FIG. OO. ÉROS TENDANT SON ARC
(Rome : Vatican.)
i<5* MYTHOLOGIE FIGUREE DE LA GRÈCE.
de mythologique. Voici, dans le gynécée, des génies ailés qui apportent à des jeunes femmes des parures, des fleurs, des bijoux; ailleurs, d’autres jouent de la
FIG. 6l. APHRODITE ET LES É R O S.
(D’après une kylix de Hiéron. — Musée de Berlin.)
flûte, du tympanon ; ce sont autant de petits démons familiers, qui personnifient les désirs incertains de la coquetterie, ou les doux loisirs de la vie d’intérieur. En même temps, l’art se plaît à leur prêter les formes de l’enfance. Parmi les terres cuites tanagréennes du Louvre, on remarque une série de petits Amours1
i. Publiés par M. O. Rayet, dans les Monuments de l’ Art an* tique , IIe livraison.
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exécutés avec la fantaisie la plus spirituelle : les uns dansent; les autres, encapuchonnés dans un court manteau, semblent bouder comiquement; un autre se mord le bout du doigt, avec le regard malicieux que Moschos attribue à Éros, dans la jolie pièce de V Amour fugitif. Ces Eros sont les frères des petits génies que Part alexandrin mêle aux scènes de mythologie galante, et qu’on voit, dans les peintures pompéiennes, entourant Adonis blessé, ou portant aux héroïnes mythologiques des messages amoureux. Ils sont encore de la même famille ces enfants ailés, que la Marchande d’ Amours tient enfermés dans une cage, ou ceux qui, occupés aux travaux de la vie quotidienne, s’empressent à pétrir le pain, à fouler le raisin ; scènes purement décoratives, dont les peintres des villas campaniennes sont si prodigues. Quel nom doit-on donner à ces génies? On se tromperait étrangement si on leur attribuait un sens mythologique. Sous peine de tomber dans le symbolisme le plus faux, il faut laisser à ce petit monde rieur et folâtre son caractère indéterminé ; pourquoi demander à la fantaisie la raison de ses conceptions légères, dont tout le charme s’évanouit, quand on les soumet à l’analyse?
Il est à peine besoin de rappeler quelle influence la littérature a exercée sur les représentations figurées d’Éros et de son cycle. L’Amour est le héros d’un grand nombre d’épigrammes alexandrines 1 : les poètes érotiques, Méléagre, Posidippe, Maikios, raffinent sur ce thème de l’âme en proie à la passion, livrée aux luttes
i. Voir A. Couat : La Poésie alexandrine, p. 174 et suiv.
LES DIVINITÉS DU CIEL. 167
cToü elle sort tantôt vaincue, tantôt victorieuse. Les artistes y trouvent de leur côté le sujet de compositions gracieuses, qui forment toute une psychologie figurée de l’amour. Les graveurs en pierres fines font preuve d’une fertilité d’invention inépuisable dans ces scènes, qui composent une série de petits drames, où l’âme et l’amour jouent le principal rôle. C’est Éros , maltraitant l’âme ou Psyché, figurée sous les traits d’une petite fille aux ailes de papillon; ailleurs, c’est Psyché qui triomphe d’Eros, et l’enchaîne; enfin, comme dans le camée alexandrin attri-* büé à Tryphon, Eros et Psyché sont réunis dans une cérémonie nuptiale. L’union de Psyché et de l’Amour, qui succède aux luttes et aux souffrances, est aussi traduite par la sculpture ; on connaît, entre autres monuments, le groupe du Capitole, qui montre les deux amants étroitement enlacés. Quand l’art a rendu populaires ces scènes figurées, elles se prêtent facilement à traduire, sous une forme plastique , l’allégorie platonicienne de l’âme déchue, traversant pour se purifier une série d’épreuves, et enfin réunie pour jamais à l’Eros divin. C’est l’origine du mythe de Psyché, qui jouit à l’époque romaine d’une singulière faveur; le joli conte d’Apulée en témoigne. Le groupe des deux amants, sculpté sur les sarcophages
Éros torturant psyché (Pierre gravée.)
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romains, fait allusion à des idées de renaissance, de vie future et de béatitude éternelle 4.
C’est aussi une sorte de symbolisme mystique qui attribue à Eros un rôle funèbre. L’art grec, à son déclin, représente déjà le personnage dé l’Eros funèbre, tenant une torche renversée; des figurines de terre cuite trouvées à Myrina reproduisent ce type; à Rome, les sculpteurs qui décorent les sarcophages s’en inspirent fréquemment. Mais l’enfant ailé des monuments romains, qui s’appuie sur son flambeau renversé, et semble dormir, la tête inclinée sur l’épaule, n’a plus qu’un rapport de forme extérieure avec le fils d’Aphrodite et les joyeux Eros dont nous avons parlé. L’esprit romain, à l’époque impériale, donne un sens grave et symbolique à ces légers et insouciants génies, fils de l’imagination hellénique..
i. Voir notre Essai sur le Mythe de Psyché , 1877.
FIG. 64. — ÉROS. (Terre cuite de Tanagra.)