‹ Mythologie figurée de la GrèceChapitre 76 sur 152 · Pausanias : I · texte numérisé non relu

Pausanias : I

LES DIVINITES DU CIEL

rapprochements, dont les poètes de l’Anthologie ne se font pas faute1. Le torse de Centocelle, au Vatican, nous offre peut-être une réplique de l’œuvre de Praxitèle; cette charmante tête inclinée, à la chevelure bouclée, encadrant un visage très fin, répond bien à l’idée qu’on peut se faire de la conception du maître athénien. L’Éros de Parion était nu et sans armes ; il tenait un dauphin et une fleur, emblèmes de la puissance qu’il exerce sur la mer et sur la terre, salivant une épigramme de l’Anthologie. Enfin Praxitèle avait exécuté une troisième statue du jeune dieu, longuement décrite par Callistrate2 qui vante le charme du sourire, l’agencement gracieux de la chevelure, et l’aspect vivant du bronze. L’écrivain grec indique avec assez de précision l’attitude de la statue, pour qu’il soit permis d’en reconnaître une réplique dans l’Eros ailé du musée de Dresde; le dieu tient une main élevée, et de l’autre brandit son arc. Praxitèle avait prêté à Eros les formes encore indécises de l’adolescence; il l’avait imaginé comme un jeune garçon « dans la fleur de la vie », suivant le mot de Callistrate. Ce type plastique, créé avec tant de bonheur par le maître athénien, devient familier à ses successeurs. Lysipp-e s’était sans doute conformé à la nouvelle tradition, dans sa statue de l’Eros de Thespies. De nombreux marbres conservés dans nos musées montrent de même le dieu adolescent. Tantôt il tend son arc : c’est le sujet de plusieurs statues du Capitole, de la villa Albani, du Vatican et du Musée Britan-

i Anthol. Planud., IV, 2o5.

2. Callistrate : Stat., 3. Cf. Michaelis : Arcli. Zeitung, 1879,

nique. Tantôt, il décoche une flèche, comme dans une statue de la collection Giustiniani.

Avec la liberté qui lui est propre, la peinture céramique introduit Eros dans les scènes les plus variées. Les unes ont un caractère mythologique, et représentent, suivant l’ancienne tradition, le jeune dieu associé à Aphrodite, lui apportant l’alabastron à parfum, ou voltigeant auprès d’elle. Ailleurs, il intervient dans les aventures amoureuses des héros et des dieux, conduisant Héraklès près d’Hébé, ou assistant à l’enlèvement d’Europe. Son rôle se comprend sans peine; il personnifie les passions des acteurs de ces scènes figurées. De là à le mêler aux représentations de la vie quotidienne, la transition est facile. Dans les élégantes peintures qui décorent les vases du style le plus pur, Eros est devenu une sorte de génie familier, qui prend part à la vie des hommes. On sait à quel point l’esprit grec excelle à revêtir d’une forme arrêtée les sentiments les moins définis et les plus flottants ; dans l’art, Eros est la traduction figurée des désirs mobiles et changeants. Sur un beau vase du musée d’Athènes, représentant une scène de mariage1, c’est lui qui vole entre les deux fiancés, jouant de la double flûte. Bien plus, pour traduire les plus fines nuances du sentiment, un seul Eros ne suffit pas, et c’est tout un petit peuple ailé qui voltige dans le champ des peintures céramiques. Non seulement les Éros se multiplient autour d’Aphrodite, comme sur la belle coupe peinte dont nous reproduisons un fragment; ils interviennent dans des scènes qui n’ont rien

i. Catal. du musée d’ Athènes, n° 5oo*

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