II. LES MUSES
P. Decharme : Les Muses i. — Oberg : Musarum typi monument is veteribus expressi. Berlin, 1873.
Le nombre des Muses n’est pas déterminé dans les poèmes homériques ; ces filles de Zeus, qui ont pour rôle de charmer les Immortels par leurs chants, n’ont pas encore à cette date une physionomie individuelle. C’est seulement dans la Théogonie d’Hésiode que ces divinités apparaissent au nombre de neuf, et qu’elles portent les noms consacrés par la tradition : Clio, Euterpe, Thalie, Melpomène, Terpsichore, Erato, Polymnie, Uranie, et Calliope. Mais pas plus que la poésie ancienne, l’art hellénique des premiers siècles ne donne aux Muses des attributions bien distinctes. Les déesses de Piérie, filles de Zeus et de Mnémosyné, protectrices des aèdes, auxquels elles communiquent l’inspiration poétique, sont longtemps représentées par l’art comme formant une sorte de chœur musical; aucune d’elles n’est distinguée par des attributs qui lui soient propres. Sur un vase peint d’ancien style, le vase François, les Muses qui assistent aux noces de Thétis et de Pelée sont désignées par des inscriptions; ce secours est nécessaire pour reconnaître les Muses dans ces femmes qui relèvent leur peplos comme pour s’en voiler la tête. Les artistes ne s’astreignent même pas à respecter le chiffre de neuf, qui, d’ailleurs, n’est pas
1. Cf. Le chapitre consacré aux Muses dans la Mythologie de la Grèce antique , du même auteur.
constant dans les diverses traditions locales. Les Muses étaient au nombre de trois dans le groupe exécuté par des maîtres archaïques, Agéladas, Kanakhos, et Aristoklès et décrit par une épigramme métrique. « Nous sommes les trois Muses : Tune de nous tient les flûtes, une autre porte en main le barbiton, une troisième la lyre1. » A en juger par deux statues conservées à Venise, et trahissant l’imitation tardive du style archaïque2, les vieux maîtres grecs donnaient uniformément aux Muses un type qui rappelle celui des Kharites; la chevelure tombant en tresses, le long et sévère costume dorien, aux plis rigides et réguliers. La peinture de vases à figures rouges les représente tantôt seules, tantôt guidées par Apollon Musagète, suivant une ancienne tradition, qui apparaît déjà dans les premiers monuments de la toreutique grecque : sur le coffre de Kypsélos, au vme siècle, les Muses entourent Apollon, « chœur gracieux, auquel il préside ». Elles sont ainsi groupées sur une pyxis athénienne dont nous reproduisons un fragment3; mais l’artiste a si peu visé à les distinguer par des attributs précis, qu’on ne peut les désigner que par conjecture : elles ont le type des femmes athéniennes dans les scènes de la vie ordinaire. En général, dans l’art hellénique antérieur au 11e siècle avant notre ère, les Muses sont figurées vêtues de la tunique do-