‹ Mythologie de la Grèce antiqueChapitre 54 sur 550 · Jheog., V. Sfti sqq · texte numérisé non relu

Jheog., V. Sfti sqq

flexion des poètes, il y en a d'autres qui ont un sens purement physique et qui doivent s'expliquer par la confusion qui s'était produite entre l'idée du dieu suprême et l'idée du ciel où il habite. Si Zeus est l'époux de Dèmèter et le père dePerséphone, cela voulait dire primitivement que le ciel, par ses pluies et sa chaleur, pénètre et féconde le sein de la terre qui, grâce à lui, donne naissance à celte brillante végétation que chaque printemps voit naître et chaque automne voit mourir. Dit-on qu'il s'est uni à Lèto : cette union est celle du ciel et de la nuit qui enfante à la fois Apollon et Artémis, les rayons du soleil et ceux de la lune. Est-il Tépoux d'Eurynomè et le père des Cbarites : si l'on admet qu'Eurynomè, fille de l'Océan, était une des nombreuses épithètes de l'aurore, et que les Charités sont les chevaux du soleil levant, ou autrement ses rayons, l'amour de Zeus pour Eurynomè ne paraîtra que l'expression poétique de ce fait simple que, chaque matin, le ciel semble s'unir à l'aurore pour enfanter la brillante lumière du jour. On disait encore en Arcadie que Maïa, fécondée par Zeus, avait donné naissance à Hermès dans une caverne du Cyllène. Or, s'il est vrai qu'Hermès est une personnification du crépuscule, Maïa, fille d'Atlas, étant l'aînée des Pléiades, cette union désignera le lever de ces étoiles dans le ciel, avant l'heure du crépuscule qu'elles précèdent et semblent enfanter. La dernière des divinités aimées de Jupiter, d'après la Théogonie, avait été Hèra, qui sera considérée comme sa légitime épouse et comme l'unique reine du ciel.

Zeus avait aimé, en outre, des Nymphes et des femmes mortelles. Le grand nombre des amours terrestres du dieu céleste ne doit point étonner, si l'on songe que le système mythologique des Grecs se compose de fables empruntées à plusieurs cycles légendaires, distincts à leur origine, mais qui se sont plus tarc^ confondus. Les légendes locales qui racontaient les amours de Zeus n'étaient souvent que les variantes d'un thème unique et l'expression diversifiée des mêmes phénomènes naturels. La fertilité du sol étant due en partie à l'humidité fécondante du ciel, dans beaucoup décantons de la Grèce on représentait Zeus comme s'étant uni primitivement à la nymphe ou à l'héroïne qui portait le nom du pays lui-même, qui en était la personnification vivante, et qui passait pour avoir été la première mère de la race que son sol avait nourrie. L'orgueil des nobles familles, qui voulaient faire remonter leur origine au plus grand des dieux, avait donné naissance à des fables analogues. A Égine, par exemple, on racontait que la nymphe JEgina^ fille du fleuve Asopos, qui coule près de Phlia en Argolide, avait été enlevée à son père par Zeus, qui, sous la forme d'un aigle, l'avait emportée à travers les airs et déposée dans

file d'Oinonc ou Oinopia à laquelle elle donna son nom, quand, de son union avec le dieu, elle eul enfanté yEaque^ Cette légende n'exprime évidemment que le fait de la colonisation de Tile d*Égine par des Argiens venus de Phlia, et la prétention qu'avaient les iËacides de descendre de Jupiter. En Arcadie, on disait que le dieu avait aimé Callisto, fille de Lycaon, nymphe et compagne d'Artémis, et que, pour jouir de son amour sans être inquiété par Hèra, il Tavait métamorphosée en ourse. De leur union était né Arcas*. Otfried MûUer a démontré le sens de cette légende ^. D'après lui, Callisto est identique à Callistè, épithète de TArtémis arcadienne dont l'ourse était le symbole. L'expression « fille de Lycaon » équivaut à « fille de ZeusLycien d, et celle de « mère d'Arcas » à « mère de peuple arcadien ». Cette généalogie a donc été sans doute inventée par les Arcadiens, dans l'intention de faire remonter l'origine de leur race à deux des plus grandes divinités du pays : ZeusLykaios et Artémis Callistè.

Le plus souvent, cependant, les récits des amours de Zeus semblent n'avoir été d'abord que les poétiques expressions des rapports du ciel avec les corps brillants qui en parcourent l'étendue et avec les divers phénomènes de la lumière. A Thèbes, Zeus s'était uni à la fille d'Electryon, Alcmène, pour donner le jour à Héraclès, héros dont la nature solaire est un fait établi. Une autre femme béotienne, Antiope, fille du fleuve Asopos, fécondée par Zeus, devint mère d'Amphion et de Zéthos; or, ces deux jumeaux paraissent correspondre aux Dioscures de Laconie et être, comme eux, la personnification soit du double crépuscule, soit du soleil et de la lune. L'union de Zeus avec la Thébaine Séniélè est plus difficile à expliquer. Mais, en Laconie, une image analogue avait créé le mythe des amours du dieu et de Lèda. Comme Lèlo, dont le nom est identique au sien, Lèda est une divinité de la nuit à laquelle s'unit le dieu de l'éther lumineux, sous la forme d'un cygne, ' symbole de la blancheur éclatante de l'aube. De l'un des œufs de Lèda sort Hélène, la radieuse aurore ; de Tautre, Castor et Pollux, les Dioscures, dont nous venons d*indiquer le sens. En Crète enfin, on racontait l'enlèvement d'Europe par Zeus, transformé en un taureau sur la croupe duquel la vierge tyrienne est assise et traverse les mers, pour venir aborder aux rivages de Gnosse. Or, Europe, comme l'indiquent son nom et celui de la Phénicie, c'est-à-dire de la région de pourpre où elle est née et d'où elle est enlevée, c'est la lune « aux vastes rc-

1. Mous résumons la légende. On on trouvera le dévcioppcmenl chez A)iollodore (111,12, 5). Cf. Nonnos, Dion?/»» VII, 2W; XIII, 201, sqq.

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