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grecque est une corruption de hautes et mystérieuses doctrines, révëlëes originairement par Dieu à Inhumanité. Cette religion première, dont les élé« ments se seraient conservés dans les traditions tlicistiques et messianiques des Juifs, avait pour dogmes principaux : l'exislcnce d'un Dieu un et suprême ; d'une Trinité qui se combine avec cette unité ; d'une Sagesse divine qui conserve le monde qu'elle a créé; l'espérance d'un Rédempteur qui, sous la forme humaine, devait descendre sur la terre pour y établir le royaume définitif de Dieu ; la croyance en une puissance du mal qui conduit les anges rebelles et qui ne cesse de tenter les hommes. — Telles étaient, d'après H. Gladstone, les grandes vérités religieuses qui furent le partage de l'humanité naissante. Mais l'esprit de l'homme révolté contre Dieu, ne tarda pas à altérer ce précieux dépôt et à mêler d'impuretés cette pure doctrine. Parti de la lumière, il s'enfonça dans les ténèbres. Le dogme de la trinité conduisit les Grecs au polythéisme, celui de l'incarnation à l'anthropomorphisme. Cependant la trace de ces vérités ne s'est pas complètement eiïacée. La tradition de la trinité se retrouve dans les trois fils de Cronos, celle du rédempteur est représentée par Apollon ; celle de la femme d'où le rédempteur doit naître, par Latone, mère d'Apollon. La Sagesse divine a pris un corps dans Âthèna. Les Titans et les Géants, en révolte contre les dieux, rappellent le chef des anges rebelles, dont le pouvoir tentateur s'exprime dans l'Até homérique. Toutes les autres fables de la mythologie grecque ne sont que des inventions capricieuses, qui sont venues successivement se grouper autour de ces restes des dogmes primitifs. Il serait superflu de s'arrêter à démontrer la faiblesse d'un pareil système. Est-il besoin de dire que, dès son apparition, il a soulevé des réclamations à peu près una^ nimes^, et que le rêve théologique de M. Gladstone, malgré l'éloquence dont il a fait preuve en nous le racontant, n'a séduit ni convaincu personne.
L*idée de rechercher, sous les fables de la mythologie païenne, les vestiges d*une antique et mystérieuse sagesse, avait été déjà l'inspiration dominante du grand ouvrage qui, au début de ce siècle, a servi de point de départ à la rénovation de l'étude historique des religions : je veux parler de la Symboliqiie et Mythologie des peuples anciens du docteur Creuzcr. Sans gravir les hauteurs surnaturelles où, de notre temps, M. Gladstone devait perdre pied, Creuzcr croyait à l'existence d'un vaste système religieux qui aurait dominé en Asie à une époque très-ancienne, et dont les doctrines, singulièrement pures et d'une remarquable élévation, auraient été communiquées aux hommes par les prêtres dans un langage figuré et sous une forme symboli-
1. Voir surtout les objections de M. William Cox, Mythology of the Anjan natioti/t/lf p. 17 etsuiv.
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que. Avec le temps, les symboles s'étaient peu à peu substitués aux idées, dont ils n'étaient à l'origine que les images; les signes avaient pris la place des choses signifiées, et les mythes avaient envahi la religion jusqu'à l'étouffer. Dans cette hypothèse, la mythologie n'était qu'une série d'énigmes symboliques dont Greuzer, avec la richesse de son érudition et la profondeur de gon sentiment religieux, cherchait à pénétrer le sens et dont il lui semblait que les néo-platoniciens d'Alexandrie avaient souvent trouvé le mot. Ce système, bientôt battu en brèche, par Voss d'abord qui y voyait une apologie de la théocratie, par Lobeck ensuite, dont le scepticisme radical ne voulait accorder aux religions antiques aucune part de bon sens, par Otfried Mûller qui revendiquait l'originalité de la mythologie grecque et son indépendance vis à vis de l'Orient, devait succomber sous tant d'attaques. Il est aujourd'hui généralement abandonné, et le traducteur français de la Symbolique^ le savant qui a été l'initiateur et le promoteur des études mythologiques en notre pays, M. Guigniaut, s'est vu dans la nécessité d'entourer l'œuvre qu'il interprétait de notes et d'éclaircissements qui ne laissent subsister que peu de choses des théories jadis conçues pai* le docteur Creuzer^
C'est à Otfried Mùller que revient l'honneur d'avoir le premier posé nettement le problème de la mythologie grecque et d'avoir indiqué la voie à suivre pour le résoudre. Par ses Prolégomènes à une mythologie scientifique^ qui parurent en 1825, Otfried Mulkr jetait les fondements d'une méthode applicable à l'interprétation des mythes : méthode encore solide dans ses parties principales et qui a rendu possibles en Allemagne les remarquables travaux des Gerhard, des Welcker, des Preller. Doué à la fois de la rigueur scientifique et de ce génie d'intuition dont la vue pénètre l'état d'esprit des peuples primitifs, il sut le premier comprendre et définir le véritable caractère des légendes divines de l'antiquité. Là où ses prédécesseurs n'avaient vu que les dogmes mystérieux d'une caste sacerdotale ou les inventions artificielles des poètes, il aperçut l'œuvre naïve de l'humanité en son enfance. Le mythe lui apparut comme un acte inconscient et nécessaire par lequel l'esprit de Thomme, encore incapable d'abstraction, envisageait toutes choses sous une forme concrète et vivante. Altérés par les caprices de la tradition orale, embellis surtout et défigurés à plaisir par les poètes, les mythes ont subi, dans le cours du temps, de nombreuses transformations. Le premier devoir de la critique, d'après Otfried Huiler, est donc de les dépouiller de leurs éléments accessoires et de remonter jusqu'à leur forme la plus an-
1. Sur l'état des études mytliologiques au moment où parut l'œuvre de Creuzer, on lira avec un vif intérêt les belles pages de M. Renan [Études d'histoire tel Igieuie.-^ Religion» de l'Antiquité, p. 32 et suiv.).
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cienne, afin de les saisir dans leur origine et d'assister, pour ainsi dire, «\ leur éclosion dans Timagination humaine. Pour arriver a les comprendre, le mythologue doit appeler à son aide les secours les plus divers : la langue d'abord, « cette mère féconde des dieux et des héros », comme favait déjà dit GreuzeR; Tétude des cérémonies du culte et des institutions religieuses qui, étant en correspondance intime avec les croyances, en éclairent quelquefois la signification; la contemplation des paysages au sein desquels quelques-unes des traditions mythiques ont pris naissance ; Fobservation des phénomènes de la nature et des effets qu'ils produisent sur la tendresse d'imaginations enfantines; l'intuition par laquelle on essaye de reproduire en soi l'acte d'esprit qui a créé le mythe; la comparaison surtout, qui rapproche toutes les fables contenant des éléments communs, et, de ce rapprochement peut faire jaillir une lumière inattendue sur leur oiigine. Otfried MûUer voulait enfin que l'historien de la mythologie hellénique ne bornât pas ses regards aux horizons de la Grèce ; il voulait quil se lût abreuvé aux sources sacrées de l'Inde et de la Perse, qu'il fût devenu familier avec les dieux du Nord, qu'il eût promené sa curiosité à travers les légendes chevaleresques du moyen-âge, pour rapporter de ces excursions en pays divers une intelligence plus large de la tradition populaire et un sentimeut plus vrai de cette faculté créatrice des mythes, dont les procédés instinctifs sont partout les mêmes, des glaces de l'Islande aux rives du Gange ^
Le vœu qu'exprimait alors Otfried Mûller s'est réalisé de nos jours ; autrement, il est vrai, que ne l'entendait Téminent critique de l'hellénisme. Aujourd'hui, si le mythologue compare les traditions des poëmes homériques avec celles de l'Edda Scandinave ou des épopées indiennes, les dieux de rOlympe avec ceux du panthéon védique ou de la mythologie teutonique, les contes populaires « que des bandes d'enfants écoutent à l'ombre des grands figuiers de l'Inde avec ceux que les nourrices racontent sous les chênes de la forêt de Thuringe et sous le toit des paysans norvégiens » *; ce n'est plus pour ouvrir à son esprit les perspectives variées de nombreux horizons, ni pour mieux pénétrer, par la double vue d'une imagination et d'un sentiment cultivés, dans le mystère des fables antiques. S'il institue de telles comparaisons, c'est qu'il croit apercevoir entre les traditions de ces peuples divers de frappantes analogies : c'est que les dieux de l'Inde, de la Perse, de la Grèce, de l'Italie, du nord de l'Europe, lui paraissent avoir des traits communs et
1. On trouvera une analyse très-détaillée des Prolégomènes d'Otf. Mûller, et (te sa méthode mythologique en général, dans Tintroduclion qui précède la traduction française do son Histoire de la littérature grecque, par M. K. Hillobrand, p. 147-2(N}.