CHAPITRE PREMIER
GÆA ET CYBÈLE.
Gerhard : Über das Metroon Athen und iiber die Gotter - Mutter der Griech. Mythologie, dans les Akad. Abhandluhgen.
Dès la plus haute antiquité, la terre est personnifiée en Grèce comme une divinité, sous le nom de Gæa ou de Gè. Dans la théogonie hésiodique, elle est un des éléments primordiaux du monde : c’est Gæa qui s’unit au Chaos, grâce à l’action d’Éros, pour enfanter Ouranos ou le Ciel. Fécondée ensuite par Ouranos, elle donne naissance à la race monstrueuse des Titans. Sous
ces légendes, il faut saisir le grand sentiment poétique qu’éveillait dans l’esprit grec l’incessante fécondité de la terre; Gæa est « la mère universelle, la plus antique des divinités, qui nourrit sur son sol tout ce qui existe 1 ».
Si vénérable que soit l’antiquité de son culte, Gæa n’occupe dans la mythologie figurée qu’une place res-
. Hymne homérique à Gæa, XXX.
treinte; il semble que son caractère de divinité primordiale ait été trop général et trop complexe pour offrir aux artistes des traits précis. On est mal renseigné sur les primitives images de son culte. Il est probable que la déesse était représentée assise , comme la montrait une statue vue par Paüsanias dans le sanctuaire de Déméter à Patrae. Peut-être faut-il, avec Panofka1, reconnaître Gæa dans certaines idoles de terre cuite qui figurent une divinité féminine assise, coiffée d’un polos d’où retombe un long voile ; quelquefois cette divinité tient un enfant pressé contre son sein et enveloppé dans les plis du voile : ce serait alors Gè Courotrophos, la déesse nourricière, qui avait un sanctuaire sur le versant méridional de l’Acropole d’Athènes2. Si l’on connaît mal les images du culte de Gæa, la déesse apparaît dans des scènes où son rôle de divinité chthonienne est marqué par un détail digne d’attention : elle est vue à mi-corps ; seul, le buste sort du sol. Elle est ainsi figurée dans les peintures de vases et sur les bas-reliefs qui représentent la naissance d’Érichthonios, le père de la race attique, né de la terre : Gæa, les cheveux épars et flottants, sort à demi des profondeurs de la terre et présente l’enfant à Athéna. Dans l’art le plus récent, la déesse est caractérisée par la couronne tourrelée qui ceint son front.
Les fils de Gæa, les Titans gigantesques, offrent au contraire à l’art des sujets plastiques souvent traités- On sait déjà que la lutte des dieux et des Titans, ou la
1. Panofka : Terracotten des K. Muséums %u Berlin, pl. I, 2-3, et pl. II.