Voir Welcker : Annali delV Instituto, i85o, p r
2. Le sceptre et la patère, ainsi que les mains* sont dès rés* taurations modernes-
LES DIVINITES DE LA MORT ET DE L'ENFER. 303 telle est surtout la tête de marbre de la collection Chigi,
Fie. 116. — haï) iis. (Rome: Villa liorgnese. ;
regardée parVisconti comme la seule sculpture antique qui nous fasse connaître le type du dieu. Trouvé dans
les fouilles de Porcigliano, ce marbre est d’un travail soigné. La chevelure et la barbe incultes, les yeux enfoncés, le front sillonné de plis profonds, répondent à l’idée que les Grecs pouvaient se faire du dieu « impitoyable » et « monstrueux », suivant les épithètes que lui attribuent les poésies orphiques.
Ces traits généraux ont passé dans les représentations étrusques et romaines.. Grâce au mysticisme funèbre qui se développe à l’époque des Ântonins, le groupe d’Hadès et Perséphoné est souvent figuré sur les bas-reliefs des sarcophages et dans les peintures des tombeaux. Hadès est assis sur un trône, auprès de Perséphoné, dans une attitude majestueuse; le couple infernal offre une grande analogie avec celui de Zeus et d’Héra; mais la tête de Perséphoné est voilée. Quelquefois aussi, comme dans la peinture du tombeau des Nasons, le manteau d’Hadès, ramené sur sa tête, semble rappeler le caractère de dieu invisible attribué au souverain de l’Enfer. Sur d’autres monuments, par exemple sur une monnaie de Sardes de l’époque impériale, représentant le rapt de Coré, le manteau, oü le vent s’engouffre, s’arrondit au-dessus de la tête du dieu ; un serpent, attribut des divinités chthoniennes , s’élance sous les pas des chevaux qui traînent le char.
Dans la mythologie grecque et sous l’influence du culte éleusinien1, Hadès est parfois conçu comme une divinité bienfaisante. C’est Hadès-Pluton, qui fait germer les fruits de la terre. Ainsi s’expliquent les attributs qui, sur plusieurs monuments, sont placés entre
i. (A Foucart : Bull, de Corr. hell., i883, p. 38y.
ses mains, par exemple la corne d’abondance sur des vases peints de Naples et de Londres, peut-être aussi les fleurs, sur une terre cuite de Locres épizéphyrienne, où l’on a voulu reconnaître Hadès assis près de Perséphoné, qui tient un coq et des épis de blé. Mais il faut remarquer que cette conception n’a laissé dans Part que de faibles traces. Dans la tradition artistique comme dans les croyances religieuses, Hadès est le dieu redoutable qui n’éveille que l’idée de la mort.
On sait avec quelle facilité l’esprit grec assimilait aux dieux helléniques certaines divinités étrangères. Pendant la période dite hellénistique , une divinité d’origine égyptienne, Sérapis, s’introduit dans le panthéon grec et emprunte à Hadès quelques-uns de ses traits. Très populaire à Alexandrie, le culte du dieu se répand rapidement dans le monde grec et romain. Les monuments et les inscriptions en font foi : à Délos, le dieu étranger avait ses dévots, comme Apollon, la grande divinité de l’île. D’après une tradition rapportée par Clément d’Alexandrie, la première statue placée dans le temple élevé à Sérapis, dans le quartier d’Alexandrie appelé Rhakotis, était une œuvre grecque. C’était une statue de Pluton, faite par Bryaxis d’Athènes, et apportée de Sinope. Il faut sans' doute entendre par là, avec M. Brunn, que Bryaxis est l’artiste grec qui a fixé le type d’Hadès-Sérapis. C’est donc à l’époque de Scopas qu’apparaît dans Part hellénique la représentation de ce dieu au caractère incertain , tenant à la fois de Zeus et d’Hadès, et dont le culte mystique offrait d’étranges séductions. Les traits plastiques de Sérapis témoignent d’un singulier mélange de formes. Quelques-uns de ses
bustes, comme la tête colossale en basalte de la villa Albani, rappellent le type de Zeus, avec une expression moins sereine; d’autre part, certains attributs paraissent empruntés directement à l’Hadès hellénique. Sérapis a près de lui une sorte de Cerbère avec une tête de lion , et de chaque côté du cou une autre tête, Tune de loup, l’autre de chien. L’attribut qui lui est propre est le modius, ou le calathos , dont sa tête est coiffée, et qui ne fait jamais défaut; il suffit à distinguer nettement ses représentations de celles d’Hadès.
§ IV. — LES ÉRINYES. HECATE.
E. Gerhard : Die Dreifache Hekate : Arch. Zeitung 1848. — Cf. Petersen : Die Dreifœltige Hekate, dans les Archaeolog. epigraphische Mittheilungen aus Oesterreich, 4e année, 2e livraison.
On sait que les Érinyes figurent dans les tableaux d’ensemble, parmi les divinités qui caractérisent l’Enfer. Bien que leur action s’exerce aussi sur la terre, la tradition artistique les associe souvent aux scènes du Tartare. Elles sont les instruments de la justice d’Hadès et des juges infernaux. Sous le nom de lloivod, sous celui de Mavtai, qui les désignait dans la légende arcadienne, elles assistent au supplice des criminels mythologiques. Elles frappent Sisyphe de leur fouet, elles
font rouler la roue cTIxion. Nous ne pouvons que rappeler ici Pimportance de la conception des Erinyes dans les idées religieuses des Grecs ; on connaît, par les Euménides d’Eschyle, leur rôle de divinités vengeresses, gardiennes inflexibles des lois morales. Il est à croire que l’art s’était fait l’interprète de la poésie dramatique en prêtant aux Erinyes des traits nobles et sévères, dont l’expression terrible s’était adoucie par degrés. Mais les représentations les plus certaines de ces divinités ne nous sont connues que par l’art populaire, celui des vases peints; les peintres céramistes sont restés fidèles à la tradition vulgaire, qui les concevait comme des objets d’effroi. Dans les peintures de vases, les Erinyes ont la forme de génies féminins : vêtues de courtes tuniques, chaussées de bottines de chasseurs, elles ont l’aspect de déesses agiles et promptes à la poursuite. Souvent elles ont de longues ailes d’oiseau. Des serpents s’enlacent dans leur chevelure , d’autres se tordent autour de leurs bras. Sur un vase d’Hamilton, l’artiste a représenté une Erinye avec le visage, le corps et les ailes entièrement noirs. Ailleurs, dans la scène d’Oreste tourmenté par les Erinyes, l’une d’elles tient à la main un miroir où se réfléchit l’image de leur victime : conception ingénieuse, qui traduit le supplice purement mora. d’une conscience agitée par le remords.
On retrouve facilement dans ces scènes le souvenir des idées développées par la tragédie grecque. Mais les idées morales ne suffisent pas à expliquer quels liens rattachent au cycle infernal une divinité comme Hécate. Il faut ici faire la part du sentiment et du mysticisme auquel des croyances venues du dehors ne sont pas
étrangères. Si Ton ne considère que le caractère lunaire d’Hécate, elle est apparentée à Artémis. Dans une mythologie de faits, le mythe d’Hécate devrait être rapproché de celui d’Artémis. Toutefois, dans les croyances vulgaires, qui exercent sur l’art une influence plus puissante que les théogonies savantes, cette déesse est surtout en relation avec le monde d’en bas. Les pratiques de son culte comportent des opérations de magie; elle préside aux incantations, aux évocations de spectres.
Intimement lié aux doctrines orphiques, son culte était populaire dans certains cantons de la Grèce. Aussi les plus anciennes images d’Hécate ontelles le caractère de monuments du culte. A Egine, où la déesse comptait de nombreux dévots, on adorait un xoanon d’Hécate, œuvre de Myron % dont on a pu retrouver les traits essentiels sur les monnaies de l’île. Une monnaie éginète, portant au droit le buste de Fulvia Plautilla , montre au revers une représentation d’Hécate. La déesse a l’aspect d’une figure à trois têtes, formée de la réunion de trois corps; les têtes sont coiffées du calathos 1 2. Alcamènes paraît avoir modifié ce type dans sa statue d’Hécate Epipyrgidia , consacrée près du temple de la Victoire Aptère ; il semble avoir traduit l’idée de la déesse au triple visage par l’image de trois femmes adossées à une même colonne. C’est ainsi du moins que la divinité