‹ Mythologie figurée de la GrèceChapitre 98 sur 152 · FIG. 79. POSEIDON · texte numérisé non relu

FIG. 79. POSEIDON

(Bronze d’Herculanum. — Musée de Naples.)

peintres céramistes le représentent vêtu, il ne porte qu’une courte tunique plissée, comme dans la scène de Gigantomachie qui décore la coupe Beugnot, du musée de Berlin (fig. 80). Dans les monuments de la plastique, Poséidon porte quelquefois , comme Zeus, l’himation drapant le bas du corps ou rejeté sur l’épaule :

ainsi le montre une statue colossale trouvée à Madrid. Mais la nudité complète, beaucoup plus fréquente, semble être l’un des signes caractéristiques du dieu. Un bronze du musée de Naples, trouvé à Herculanum, nous offre à ce point de vue un exemple digne d’attention : le dieu debout, au repos, s’appuie sur son tri-

dent : c’est l’attitude la plus ordinaire. Les artistes le

représentent aussi volontiers le pied posé sur un rocher, ou sur une proue de navire, comme dans les statues du Latran et de la villa Albani; ailleurs son pied repose sur un dauphin. Considéré sous cet aspect, Poséidon est le dieu dont la domination tranquille s’exerce sur le vaste domaine qui lui est attribué.

Le trident et le dauphin sont ses attributs habituels : ils figurent au revers d’une monnaie de Messine, et le dauphin est fréquemment placé sur la main du dieu, dans les peintures de vases. Le cheval est aussi un de ses attributs. Il est à peine besoin de rappeler l’épithète d’Hippios que porte parfois Poséidon, et la légende d’après laquelle il fait naître le cheval d’un coup de trident. Les représentations où cet animal est associé à Poséidon sont surtout fréquentes sur les monnaies, et font allusion au mythe de la naissance du cheval; telles sont les monnaies de Potidée, où Poséidon est monté sur le cheval, et celles de Rhaukos, en Crète, où il est debout près de l’animal, le tenant par le frein. On saisit facilement la relation que la vive imagination des Grecs avait créée entre le cheval et le dieu de la mer. Les lignes onduleuses des vagues, leur crinière d’écume, leur allure rapide appelaient une comparaison toute spontanée avec certaines formes de la nature animale. Aussi l’aspect des vagues agitées éveillet-il de bonne heure l’idée de l’attelage impétueux qui entraîne à la surface des flots le char de Poséidon. « Le dieu revêt son armure d’or, saisit un fouet brillant, d’un travail merveilleux, monte sur son char, et le lance sur les flots. Au-dessous de lui bondissaient les monstres sortis en foule de leur retraite, et reconnais-

âio

sant leur souverain. La mer, pénétrée de joie, s’ouvrait sur son passage. Les chevaux volaient rapidement, et, sur leur route, l’onde ne mouillait pas l’essieu d’ai-* rain » 1*

Comme les autres dieux, Poséidon figure dans les scènes de Gigantomachie où il combat armé du trident et écrase les Géants sous des quartiers de roc couverts de crabes et de coquillages, arrachés aux profondeurs de la mer. Mais c’est surtout sa légende amoureuse qui inspire les peintres de vases. Un des motifs les plus souvent traités est la poursuite de la Danaïde Amymone, qui fuit devant le dieu, une hydrie à la main; ailleurs, les artistes la montrent réunie à Poséidon, et assise auprès de la source de Lerne. Toutefois, dans l’art comme dans la mythologie, la compagne ordinaire de Poséidon est la Néréide Amphitrite, personnification féminine de la mer. Epouse du dieu, la Néréide partage son culte et les artistes l’associent fréquemment au maître de la mer. Elle figurait à ses côtés, dans un groupe qui décorait la cella d’un temple de Poséidon à Corinthe2. Le couple divin était assis sur un char attelé de chevaux que conduisaient deux Tritons d’or. Quelquefois, Amphitrite est représentée isolément, portée par un Triton, et tenant le trident qui la distingue des autres Néréides.

Poséidon et Amphitrite ont leur cortège. Quand le dieu de la mer s’avance sur les flots, autour de lui bondit tout un monde d’êtres mythologiques, composant

i. Iliade , XIII, vers 23 et suivants.

a. Pausanias : II, 117.

(Fragment d’une kvlix du musée de Berlin.

sa bruyante escorte. C’est d’abord le chœur des Néréides, qui tiennent quelquefois des instruments de musique, comme sur un beau sarcophage du Louvre, et sur une fresque pompéienne1. A ces gracieuses déités se mêlent les Tritons, armés de conques sonores, et dont le corps se termine en queue de poisson; puis les Centaures marins, qui battent l’eau de leurs robustes nageoires et dont la tète est quelquefois coiffée de pinces d'écrevisse. Il faut encore ajouter les monstres marins, hippocampes, dragons, taureaux ou boucs, dont les formes se combinent avec des éléments empruntés aux êtres de la mer : créations puissantes et originales, où l’art grec trouve le sujet des conceptions les plus brillantes. Un sculpteur du ive siècle, Scopas, avait cherché dans le cycle des démons de la mer un motif qui convenait bien à son génie fougueux et passionné. Il avait exécuté pour une ville d’Asie, peut-être de Bithynie, un groupe représentant Poséidon, Achille et Thétis, entourés du chœur des Néréides et des demi-d'ieux marins 2. Transportées à Rome, ces statues décoraient le temple élevé près du cirque Flaminius par Domitius Ahenobarbus. Or, c’est aussi de Rome que provient une fort belle frise en relief, représentant les noces de Poséidon et d’Amphitrite et conservée à la Glyptothèque de Munich3. Le centre de la composition est occupé par le char des deux divinités, qui glisse sur les flots, conduit par un jeune Triton soufflant dans une conque. Au devant du

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