La mythologie et les fables expliquées par V histoire
3. Pour M. Moreau de Jonnès {Les temps mytho logiques ^ essai de restitution historique y Paris, Didier 1876) les dieux sont les ancêtres, les rois, déifiés par la vénération de leurs descendants. L'ouvrage de Em. Hoffmann, Mythen aus der Wanderzeit der grœko. italischen Stâmme, 1" Thcil, Kronos und Zcw* , (Leipzig, Tcubner, 1876) aboutit à des résultats différents, mais est conçu dans le même esprit.
INTRODUCTION. n
livre sur VOrigÙÊedesCultes^ devait pousser jusqu*à Tabsurde, en prétendant retrouTer» sous la mythologie du paganisme, toute une science astronomique. A ces erreurs antiques devait s'ajouter une erreur nouvelle, née de Tétude de la Bible. L*orientaliste Bochart, qui dérivait les mots grecs de racines hébraïques, était conséquent avec lui-même quand il apercevait des rapports eotre la mythologie d*Homère et les traditions de TAncien Testament, et quand il arrivait à cette découverte que Noé se cache sous les traits de Satume» tandis que les trois fils du patriarche ont pris, chez les Grecs, la figure de Jupiter, de Neptune et de Pluton^ L'auteur de la Théologie païenne €t Physiologie chrélienne *, Voisins, établissait entre les dieux d*Homère et les personnages bibliques des rapprochements non moins surprenants. Huet, le savant évéque d'Avranches, essayant de prouver, dans ses Demonstratio evangelica^ que tous les bons éléments de la théologie païenne sont empruntés a Moïse, alarmait sérieusement que le législateur hébreu était le prototype de la plupart des dieux du monde ancien : personnage aux mille formes et aux mille noms, qui, en Grèce, s^identilîait indifféremment avec Apollon ou avec Yulcain, avec Adonis ou avec Priape', de même que les déesses de TOlympe dérivaient toutes de Miriam, sœur de Moïse, ou de Zippora, son épouse. Ces imaginations du pieux évéque, qui nous font sourire tojonrd'hui, trouvèrenr en leur temps une cerUiine créance* Parmi les érudits Toués alors à Tétude de l'antiquité, quelques-uns, dominés par leurs préoccupations de théologie chrétienne, ne pouvaient consentir à faire honneur aux forces naturelles de Tesprit humain de ce que la morale des Grecs contient de bon et leur religion de raisonnable. Gomme, à leurs yeux, toute la race des Gentils avait été condamnée à Terreur et à Taveuglement, si Ton découvrait chez eux quelque étincelle de bon sens et de raison, il fallait qu'elle fût empruntée a ce foyer de vérité religieuse qui avait brillé pour la seule Judée; ou bien encore, le monument de la sagesse païenne se composait des débris mutilés, mais facilement reconnaissables, d*une révélation primitive.
Cette dernière hypothèse a séduit, de nos jours, Timagination d*un des hommes d*état les plus célèbres de TAngleterre, qui est, en même temps, un de ses écrivains les plus distingués, M. Gladstone. Dans son livre sur Homère et Vâge homérique, comme dans Touvrage plus récent qui a pour titre Juventus mundi^ M. Gladstone soutient cette thèse que la mythologie
i. Geographia sacra, lib. I, i.
2. De theologia gentili et physiohgia chrhtiatm, «nr de origine et progrexsu idola" tritr, Amitelodanii, 1G68.