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CHAPITRE VIII

LÉGENDES CRETOISES

Une journée de mer sépare les promontoires laconiens de Texirémité occidentale de la grande ilé de Crète, que Carpathos et Rhodes rattachent, du côté de l'orient, aux rivages de la Carie. Ainsi placée, la Crète devait subir l'influence de l'Asie comme celle de la Grèce. Ses religions n'ont point échappé à cette double action. Le culte orgiastique et mystique qu'elle rendait à Jupiter, les rapports étroits qui unissent sa Rhéa à la Cybèle phrygienne, ses Curetés aux Corybantes, indiquent qu'il ne faut pas rapporter à une origine purement hellénique toutes ses fables divines. Dans cet ensemble, quelle part revient aux habitants primitifs du pays? 11 est impossible de le préciser. Ces indigènes, ces Étéocrètes (vrais Cretois), comme on les appelait, étaient déjà confinés, au temps d'Hérodote, dans deux étroits districts*, et ils disparurent sans doute insensiblement. Mais on se souvenait qu'avant les immigrations doriennes, ils avaient occupé l'île tout entière' : ils appartenaient à cette race puissante des Lélèges, qui a devancé les Grecs sur les côtes d'Asie et sur les ilcs de la mer Egée. Les traditions qui attribuent la fondation de Milet à un Cretois, la colonisation de la Lycie à Sarpcdon, frère de Minos', de simples rapprochements de noms géographiques, tels que celui de Plda troyen et de l'Ida crétois, témoignent encore des communications qui se sont établies, anciennement, entre le continent asiatique et la grande île qui en était voisine. Comment, en outre, ne pas admettre, en Crète, la présence des Phéniciens, qui paraissent avoir eu à Cnossos, à la fois un comptoir *et un camp fortifié*? Quand les colons grecs débarquèrent dans I*ile, ils y apportèrent sans doute leurs dieux ; mais il est très-vraisemblable

i. A Polychnè et à Prœsos. Uei-od., VII. 170-171. 2. Herod., 1, 173 : -n^v yàp K/siqtvjv «Îx®* ^^ nxXaib* nivav f^àp^xpoi. 5. Apollod., III. 1, 1. Hérodote, /. cit. considère les Lyciens comme originaii*e8 de Crète. 4. La ville de Cnossos s'appelait primitiTemeni Kcc^pocro^ (Strab., X. 476. Uesych., Katpx- T(o()t d'une racine sémitique, suivant Preller (Grieck. Myth., II, p. 115) qui se retrouve, avec

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