Herod., V
LÉGENDES liE LA LACOSIE ET IIE LA MESSÉNIE. 011
la ûiilc, les Spartiates allant au combat, portait le nom de l'un des glorieux Dioscures, de Castor à qui l'on en attribuait l'invention (Kaffrjpîiîç "inoî). Sur les monuments, leur caractère sidéral est toujours indiqué. Les monnaies de Sparte nous monlrent, tantôt simplement les deux bonnets coniques des Dioscures (Kg. 17i), dont la forme rappelait au Grecs les deux moitiés de rœufqui avait donné naissance aux nisde Léda, bonnets surmontes chacun d'une étoile; tantôt Castor et
Fip. 173, — DioMure*.
Pollux, nus et debout, se donnant la niaîn et coil'fés àapileus, également constellé ffig. 172.)
Le nom seul d'Hélène, l'éclatante beauté', suffirait à la l'approclicr des Dioscures, ses frères. Comme ceux-ci, elle est une des antiques divinités de la Laconie; comme eux, elle semble être la personnification d'un brillant météore. Le rôle que l'épopée lui attribue dans la guerre de Troie ne peut faire illusion sur son vrai caractère que les Grecs avaient reconnu quand ils lui avaient décerné l'apothéose. Jusqu'au temps d'isocrate, les Laconiens, gardiens fidèles des usages religieux, lui offraient les mêmes sacrifices et lui rendaient les mêmes honneurs qu'à une déesse*. La légende entière d'Hélène montre qu'il faut reconnaîtra en elle une création mythologique, éclosc, comme Cbutes les autres, au spectacle de la nature.
Dans Y Iliade, elle est fille de Zeus ; elle est née de la même mère que Castor et Pollux*. Telle est la tradition la plus conslante. Mais on racontait encore autrement sa naissance. D'après Hésiode, elle était la fille d'Océan et de Thélis*. L'auteur des Chants Cyyriaques lui donnait pour mère Némésis, qui avait fui, sur terre et sur mer, la pour-
i. Hcsych., lii-ni = la.jnii,-. CuHiiis, Grifcft. Elijm.. ]i. «2, 9* iklil. rallnrhc ■E.H-at i la nifmc racine qiie itl-oj et «/.-nini, 'E'tln eal au noniliri: Aei mulu qui avaicii» un iligainnia initiai. Le digamma corretpanctant que1<|ucraia m lignia, le notn d'Hélène ■ pu iHre £iU>q (V. Ahrpns, iJe Crnv. ling. Dial.,\,ç. 50-31 1
S. Iwcr.. Beleu, Encom., 13.
i. A|i. Si:liol.,Pin<l., Kein.. X, 15(1.
suite du dieu du ciel, qui, pour lui échapper, avait pris tour à tour h forme de monstres marins et de divers animaux terrestres. Malgré ces métamorphoses, qui rappellent celles de Thétis fuyant devant Pelée, Némésis avait fini par succomber et avait mis au jour une fille que Lédase chargea de nourrir et d'élever \ Si Némésis, déesse de la vengeance céleste, n'est pas simplement devenue la mère d*Hélène parce que celle-ci devait causer la ruine des Grecs et des Troyens, peut-être faut-il reconnaître dans ce récit Tinfluence de traditions asiatiques. On sait qu'en Asie Mineure la Némésis des Grecs se confondait avec Adrastée, dont le nom n'est probablement qu'une traduction altérée du nom d'Astarté*. Ce serait donc dans la légende troyenne qu'Hélène serait la fille de Némésis- Adrastée, c'est-à-dire la fille de l'Aphrodite asiatique avec laquelle elle a plus d'un rapport. Le poêle dp Ylliade fait, en effet, allusion au séjour d'Hélène en Phénicie et eu Egypte où, au temps d'Hérodote, on rapportait qu'elle avait été l'épouse de Prêtée, et où elle était honorée sous le nom d''A?poo(TY; ïs-vr^'. En Grèce même, Hélène n'est -elle pas constamment soumise au pouvoir de la déesse de l'amour, et sa beauté merveilleuse, ses fatales séductions ne font-elles pas d'elle une autre Vénus?
En laissant de côté les magnifiques développements que l'épopée homérique et la tragédie athénienne ont donnés à la légende d'Hélène, son histoire mythique se résume en peu de mots. Deux fois elle est enlevée par des séducteurs étrangers; deux fois elle est ramenée par les siens dans sa patrie. C'est d'abord Thésée qui, aidé de Pirithoos, l'emmène de Sparte et la prend pour épouse, comme il a fait d'yEglè et de Phaîdre, dont les noms ont le même sens que celui de la fille de Léda. Nous avons vu comment elle fut délivrée de la captivité où la retenait iEthra, mère du héros athénien, par ses frères les Dioscures. Plus tard, devenue l'épouse de Ménélas, elle est la proie de Paris ('AXéçavSpo;) : elle fuit avec lui du côté de l'orient, et vient s'établir en Troade, de même que l'héroïne de Tegée, Auge (rAurore) est conduite en Mysie. Cette fuite est ordinairement représentée, chcx les poètes et sur les monuments, comme une infidélité volontaire d'Hélène, qui, sous l'influence d'Aphrodite, cède aux charmes vainqueurs du bel étranger et à l'entraînement de la passion qu'il lui inspire (fig. 1 73).
1 Ap. Athen., VIH, p. 334, c. Cf. Pausan., I, 33, 7. Hyg. Âstron., 11, 8. D'après d'aotres g(^néalogic9, Hélène est la 11 Ile d'Aphrodite, ou d'Hélios et de Léda (Ptolem. Ileph., Nov. ///«/., IV, 1).
2. Jlartun}?, Religion tmd Mylhol. der Griechen, ni, 118 rapproche la métamorphose de Némésis en poisson, de celle de la déesse babylonienne Dercèto.