vagabonde, tout le Péloponèse. Prœtos consulte alors un devin célèbre, qui possédait la science des remèdes et des purifications. Mélampous, fils d'Amythaon, promet de guérir les Prœtidcs, si leur père lui assure comme récompense le tiers de son royaume. Prœtos, indigné, repousse d'abord ces conditions, mais, la maladie de ses filles s'aggravant et se communiquant aux autres femmes d'Argos, il est forcé de recourir encore une fois au devin, qui élève alors ses prétentions et demande un second tiers du royaume pour son frère Bias. Prœtos accepte, malgré lui, ces conditions nouvelles, et le devin accomplit, comme il s'y est engagé, la purification des Prœtides. Il s'approche d'elles, et les poursuit, à la tête d'une troupe de jeunes gens qui poussent de grands cris et se livrent, sous l'influence de Bacchus, à des danses frénétiques. Les Prœtides sont ainsi rendues à la raison. L'une d'elles épouse Mélampous, l'autre Bias*. Prellervoit dans la folie des filles de Prœtos l'image des phases et des courses errantes de la lune*. C'est là une interprétation hasardée que rien ne justifie. Il est à remarquer plutôt que l'égarement des Prœtides rappelle celui d'Agave et des femmes thébaincs. Une partie de cette fable se rapporte probablement à l'établissement du culte de Dionysos en Argolide, car elle exprime les effets terribles et puissants que le dieu exerce sur les âmes, en les égarant ou en les purifiant.

L'histoire de la descendance d'Acrisios est plus riche que celle-ci et plus féconde en incidents merveilleux. Le roi d'Argos, étant sans postérité'mâle, alla consulter l'oracle de Delphes. Il lui fut répondu que sa fille Danaé mettrait au monde un (ils qui régnerait un jour sur la contrée, etdont la gloire serait sans égale, mais que cetenfant tuerait son aïeul. Ainsi, dans la légende thébaine, Œdipe doit tuer Laïos. Acrisios effrayé veut à tout prix mettre obstacle à l'accomplissement de l'ora-

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