Odyssée : xxiv
auxquels nous avons déjà fait allusion. A une époque plus récente, aux ive et 111e siècles, les potiers athéniens qui peignent les lékythos destinés aux usages funéraires traduisent, sous une forme un peu différente, cette antique conception de Yeidulon. Que la scène repxésente l’exposition du mort ou le passage dans la barque
infernale, ou encoie les rites accomplis près de la stèle, Yeidulon du mort est représenté voltigeant, sous les traits d’une petite figure nue et ailée, qui n’offre plus de ressemblance avec le corps.
Les peintures de vaseç retraçant des épisodes du cycle héroïque montrent parfois Hermès pesant dans les plateaux d’une balance les âmes des héros. Ces représentations de la Psychostasie ou de la pesée des
1. Voir Alf. Maury : La Psychostasie. Revue archéologique, I, 1844, irc série.
âmes, sont inspirées par les passages des poèmes homériques, oü Zeus pèse les destinées des combattants :
« Zeus déploie ses balances d’or; il y place les destinées de la mort qui couche dans le tombeau, celle d’Achille et celle d’Hector dompteur des chevaux1... » Mais si, dans les vers homériques, Zeus pèse les destinées, ou Kères, les peintures nous font voir les âmes elles-mêmes, posées sur les bassins de la balance. Sans vouloir établir aucun rapport de filiation entre ces scènes et les sujets analogues que nous font connaître les rituels funéraires de l’Egypte, on est fraDDe du rapprochement. La Psychostasie est en effet l’épisode le plus saillant du jugement figuré sur les rituels de l’Egypte; c’est Thoth, l’ Hermès égyptien, qui tient le fléau de la balance en présence d’Osiris, le juge de VAmenthi. Mais tandis que dans les croyances égyptiennes la pesée des âmes est une sorte de dogme, en Grèce elle n’a nullement ce caractère ; elle ne se rattache pas à un ensemble de scènes représentant le voyage de l’âme dans les régions infernales. Si l’on s’en tient au témoignage des monuments figurés, les croyances populaires sur la destinée de l’âme après la mort ne sont pas fixées avec une grande rigueur. La religion officielle ne donne pas sur ce point un enseignement théologique dont l’art puisse s’emparer pour constituer un rituel figuré, et l’on sait à quel point les sujets sculptés sur les stèles funéraires helléniques prêtent à la controverse. On n’a pas à examiner ici quelle idée les Grecs se faisaient de la vie future, ni à
i. Iliade : xxii, v. 210, 214. On sait qu’une tragédie perdue d’Eschyle portait le nom de WvyoGiaGi'x.
interpréter leurs monuments funéraires. Nous voulons seulement étudier comment l’art, s’inspirant des légendes et des traditions mythologiques, traduisait ce spectacle du monde infernal que l’imagination des poètes avait plus d’une fois évoqué.