‹ Mythologie figurée de la GrèceChapitre 23 sur 152 · ZEU5 COMBATTANT CONTRE LES GEANTS · texte numérisé non relu

ZEU5 COMBATTANT CONTRE LES GEANTS

(Fragment du soubassement de l’autel de Pergame.)

le sujet de compositions grandioses, où Part pouvait déployer toutes ses ressources. La description poétique d’Hésiode1 traçait pour ainsi dire les grandes lignes de cette scène, combat gigantesque, livré par les dieux coalisés aux Titans fils de Gæa, et où la figure du maître de l’Olympe apparaît au plus fort de la mêlée. « En même temps les vents soulèvent d’épais tourbillons de poussière, et les transportent, avec les éclairs et les tonnerres, ces traits du grand Zeus, au milieu des deux armées. » A toutes les périodes de l’art grec, la Gigantomachie a fourni le motif de sculptures décoratives pour les édifices religieux : depuis le fronton du Trésor des Mégariens, découvert à Olympie, jusqu’aux bas-reliefs de l’autel de Pergame et à la frise d’Aphrodisias en Carie, on en citerait de nombreux exemples. La peinture céramique y trouvait également matière à des compositions pleines de vie et de mouvement. La série est longue, si l’on va des peintures noires où Zeus combat à pied, armé de l’épée, cuirassé comme un hoplite, jusqu’à la belle amphore du Louvre, qui le montre debout sur son char, dans toute l’ardeur de l’action. Parmi les monuments de la sculpture, il en est peu qui méritent plus l’attention que le magnifique morceau de la frise de Pergame, où Zeus, emporté par un mouvement puissant, va foudroyer un vieux Titan qui le menace encore.

Dans la légende de Zeus, les mythes relatifs à ses amours tiennent une grande place. A l’époque macédonienne et alexandrine, l’art puise largement à cette

i. Théogonie, vers 692 et suivants.

LES DIVINITES DU CIEL

source si abondante de motifs gracieux ou voluptueux. Le mythe de Léda, ceux d’Europe et d’Antiope, fournissent à l’art des motifs de compositions qui flattent les goûts de recherche et de mièvrerie, si répandus au temps des successeurs d’Alexandre. La statue de Léda, au musée de Florence, montre que la statuaire se plaisait à s’inspirer de ces légendes; mais le cycle le plus riche de représentations figurées est fourni par les pierres gravées, les camées, les peintures pompéiennes, où les artistes visaient surtout à traiter avec un goût raffiné des scènes de galanterie. On peut en dire autant du mythe de Ganymède, bien qu’on connaisse au moins par les textes un groupe en bronze d’un artiste athénien, Léokharès; le petit groupe en marbre de la galerie des candélabres au Vatican en est peut-être une copie libre. L’enlèvement de Ganymède est aussi un des sujets favoris de l’école alexandrine; les peintres introduisent dans cette scène le cortège habituel des Éros, comme dans la peinture de la Casa di Ganimède à Pompéi, oü le jeune pâtre phrygien est représenté endormi, vêtu d’une chlamyde violette et coiffé d’un bonnet bleu, tandis qu’un Eros chasseur sommeille près de lui sur un rocher l.

La gravité n’est pas . le caractère dominant de ces scènes ; l’esprit grec, à une époque de scepticisme, les lait tourner aisément à la parodie. Certaine représentation de Ganymède pleurant, enlevé par l’aigle, est une simple caricature; on croit voir la charge du tableau célèbre de Rembrandt, conservé au musée de Dresde.

l. Hclbig, Wandgemælde, 1 55.

D’autre part, la comédie s’empare de sujets empruntés aux amours de Zeus, et les peintres céramistes reproduisent ces scènes comiques. Une peinture de vase bien connue montre un épisode des amours de Zeus et d’Alcmène, tels qu’on les représentait au théâtre. Zeus, sous des traits grotesques, déguisé en Amphitryon, s’approche d’une fenêtre ou paraît Alcmène ; il passe la tête à travers les barreaux de l’échelle qu’il porte, tandis qu’Hermès présente une coupe à la jeune femme. La liberté du théâtre comique autorisait ces parodies, à une époque où le scepticisme avait fait de singuliers progrès. Mais de telles représentations sont des exceptions dans le cycle figuré de la légende de Zeus.

Page 1