FIG. 24. ATHÉNA
(D’après un vase peint d’Andokidès. — Musée de Berlin.)
ton occidental d’Egine. La déesse est debout, au milieu des Troyens et des Grecs qui se disputent le corps d'Achille; elle porte le casque à cimier élevé, le bouclier, et tient sa lourde lance. Outre la robe talaire de fine étoffe, elle est revêtue du long peplos dorien, plié en double sur la poitrine, et attaché sur l’épaule droite, d’où les plis retombent le long du corps, avec une régularité rigoureuse. L’égide est plaquée sur la poitrine, et descend par derrière jusqu’à la hauteur des jarrets. Le visage, au galbe lourd, a une expression virile; l’ensemble offre un aspect robuste et puissant.
C’est l’école attique du ve siècle qui commence à tempérer par une certaine grâce féminine le type austère de la déesse. En même temps les formes s’assouplissent; elles se prêtent à l’expression des nuances; elles peuvent traduire les divers aspects auxquels répondent les épithètes de la déesse, qui est tantôt la Promakhos, tantôt la Parthénos, tantôt Athéna Ergané, la divinité des arts de la paix. Dans l’œuvre de Phidias, autant qu’on peut en juger par les textes, cette variété des types est sensible. L’Athéna colossale de l’Acropole, figurée comme une Promakhos, rappelait par son attitude la déesse belliqueuse qui, d’après la légende, avait combattu contre les Perses à la tête de l’armée grecque. L’Athéna Lemnia, dédiée par les Lemniens, était sans armes, et le caractère de douceur, de pudeur virginale, y dominait \ Mais c’est surtout dans la statue de l’Athéna Parthénos
i. Himérius, Orat. 21,4. M. Hübner en a reconnu une copie dans une tête conservée à Madrid. Nuove Memorie deiV ihsî., pl. 3, p. 3+
FIC. 25. ATHÉNA PARTHÉNOS.
( Statue trouvée à Athènes.)
fo MYTHOLOGIE FIGUREE DE LA GRÈCE.
que le maître avait prêté à la déesse les traits les plus nobles et les plus purs.
Le chef-d’œuvre de Phidias était trop populaire pour n’avoir pas été souvent reproduit. Il en existait des copies dans certaines villes grecques, comme à Antioche. Les artistes y trouvaient un modèle qu’ils imitaient plus ou moins librement, et l’art industriel, celui des médailles, des bas-reliefs, s’en est maintes fois inspiré. Toutefois, ces monuments, qui offrent de nombreuses variantes, ne doivent être consultés qu’avec réserve; nous ne citerons ici que les œuvres ou l’on a pu retrouver les éléments les plus certains d’une restauration1. Outre la statuette dite Lenormant, conservée à l 'Ephorie d’Athènes, le document le plus important pour la restitution de l’ensemble est la statue découverte en 1881, à Athènes, sur la place du Varvakéion2. On y retrouve tous les traits de la description de Pausanias. Mais, si cette réplique exécutée à une époque tardive, vers le 11e siècle de notre ère, nous donne les lignes générales, il faut chercher ailleurs les indications de détail. « Au milieu du casque, dit Pausanias, est la figure du Sphinx, et de chaque côté sont placés des griffons3. » Il y a lieu, scmb.le-t-il, d’écarter dans la restauration les accessoires dont le casque d’Athéna est parfois chargé sur les monuments; par exemple les huit chevaux lancés au galop
1. Nous ne ferons pas l’historique de ces restaurations. Voir l’article de M. Fr. Lenormant : la Minerve du Parthénon. Cf. Michael is, Der Parthénon.
2. Voir Bull. deCorr. hell., 1881, p. 5q. Art.de M. Hauvette- Besnault. Cf. Mittheilungen des deutsch. Arch. Inst., 1881, p. 57. Art. de M. Lange.
LES DIVINITES DU CIEL
que montre la gemme d’Aspasios. Pour la tête et la coiffure, on consultera utilement une petite tête en bronze du Musée Britannique1. Un très beau fragment de marbre, conservé aux Propylées, nous donne le mouvement du torse et le détail du costume. La poitrine était couverte d’une égide garnie d’écailles et bordée de serpents; sur le devant était fixé un Gorgonéion qui semble tenir le juste milieu entre le type hideux de la Gorgone dans l’art archaïque et la belle tête de femme mourante qui représente Méduse à une époque plus récente. Le costume d’Athéna se compose de la simple tunique mentionnée par Pausanias: c’est l’ancien chiton hellénique ouvert sur le côté et dont la partie supérieure forme comme une seconde tunique plus courte; il est serré à la taille par une ceinture et les plis se massent sur le côté droit. Pour le bouclier et les reliefs qui le décoraient, la statuette Lenormant nous fournit une indication sommaire ;. on peut la compléter à l’aide du fragment de bouclier en marbre provenant de l’ancienne collection Strangford. Le sujet figuré est bien le combat des Grecs et des Amazones qui décorait, suivant Pline, la partie convexe du boucher de la déesse2. La position de la lance est donnée par les médailles : Athéna la tenait de la main gauche qui reposait sur le bouclier; à ses pieds, du même côté-, était le serpent représentant Erichthonios. Comment était placée la Victoire que la déesse tenait de la main droite? Ici les témoignages des monuments sont loin de concorder; sur les bas-reliefs et les
1. O. Rayet, Bulletin des Antiquaires de France, 1 88 i , p. 1 35.