SATURNE
le chassa du ciel et s'établit pour jamais monarque des cieux.
Le dieu détrôné alla cacher sa défaite en Italie, près du ToiJanus, qui le reçut avec amitié, et daigna même partager avec lui le pouvoir souverain. Saturne, de son côté, touché d'un accueil si généreux , appliqua ses soins à civiliser le Latium (c'est la contrée où régnait Janus), et enseigna à ses grossiers habitants divers arts utiles. On appela Age d'or cette heureuse époque. Alors point de lois écrites, point de tribunaux, point de juges ; la justice et les mœurs respectées ; l'abondance , la paix , l'égaUté , maintenues. La terre , sans être déchirée par le soc , fournissait toute espèce de fruits; un printemps perpétuel souriait à la nature ;
La "vigne offrait partout des grappes toujours pleines , Et des ruisseaux de lait serpentaient dans les plaines.
Cet âge d'or dura peu. UAge d'argent le remplaça. L'année fut partagée en saisons ; les vents glacés et les brûlantes chaleurs se firent sentir tour à tour; il fallut cultiver la terre et l'arroser des sueurs de l'ouvrier.
A ces deux âges succéda celui d'airain. Les hommes , devenus farouches , respirèrent les batailles et recherchèrent le gain, sans s'abandonner pourtant aux excès qui ont caractérisé VAQ^ ^^ f^"""' Dans ce dernier âge, la bonne foi, bannie de la terre, fit place à la trahison et à la violence : on ne vécut que de brigandages. La discorde se glissa entre les plus proches parents ; le fils osa attenter aux jours de son père, la marâtre à ceux de sa belle-fille. La piété fut tournée en dérision ; et Astrée quitta en soupirant un séjour souillé de forfaits (1).
(1) Voyez même section , § 22.
b DIEUX SUPERIEURS.
— Saturne est une image ou emblème du temps.
C'est pourquoi on le représente comme un vieillard sec et décharné, dont le visage est triste, la tête courbée. Dans sa main est une faux, qui signifie que le temps détruit tout ; il a dès ailes et tient une sorte d'horloge, pour indiquer la fuite des ans : enfin, il dévore ses enfants , pour marquer que le temps engloutit les jours, les mois, les siècles, à mesure qu'il les produit.
Les fêtes de Saturne, appelées Saturnales chez les Romains , commençaient le seize décembre et duraient trois jours, pendant lesquels on fermait les tribunaux et les écoles publiques, on suspendait l'exécution des criminels, et l'on n'exerçait d'autre art que celui de la cuisine. Les festins , les jeux , le plaisir, régnaient partout. Durant ces fêtes, qui rappelaient l'égalité et la liberté de l'âge d'or, les esclaves étaient servis à table par leurs maîtres, auxquels ils pouvaient dire impunément des vérités dures, ou lancer des malices et des épigrammes mordantes.
§ 3. Cybêle.
Gybèle ou Rhéa , sœur et femme de Saturne , a plusieurs noms chez les poètes. Elle est appelée Dindymène, Bérécinthie et Idéa, de trois montagnes de Phrygie (Dindyme, Bérécinthe et Idéa), où elle était principalement adorée. Elle est aussi appelée la Grande-Mère, parce que la plupart des dieux du premier ordre lui doivent la naissance, entre autres Jupiter, Neptune, Pluton, Junon, Gérés et Vesta (1).
(1) Quelquefois Vesta est confondue avec Gybèle , et elles ne forment ensemble qu'une seule et même divinité.