‹ Mythologie figurée de la GrèceChapitre 128 sur 152 · Théogonie : vers 758 et suiv · texte numérisé non relu

Théogonie : vers 758 et suiv

4. Cette hypothèse est indiquée par M. C. Robert dans son mémoire sur Thanatos, p. i3.

pu être traduite par les artistes, le plus souvent les deux génies sont nus et sans armes, soit qu’ils enlèvent le corps de Sarpédon, soit que, suivant une tradition poétique plus récente, ils soulèvent dans leurs bras le cadavre de Memnon, fils d’Éos, pour le transporter en Éthiopie.

Les représentations d’Hypnos et de Thanatos ne se trouvent pas seulement dans les scènes purement mythologiques; elles figurent aussi sur les lékythos blancs d’Athènes, dont les peintures sont en rapport intime avec les croyances populaires. Ces monuments offrent un vif intérêt, en nous montrant à quel point, au ive siècle, le génie attique a dépouillé l’image de la mort de ce qu’elle a de redoutable. On connaît le beau lékythos représentant une jeune morte mise au tombeau par Hypnos et Thanatos1. Un autre lékythos, conservé au Musée Britannique, nous fait voir ces deux génies sous les traits les plus caractéristiques. Tous deux déposent au pied d’une stèle le corps d’un jeune homme revêtu de son armure. Thanatos, barbu, a l’aspect d’un homme dans la force de Page; à ses épaules sont attachées deux longues ailes, et un léger duvet de plume couvre le haut de son corps. Hypnos, au contraire, est jeune et imberbe; ses chairs, peintes au brun rouge, offrent une teinte plus chaude que celles de Thanatos. Sur les lékythos attiques, une tradition constante donne * au génie de la mort un aspect viril, à celui du sommeil les traits d’un éphèbe; il est difficile de traduire avec un sentiment plus délicat une idée exprimée par la lit-

. Manuel d’ Arch. grecque , p. 3 10, fig. 119.

térature. En effet, un curieux fragment d’Eukleidès de Mégare, conservé par Stobée1, décrit Hypnos comme un génie jeune, prompt à s’enfuir, tandis queThanatos est un vieillard grisonnant, sourd et aveugle, à qui l’on n’échappe pas.

La poétique conception qui fait deThanatos le frère aîné d’Hypnos, comme si la mort n’était qu’un sommeil prolongé, amène facilement une confusion entre les deux génies. Sur le bas-relief qui décore une des colonnes sculptées trouvées à Ephèse, un artiste contemporain de Scopas représente déjà, dans le mythe d’Alceste, Thanatos sous les traits d’un génie imberbe. La confusion sera complète sur les sarcophages romains, où le génie de la mort sera en réalité le génie du sommeil, figuré comme un enfant ailé qui semble dormir, où qui s’appuie sur un flambeau renversé. Mais sans vouloir suivre jusque dans l’art romain le développement de cette forme plastique , il convient de remarquer que cette atténuation de l’idée de la mort est toute hellénique. Sur les peintures de vases, Thanatos est un génie bienveillant; son image est en rapport parfait avec les représentations des stèles funéraires, qui n’éveillent que le sentiment du calme et de la quiétude. On songe à la prière du Philoctète d’Eschyle, invoquant Thanatos, « qui seul est le médecin des maux insupportables, car aucune douleur n’atteint plus celui qui est mort2 ».

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