I. — - DIONYSOS
Le fils de Zeus et de Sémélé est un des dieux les plus récents de l’Olympe grec. Dans les poèmes homériques, il n’a pas encore sa place marquée parmi les divinités helléniques: il est considéré comme un étranger et il « est détesté des dieux immortels1 ». Son culte, d’origine asiatique, se propage sans doute par la Thrace dans les pays grecs ; en Béotie d’abord , où Thèbes devient le berceau de sa légende, puis en Attique. On sait quelle importance acquiert à Athènes la religion de Dionysos : elle est intimement liée au développement de la poésie, du dithyrambe, de la comédie et de la tragédie. Toutefois, à l’origine, le culte de Dionysos a un
i. Iliade : VI, v. 1 30-140.
caractère fort simple : c’est le dieu du vin que célèbrent surtout les vignerons de l’Attique, dans les fêtes champêtres où ils barbouillent de lie la rude image de Dionysos; il n’y a pas encore trace des transports mystiques et passionnés qui seront plus tard l’élément essentiel du culte dionysiaque. Ce caractère orgiastique ne se développe sans doute que vers le vie siècle, sous l’influence des religions lydo-phrygiennes ; c’est l’invasion en Grèce d’un nouveau culte asiatique de Dionysos qui a fourni à Euripide le sujet de sa tragédie des Bacchantes. Lorsqu’il arrive à Thèbes, venant de la Lydie, le dieu semble un étranger. La grâce languissante de sa démarche, son costume efféminé, trahissent son origine asiatique. « On dit qu’il est arrivé de Lydie un étranger, imposteur séduisant, dont les cheveux sont blonds et bouclés, la tête parfumée, et dont les yeux noirs ont toutes les grâces d’Aphrodite1. » Ce nouveau venu entraîne à sa suite un cortège de bacchantes, qui ont quitté avec lui les hauteurs du Tmolus, voisin de Sardes. Couronnées « des grappes fleuries du smilax toujours vert, des feuilles du chêne et du pin », elles font retentir la montagne de leurs cris et bondissent « à travers la vallée, par-dessus les torrents et les rochers, emportées par la fureur ,que leur souffle le dieu ». Les magnifiques vers d’Euripide disent assez le caractère extatique et passionné de ce culte nouveau, adopté avec ardeur par les femmes grecques, quand le mysticisme oriental a fait irruption dans les pratiques de la religion dionysiaque.
i. Euripide : Les Bacchantes, vers 233.
Nous devons nous borner à indiquer brièvement ces transformations qui atteignent profondément l'esprit même du culte de Dionysos; il importe cependant d’en tenir compte pour l’histoire du type figuré du dieu. En effet, l’art' les reflète fidèlement et se fait le collaborateur de la religion. Les premières images dù dieu sont en relation étroite avec l’ancienne conception du Dionysos grec, dieu des vignerons. Ce sont des hermès ,• surmontés d’une tête barbue, qu’on peignait quelquefois de vermillon ; autour de ces poteaux s’enroulait le lierre ou la vigne. Les vases peints nous ont conservé le souvenir de ces hermès, qu’on habillait souvent d’étoffes bariolées et qui restèrent longtemps pour les campagnards la représentation favorite du dieu. Les anciens xoana signalés par Pausanias n’avaient pas une autre forme.
L’art archaïque ne connaît qu’un type du dieu de la vigne : c’est celui du Dionysos barbu ou Pogonitès , représenté dans toute la force de l’âge viril. Les monnaies de Thasos et de Naxos montrent les traits caractéristiques de la tête : une chevelure longue, ceinte de lierre, une barbe abondante et soyeuse qui s’effile en forme de coin; sur les vases peints de style sévère, il porte la tunique tombant jusqu’aux pieds et l’himation ; le plus souvent , il tient un canthare ou un thyrse. Tel était, suivant toute vraisemblance, le type reproduit par Alcamènes dans la statue chryséléphantine exécutée pour un des sanc-