Apollodore : Bibhoth., III
foule des Thébains accourus pour apprendre le mot de l’énigme que le sphinx pose aux voyageurs. Un autre mythe béotien, celui d’Amphion et de Zéthos, a fourni à des sculpteurs de Tralles, Apollonios et Tauriscos, le sujet d’une œuvre colossale : le groupe du Taureau Farnèse représente les deux fils d’Antiope attachant Dircé à un taureau sauvage, pour venger la captivité imposée à leur mère par Dircé et son époux Lycos. Ces grandes compositions appartiennent surtout à la période alexandrine : l’art hellénistique s’éprend d’un goût très vif pour la mythologie savante, et y cherche la matière de compositions dramatiques. L’histoire tragique de Médée est un des sujets favoris de la peinture alexandrine; Médée, prête à tuer ses enfants, est représentée sur des fresques pompéiennes, où l’on a pu retrouver le souvenir du tableau de Timomaque.
Les légendes péloponnésiennes ne sont ni moins riches ni moins variées que celles de la Grèce du nord. C’est à Corinthe que s’est développé le mythe de Bellérophon; les graveurs monétaires en reproduisent les épisodes sur les monnaies de la ville. Sans avoir par lui-même une physionomie propre qui le distingue des autres héros, le vainqueur de la Chimère est reconnaissable à sa monture ailée1, le cheval Pégase, et au nimbe radié qui entoure parfois sa tête. Sur les vases peints, il est ordinairement représenté dans sa lutte contre la Chimère, « monstre de ça ce divine, à la tête de lion, au corps de chèvre, à la queue de serpent, et dont la gueule
i. Sur une plaque de terre cuite trouvée à Milo, Pégase est représenté sans ailes.
vomit des flammes terribles et étincelantes1 ». Argos avait vu naître la fille d’Inachos, Io, transformée en génisse par Zeus, qui l’avait confiée à la garde d’ Argus, le géant aux yeux innombrables : l’art représente Argus sous la forme d’un être gigantesque, dont le corps couvert d’yeux semble moucheté comme la peau des panthères. A une époque plus récente, cette naïve image ne convient plus au goût raffiné du temps : on voit, par la curieuse peinture qui décore la maison de Livie au Palatin, comment les artistes du ieP siècle s’efforcent de mettre d’accord les exigences de l’art et le respect de la tradition mythologique.
De tous les mythes argiens, le plus populaire est celui de Persée. La légende du héros vainqueur de la Gorgone offre des épisodes dramatiques, et met Persée en présence de ces figures d’épouvante que l’art primitif aimait à reproduire. Les Gorgones sont des êtres hideux : « Leurs têtes étaient hérissées de serpents; elles avaient des dents comme des défenses de sangliers, des mains d’airain et des ailes d’or2. » Le moment que les artistes de la période archaïque représentent le plus volontiers est celui où Persée tranche la tête de Méduse, comme sur une des métopes de Sélinonte. Ailleurs, le meurtre est déjà accompli : Persée, armé de la harpé d’airain que lui a donnée Hermès, et muni de la kibisis, ou besace, présent des filles de Phorkys, s’éloigne rapidement; il tient à la main la tète de Méduse, qui court, le cou tranché; les sœurs de la Gorgone, Sthéno et Eu-