I. Pausanias : I
représentations plus récentes du Dionysos Bassareus : « Ta longue et flottante chevelure qui se répand amoureusement autour de tes joues n’est pas celle d’un lutteur et ce teint blanc et délicat ne s’est pas formé aux ardeurs du soleil1. » Si le type du visage rappelle encore les anciennes images, certains détails d’ajustement trahissent une recherche féminine: la longue tunique est devenue la robe des femmes asiatiques ou bassara ; la chevelure est ceinte de la mitre orientale et les traits ont une expression plus languissante. Cette forme de représentations survit dans l’art, même aux époques plus récentes. Dionysos n’est pas figuré autrement dans la série des bas-reliefs qui le montrent entrant tout aviné chez des mortels, ses prêtres sans doute, pour s’asseoir à une table de banquet. Parmi les statues, la mieux caractérisée est celle du Vatican, connue sous le nom de Bacchus indien et qui n’est pas antérieure au temps d’Alexandre. Les larges vêtements, la pose majestueuse, lui donnent l’aspect d’un souverain asiatique.
Au ive siècle, et sous l’influence des poètes tragiques, la nouvelle école attique crée un type tout différent, qui finit par prédominer. Rien ne ressemble moins au Dionysos des anciennes peintures de vases que l’éphèbe aux formes presque féminines, à l’attitude nonchalante, représenté dès lors par la statuaire. La description emphatique consacrée par Callistrate à une statue de Dionysos, due au ciseau de Praxitèle, montre assez quelle part le maître athénien a prise à cette conception : c’était un jeune homme « dans la fleur de l’âge, plein de mol-
i. Euripide : Les Bacchantes , vers 455.*
FIG. yB. DIONYSOS, DIT BACCHUS INDIEN
(Rome : Vatican.)
lesse, imprégné de volupté, tel qu’Euripide Ta imaginé dans les Bacchantes 1 ». Sa tête était couronnée de lierre et de feuillage de vigne, et il s’appuyait sur un thyrse. Le rhéteur grec signale, en termes recherchés, le regard brillant et inspiré du dieu: c’est là en effet un des traits caractéristiques de sa physionomie. Dans la tradition artistique inaugurée par Praxitèle , Dionysos a une étrange expression d’enthousiasme et de mélancolie, comme s’il était possédé lui-même des transports mystiques qu’il fait naître. Un sculpteur tel que Praxitèle, habile à traduire les sentiments les plus passionnés, avait dû accuser avec force cette sorte d’égarement, que provoque le délire bachique. Les innombrables statues conservées dans nos musées reproduisent le plus souvent ce type récent de Dionysos; elles diffèrent surtout par des détails de costume et d’attitude. Un marbre du Louvre, conservé autrefois au château de Richelieu2, montre le dieu complètement nu, suivant la règle le plus habituellement suivie par les sculpteurs : la pose alanguie, l’aspect féminin de la tête, ombragée de pampres et de lierre, et encadrée de longues boucles flottantes, sont les traits les plus expressifs de la série de monuments dont la statue du Louvre nous offre un spécimen. Les variantes du costume n’altèrent pas profondément le caractère plastique de Dionysos. Quelquefois le dieu porte seulement la peau de faon (nébride) ou de panthère (pardalide) négligemment nouée autour du buste, et ses pieds délicats sont protégés par les