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54 HÏTUOLUGIE UË LA GRÈCE ANTIQUE. *
comme l'a prouvé Overbeck', des réductions authentiques du chefd'œuvre de Phidias.
Quand on pénétrait dans le temple d'Oljmpie, on était frnppê tout d'abord par la grandeur imposante et par la magniûcencc de l'image du dieu : image de proportions colossales, oîi l'or et l'ivoire unissaient la variété de leurs tons pour produire une , impression d'éclat puissant et de riche harmonie. Zeus était représenté assis, comme il convient au maître des dieux et des hommes, dans l'exercice de sa royale souveraineté. Ce n'était pas le dieu irrité, tel <]ue nous le montrent d'autres monuments, debout dans les hauteurs célestes d'où il darde sa foudre sur la terre. La foudre n'était pas l'attribut du Jupiter de Phidias, qui avait voulu exprimer seulement le calme inaltérable et la sereine grandeur du dieu suprême. Sa main gauche tenait le sceptre, surmonté d'un aigle : insigne de l'autorité de celui à qui tout obéit. Le bras du dieu ne se levait pas, d'un mouvement vigoureux, pour saisir ce sceptre à son extrémité, comme on le voit ordinairement sur ses statues assises (une telle attitude eût été en désaccord avec sa tranquille majesté) ; il s'ouvrait, sans effort comme sans mollesse, d'un . mouvement simple et facile, et la main qui tenait le symbole de la royauté divine ne dépassait pas la hauteur de l'épaule (fig. 7). La tête de la statue formait ainsi le point le plus élevé de toute la composition et attirait tout d'abord les regards, qui ne remarquaient qu'ensuite les lignes harmonieuses et les détails significatifs qui se groupaient au-dessous d'elle et qui en rehaussaient l'elTet. La main droite de Zeus portait une Victoire couronnée, tenant une bandelette d'or : expression du dieu triomphant Kg. X - Jiipiiw oiTmpien. ^^j ^^^^ conquis jadis sur les Titans l'empire du monde; qui maintenant présidait, à Olympie. à l'union religieuse et politique de tous les membres de la famille hellénique, et dont la main s'étendait pour bénir les victoires des grands jeux qu'on célébrait en son honneur. Le trône sur lequel le â'uia était assis était incrusté d'or, de pierres précieuses, d'ébène et d'ivoire; la peinture, la sculpture, la ciselure avaient rivalisé pour orner ce siège souverain des représentations mythologiques les plus expressives et les plus variées. Le dossier, très-élevc, était surmonté de deux groupes qui se dressaient à chacun des angles, à droite et à gauche de la tête du dieu : l'un était le groupe des trois Heures ou des trois Saisons de l'année,
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dont Zeus dirige le cours ; l'nulre représentait les trois Charités, filles du dieu qui, par elles, dispense aux honiines toutes les faveurs, toutes les joies et tout l'éclat de la vie ; tandis que, par un saisissant contraste, on apercevait, sur l'un des côtés du trône, des sphini qui étreignaient et ctouiîaient des jeunes gens et les Niobidcs frappés des flèches d'Apollon et d'Artémis : graves représentations qui rappelaient aux hommes comment la divinité, négligée ou méprisée par eut, peut leur devenir redoutable, comment la mort vient quelquefois les saisir soudain, dans la Oeur de leur jeunesse et de leur beauté.
L'impression de ces détails accessoires était dominée par celle de la statue elle-même. Le Jupiter Olympien n'était pas en partie nu, comme il l'est presque toujours sur les représentations postérieures à Phidias, et l'arliste n'avait pas songé à exposer aux yeux les formes puissantes et la musculature athlétique d'un corps gigantesque. Ill'avait, au contraire, vêtu d'un vaste manteau d'or émaillé de fleurs, qui descendait jusqu'aux pieds, ne laissait à découvert que lavant-bras et enveloppait tout te reste de ses nobles plis. Sans doute il avait voulu que, de toutes les parties de ce corps divin, la tête, en se découvrant seule aux regards des hommes, leur fût comme une révélation immédiate du dieu, aperçu dans sa gloire et sa suprême majesté. Cette tête, telle que nous la montre la monnaie d'Élide reproduite ici [fig, 8), a un caractère unique et incomparable, n Par sa noblesse, dit Overbeck , par sa grandeur simple, sa dignité calme et sa merveilleuse jeunesse, elle dépasse autant toutes les autres représentations connues du dieu que Phidias luimême dépasse tous les artistes'.» Ce type diffère en eiîet sensiblement du type ordinaire de Zeus. Le travail de la barbe, de la chevelure en particulier, rappelle les formes de l'art antérieur à Phidias. Nous ne voyons pas ici cette chevelure puissante, aux masses ondoyantes, qui sera plus tard un des caractères de la figure du dieu ; peu saillante au-dessus du front, régulièrement divisée, serrée par une couronne d'olivier sauvage, elle laisse l'oreille à découvert et retombe en fins écheveaux, simplement traités, sur la nuque et sur les épaules. Quant à la physionomie du dieu et à l'expression de sa Tigure, Phidias en a créé le type idéal, dont certains détails pourront être modifiés après lui,
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mais dont les éléments principaux se retrouvent dans toutes les bonnes représentations de Zeus. Le front haut et large où rayonnent Tintelligence et la sagesse infinies, les sourcils puissants dont Tarcade proéminente ombrage les yeux sans en atténuer Teffet, rappellent le Jupiter homérique que Phidias, disait-on, avait pris pour modèle^, tandis que la partie inférieure de la figure et surtout les contours de la bouche annoncent « le dieu pacifique et complètement doux » dont parle Dion Chrysostome*. Ainsi Phidias, voulant traduire par les plus nobles formes la haute conception que les Grecs s'étaient faite de leur divinité suprême, avait donné à son Jupiter Tattitude du repos ; il avait doué d'un calme inaltérable et d'une sereine beauté cette figure divine où les traits de la majesté et de la toute-puissance n'éclataient aux yeux que pour se mêler à l'expression de la souveraine bonté. C'était bien (( le père des dieux et des hommes » dont il avait créé et fixé à jamais Timage.
Les modifications qu'ont fait subir au type idéal du Jupiter Olympien de Phidias des artistes tels qu'Âgoracrite, les deux Polyclète, Praxitèle, Lysippe, d'autres encore, ne peuvent être ici l'objet de notre étude'. En dépit d'ailleurs de toutes ces modifications, la figure artistique de Zeus a toujours gardé, en Grèce, sur les représentations les plus diverses, certains traits communs qui permettent de déterminer le type canonique du dieu. Une des idées fondamentales de toutes ces représentations est celle de la toute-puissance du roi des dieux et des hommes. Or, cette idée exigeait que Zeus fût représenté sous les traits d'un homme dans la pleine maturité de son âge. Les formes d'un corps juvénile, qui n'a pas encore atteint son complet développement et qui n'a pas pris possession de toutes ses forces, eussent été en contradiction avec l'énergie puissante qui était l'attribut nécessaire du maître du monde. Les images de Zeus^nfant sont donc rares et n'ont leur raison que dans certains mythes locaux, tels que le mythe crétois. Pour le même motif, Zeus ne pouvait être figuré sous les traits d'un vieillard. La vieillesse, avec les idées qu'elle entraîne, n'aurait pu être attribuée au dieu, sans désaccord avec la croyance à son éternelle jeunesse et à la durée du cosmos dont il a établi et dont il conserve l'harmonie. Cette maturité de Zeus s'exprime par les formes d'un corps qui n'a rien de massif comme celui de Poséidon c( à la vaste poitrine », qui est fort, non d'une force athlétique, mais d'une force naturelle et facile, celle du dieu qui a vaincu les