II. CHARON
La croyance aux fleuves des Enfers entraîne l’idée d’un nautonier chargé de transporter les âmes dans sa barque. Mais Charon n’apparaît qu’asse-z tard dans l’art et dans la littérature. Il devient un des personnages
1. Voir P. Decharme : Mythologie de la Grèce antique , p. 3 64 et suiv.
comiques du théâtre à Athènes; Aristophane le met en scène, et Lucien le dépeint comme un vieillard d’humeur chagrine, au visage rébarbatif. Charon paraît avoir été une des figures favorites des légendes populaires. Son image prend place sur les monuments fu-
(Peinture d’un lékythos athénien. — Musée d’Athènes. Inédit.)
nèbres, qui ont gardé, mieux que les œuvres d’un art plus relevé, le souvenir des croyances chères à la foule1. Il est représenté sur une des stèles du Céramique, à Athènes, et la barque infernale est au nombre des sujets qui décorent les lékythos blancs de l’Attique2. Mais ici
1. On sait que Charontas est souvent cité dans les chansons de la Grèce moderne.
2. Voir l’article de M. Mylonas : Bull, de Corr. hellénique t î. 1er, 1877, p. 39.
encore, comme dans les représentations de Thanatos, les caractères repoussants sont fort atténués. Le Charon des lékythos attiques n’a rien d’horrible. Son visage barbu offre le type populaire de l’ Athénien. Vêtu d’une courte tunique et coiffé du bonnet de feutre des marins piréotes, il s’appuie sur un aviron, debout à l’avant de la barque, prêt à faire passer les morts qui attendent sur la rive. Tout autre est le Charoun des Étrusques, conçu comme le génie de la mort violente et le bourreau des supplices infernaux1. Les peintures des nécropoles de Vulci et de Corneto montrent souvent ce personnage hideux, au visage grimaçant, au nez crochu, à la bouche garnie de dents énormes. Armé d’un maillet, il assomme ses victimes, ou bien il les torture à l’aide d’une fourche ou d’une torche enflammée. L’art étrusque, avec une complaisance marquée pour l’horrible, reproduit volontiers cette image du démon de la mort, comparable à l’Eurynomos de Polygnote. Au contraire, le Charon grec n’est représenté que sur un petit nombre de monuments, et avec des traits fort adoucis.