‹ Mythologie figurée de la GrèceChapitre 69 sur 152 · FIG. 54. APHRODITE · texte numérisé non relu

FIG. 54. APHRODITE

(Manche de miroir grec. — Musée de Copenhague.)

i*<5 MYTHOLOGIE FIGUREE DE LA GRÈCE.

nommons Aphrodite Ourania; l’autre plus jeune, fille de Zeus et de Dioné : nous l'appelons Aphrodite Pandémos. » L’art s’inspire de ces subtiles distinctions philosophiques. A côté de la déesse Ourania d’Élis, exécutée par Phidias, on avait placé la statue de la Pandémos, montée sur un bouc; c’était l’œuvre deScopas. Il est permis de reconnaître la scène de la réconciliation des deux Aphrodite dans un groupe de terre cuite, publié par Stackelberg L, où la Pandémos est figurée tenant un miroir, le sein droit découvert.

Les modifications que l’art apporte au type d’Aphrodite se traduisent surtout par les détails de l’ajustement. Grâce aux statues conservées, on peut suivre cette progression, qui conduit les artistes à dépouiller de plus en plus de ses voiles le corps de la déesse. Nous indiquerons ici les principaux types ainsi créés après le ve siècle, sans prétendre les ramener à un ordre chronologique rigoureux. Un grand nombre de statues de diverses époques montrent Aphrodite vêtue du chiton sans ceinture, fait d’une étoffe légère qui dessine les formes, et laisse à nu l’épaule et le sein droits. Souvent elle ramène d’une main sur son épaule le manteau qui flotte derrière elle, et de l’autre tient la pomme, symbole de fécondité : cet attribut apparaît surtout dans les petits bronzes et sur les monnaies. Parmi les statues, nous citerons celle du musée Chiaramonti, au Vatican, à laquelle on a ajusté la tête de l’impératrice Sabine. Représentée sous cette forme, Aphrodite se rapproche de l’ancien type de la déesse Ourania, et elle est surtout

. C’est l’interprétation que donne M. Heuzey, Catalogue, p. 191.

LES DIVINITÉS DU CIEL. i*7

considérée comme la divinité du mariage. A Rome, on prêtait les mêmes traits à la Venus genetrix, qui figure en particulier sur les monnaies de bronze de l’impératrice Sabine, et dont le sculpteur grec Arkésilaos avait exécuté la statue pour un temple du Forum de César.

Les statues d’Aphrodite à demi vêtues, dont le célèbre marbre du Louvre, trouvé à Milo, nous offre un magnifique exemple, marquent un nouveau changement. C’est comme un type de transition. « Il n’est pas admissible, pense M. Bernoulli, qu’Aphrodite ait été figurée complètement nue dans des représentations sculpturales, sans que le sentiment public y ait été préparé par des statues à demi vêtues 1. » A vrai dire, il est difficile de déterminer à quelle époque ce type apparaît dans l’art. Est-ce avec Scopas? On sait qu’une opinion fort vraisemblable attribue l’Aphrodite de Milo à l’école du sculpeur parien, qui avait lui-même exécuté plusieurs statues de la déesse, et la grâce sévère du style confirme cette hypothèse. A en juger par les répliques, ce type, créé sans doute par un maître, a été fort en faveur. Il traduit la puissance victorieuse de l’Aphrodite Niképlioros , à qui rien ne* résiste. L’attitude de la statue de Capoue (au musée de Naples) est caractéristique : la déesse a le pied posé sur un casque, comme si son pouvoir irrésistible défiait la force des armes. Ailleurs, sur des monnaies impériales, Vénus victorieuse se mire dans un bouclier. Il est naturel que le symbolisme romain ait emprunté à cet ordre de re-

. Aphrodite , p. 1 37

i+B MYTHOLOGIE FIGURÉE DE LA GRÈCE.

présentations les traits, l’attitude et les attributs de la Victoire elle-même. La belle statue de bronze de la Victoire de Brescia, trouvée dans les ruines de la basilique de Vespasien, reproduit le type d’Aphrodite Niképhoros.

Au ive siècle, un sculpteur de la nouvelle école attique tente un coup d’audace. Praxitèle ose dépouiller la déesse de tous ses voiles, et la montre dans l’éclat de sa nudité. Pline raconte qu’il avait exécuté deux statues d’Aphrodite, l’une voilée, l’autre nue1. Les habitants de Cos préférèrent la première, par un sentiment de respect religieux; ceux de Cnide prirent la seconde, et la consacrèrent dans le temple d’Aphrodite Euploia. C’est elle qui est figurée sur des monnaies cnidiennes des Cabinets de Paris et de Berlin; la déesse vient de laisser tomber son dernier voile, qu’elle tient encore à la main et qu’elle dépose sur un vase à parfums placé près d’elle. Les écrivains anciens sont unanimes à célébrer le charme voluptueux de cette statue. Lucien donne à la statue idéale qu’il imagine le front et la ligne pure des sourcils de l’Aphrodite cnidienne. Les poètes de l’Anthologie la célèbrent à l’envi dans leurs épigrammes raffinées : <c Aphrodite Cythérée, portée par les vagues, est allée à Cnide, afin de contempler sa propre image. La déesse regarda d’un lieu favorable, et fit entendre ces plaintes : « Où donc Praxitèle m’a-t-il vue sans voiles ?» — Non, Praxitèle n’a pas arrêté sur toi un regard sacrilège; mais son ciseau a su te représenter telle qu’Arès t’aimait2. »

Page 1