Theog.^ v. 459 sqq
devait avoir un terme. De Rhéa devait naître un fils, qui seul échapperait à l'action dévorante du temps, qui triompherait de la mort en domptant son père Cronos, qui sur cette victoire fonderait une souveraineté nouvelle et régnerait à jamais sur l'univers. « Cronos avait appris d*Ouranos et de Ga^a que le sort le condamnait à passer, malgré sa puissance, sous le joug d'un de ses fils, à succomber sous les conseils de Zeus K » On sait par quel stratagème, d'après la Fable, Rhéa réussit à tromper la cruauté de Cronos et à sauver de ses fureurs sa nouvelle et immortelle progéniture. « A la faveur des ombres de la nuit, la déesse, d'une course rapide, se rend à Lyctos ; elle y porte le fruit de ses entrailles, qui est recueilli par Gsea et caché dans les profondeurs d'une caverne, sous les épaisses forêts du mont iEgée. Enveloppant de langes une énorme pierre, Rhéa la présente au puissant fils d'Ouranos, au précédent roi des dieux. Il la prend et l'engloutit aussitôt; insensé qui ne sait pas qu'au lieu de cette pierre un fils lui est conservé, un fils qui ne connaîtra ni la défaite ni les soucis, qui bientôt doit le dompter par la force de son corps, le dépouiller de ses honneurs, et régner à sa place sur les immortels*. »
D'après ce récit hcsiodique, qui place près de Lyctos, en Crète, la caverne qui servit de retraite au nouveau-né de Rhéa, il est évident que nous avons affaire à un mythe d'origine Cretoise que la Grèce s'est de bonne heure approprié. C'est, en effet, tantôt sur le mont Dicté, tantôt sur l'Ida que se passent les scènes de la naissance et de l'enfance de Zeus. A peine le nouveau-né a-t-il été apporté par sa mère dans l'antre sacré que les nymphes de Dicté le reçoivent dans leurs bras et l'endorment dans un berceau d'or'. C'est Tune d'elles surtout, Adrastée, qui présidera à ses premiers ans*. Tous les êtres de la montagne veillent sur l'enfant divin et contribuent à sa merveilleuse croissance. Les abeilles distillent pour lui leur plus doux mieP; les chèvres lui donnent leur lait. Si l'on songe au double sens du mot a^.ç, al^oq, et à l'épithète de al^ioyp^ que porte souvent Jupiter, on ne peut guère douter que l'idée de faire allaiter le dieu enfant par une chèvre ne repose sur une fausse interprétation de ce dernier mot. C'est d'après la même