Hymne à Apollon Pythien, v
2. C’est sans doute la statue que Pausanias vit encore en place. Dans un inventaire du temple, qui se place vers l’année 180 av. J. C., il est fait mention de couronnes d’or offertes à la statue. Homolle : Comptes des hiéropes du temple d’Apollon Délien. Bull, de Corr. hell. , 1882.
réductions antiques de l’Apollon de Didyraes , telles que le bronze Payne-Knight, à Londres, celui de Scala Nova, au Cabinet de Paris, et enfin le bronze de Piombino au Louvre, qui peut, mieux que tout autre, nous renseigner sur l’œuvre du maître sicyonien. Le dieu, tel que le représente le bronze du Louvre, est nu; aucun vêtement ne couvre son corps aux formes robustes , qui semblent copiées sur nature. La chevelure, courte et bouclée par devant, se réunit par derrière en une masse épaisse, attachée par un ruban; les yeux étaient d’argent, ou de pierres précieuses enchâssées.
L’Apollon de Kanakhos ne trahit pas encore le souci de prêter au dieu une physionomie idéale; le visage a le sourire banal des statues archaïques, et il en est de même pour les représentations d’Apollon qui datent de la même période. Rien, par exemple, ne distingue,
(Bronze du Louvre.)
Les divinités du ciel.
pour l’expression du visage, la tête d’Apollon en bronze trouvée à Herculanum des têtes de guerriers du fronton d’Égine. C’est par l’attitude, par les attributs, par les formes générales du corps qu’on reconnaît les représentations archaïques d’Apollon. On a pu ainsi, avec toute vraisemblance, attribuer le nom de ce dieu à une série de petits bronzes, d’un caractère votif, conservés dans nos musées1. Nous citerons celui du musée de Berlin, qui porte une dédicace : « Deinagorès m’a dédié à Apollon qui lance au loin ses traits. »
Il est hors de doute que les maîtres précédant Phidias de quelques années introduisent plus de variété dans le type d’Apollon. Nous ne connaissons que par les textes l’Apollon Alexikakos de Kalamis, ou les statues exécutées par Myron pour Éphèse et Agrigente; mais celle de Pythagoras de Rhégion, qui représentait le dieu perçant de ses flèches le serpent Python, est peut-être reproduite sur des monnaies de Crotone. A coup sûr, une telle œuvre exigeait déjà une souplesse et un mouvement qui n’ont rien de commun avec la raideur d’exécution des écoles anciennes. Vers cette époque, le type d’Apollon vêtu de la robe ou de la chlamyde apparaît dans l’art. Sur des bas-reliefs de Thasos conservés- au Louvre, et datant des premières années du ve siècle, Apollon porte la tunique talaire, et le manteau agrafé sur les épaules, ou épomis . Il est de même complètement vêtu de la longue robe sur des exvoto consacrés par des vainqueurs aux jeux pythiques,
1. Voir J. de Witte : Revue archéologique , 1873, p. 14g et suiv.
8ô mythologie figurée de la Orècë.
et qui, pour être d’une date plus récente, n’en accusent pas moins l’imitation d’un style encore empreint d’archaïsme. Ailleurs, dans des scènes où le caractère guerrier du dieu prédomine, les artistes lui donnent pour vêtement une pièce d’étoffe légère, à plis très fins, dont les bouts se terminent en queue d’aronde, et qui flotte comme une écharpe. C’est le costume porté par Apollon sur les bas-reliefs de style archaïsant qui représentent la dispute du trépied de Delphes, et sur les vases peints de style sévère oü il est mêlé à des scènes de combat.
On est fort peu renseigné sur les modifications que l’école de Phidias a pu faire subir au type ancien d’Apollon. Comment le maître athénien avait-il conçu son Apollon Parnopios , consacré près du Parthénon, en souvenir d’une invasion de sauterelles qui avait désolé l’Attique ? Les textes sont muets sur ce point. Il faut arriver jusqu’à la nouvelle école attique du ive siècle pour trouver, dans l’œuvre de Scopas et de Praxitèle, des conceptions nouvelles qui donneront au type du dieu son développement le plus complet. L’Apollon Sminthien de Scopas ne nous est connu que par les monnaies d’Alexandria Troas ; mais nous pouvons mieux apprécier l’Apollon Citharède du maître parien. On sait que cette statue, exécutée pour les Rhamnusiens, et traisportée plus tard à Rome, est celle qu’Auguste consacra sur le Palatin, après la victoire d’Actium. Grâce au témoignage des monnaies frappées sous l’empire, on a pu reconnaître une réplique de cette œuvre dans l’Apollon Musagète du Vatican. Le sculpteur parien semble avoir renouvelé l’ancien type du
fie. yz. APOLLON musagète.
(Rome : Vatican.)
po MYTHOLOGIE FIGURÉE DE LA GRÈCE.
dieu Citharède, en lui prêtant un air inspiré, une attitude pleine de mouvement. La longue robe pythique dont le dieu est vêtu flotte autour de son corps ; il s'avance d'un pas rapide : c’est le dieu des combats musicaux. Si la statue de Scopas se rattache, au point de vue des attributs, à l'ancienne tradition hellénique, l’Apollon Sauroctone de Praxitèle montre le dieu sous des traits nouveaux. Trois copies conservées nous permettent de restituer l’œuvre du maître athénien; le bronze de la villa Albani, et les deux marbres du Louvre et du Vatican semblent être des répliques fidèles1. Ici, le dieu a l’aspect d’un jeune homme, presque d’un enfant, aux formes sveltes et délicates; le visage animé par un sourire malicieux, il va percer d’une flèche un lézard qui grimpe le long du tronc d’arbre ou le dieu s'appuie. Cette conception, qui fait allusion soit à un mythe étranger, soit à une légende sicilienne, est sans doute un fait isolé dans le cycle figuré d’Apollon ; mais il n’est pas douteux que Praxitèle ait contribué à faire prévaloir, dans les représentations du dieu , le caractère de jeunesse et de grâce que traduisent plusieurs statues d’une date plus récente.
Nous ne nous attarderons pas à énumérer tous les artistes postérieurs à Scopas et à Praxitèle, qui ont pu représenter Apollon. Il importe seulement de remarquer qu’au ive siècle, tous les traits essentiels du type d’Apollon sont fixés; l’art n’a plus rien à créer. Les
i. Voir la notice de M. Rayet, dans les Monuments de l’Art antique , uc livraison : Apollon sauroctone.
FIG J3> APOLLON SAUaOGTONE.
• Vatican.)
différentes attributions du dieu sont assez nettement accusées par la plastique pour qu’on puisse classer ses représentations figurées en plusieurs séries, où trouvent place les nombreuses statues conservées dans nos musées.
Apollon victorieux, respirant l’orgueil du triomphe, est figuré dans une statue célèbre qui a passé longtemps, sur la foi de Winckelmann, pour le chef-d’œuvre de l’art antique: c’est l’Apollon du Belvédère, au Vatican. Un sculpteur moderne a restauré la main droite comme si elle tenait un arc, et on a longtemps interprété ce marbre comme un Apollon armé de l’arc et combattant contre Python ou Tityos. Cette opinion est aujourd’hui abandonnée. On possède des bronzes qui paraissent être des répliques de la même œuvre, et montrent le dieu tenant de la main droite un objet qui ressemble à une peau d’animal ; tels sont PApollon de la collection Stroganoff, et le bronze de la collection Pulzky. Il est donc permis de croire que la statue du Belvédère portait de la main droite l’égide avec la tête de Méduse. Faut-il aller plus loin, et supposer que la statue originale, dont le marbre du Vatican n’est qu’une copie, avait été exécutée en souvenir du siège de Delphes par les Gaulois, alors que le dieu apparaissant au milieu du combat, mit en fuite les assaillants? Doit-on dès lors attribuer à l’original une date postérieure à l’année 279 avant J. -C.? Sans vouloir trancher la question, on peut admettre sans témérité que cette statue tant admirée n’est qu’une copie romaine d’un original exécuté après Lysippe. Qu’on y voie un Apollon Kallinikos vainqueur de Python, ou un Apollon Boedromios défendant son temple contre
LES DIVINITÉS DU CIEL. 9
les Gaulois, la statue du Vatican ne nous en offre pas moins un exemple frappant du dieu représenté dans son rôle guerrier. Les formes du corps sont élancées et sveltes; une légère chlamyde flotte sur l’épaule gauche. Le visage, encadré par les boucles d’une épaisse chevelure relevée sur le front, présente les traits classiques que l’art prête au dieu à partir de la nouvelle école attique. C’est ainsi qu’on a pu rapprocher du marbre du Vatican plusieurs monuments de la période hellénistique, comme la tête d’Apollon de l’ancienne collection Pourtalès, conservée au Musée Britannique.
Les statues d’Apollon au repos forment une seconde série.
Dans cette classe de monuments, les traits distinctifs du dieu sont la nonchalance élégante de l’attitude, des formes moins viriles, une grande expression de calme et de douceur. On peut prendre pour type de cette série VApollino de Florence, qui paraît être la copie d’une œuvre du ive siècle, et qui montre le dieu s’appuyant contre un tronc d’arbre, le bras droit relevé au-dessus de la tête, par un geste plein d’abandon. La main droite tenait l’arc; c’est du moins ainsi qu’ Apollon au repos est figuré sur une monnaie d’Athènes. Au même ordre de représentations appartient l’Apollon dit Lycien du musée du Louvre, qui fait songer à la statue placée près du Lycée d’Athènes et décrite par Lucien ; l’attitude semblait indiquer que le dieu se reposait de ses combats et de ses fatigues1.
L’Apollon au griffon du Capitole forme la transition