CYBÈLE
Enfin, on la nomme Tellus et Ops, parce qu'elle présidait à la terre, et procurait aux hommes protection, secours et richesses (1).
— On représente cette déesse comme une femme robuste , chargée d'embonpoint. Sa couronne de chêne rappelle que les hommes se sont anciennement nourris du fruit de cet arbre; les tours qui ceignent sa tête indiquent les villes qui sont sous sa garde ; et la clé qu'elle tient à la main désigne les trésors que le sein de la terre renferme en hiver et qu'il donne en été. Elle est assise sur un char traîné par des lions; quelquefois elle est entourée de bêtes sauvages. Un tambour est placé près d'elle. Sa robe est parsemée de fleurs.
Quand Saturne fut exilé du ciel, Rhéa le suivit en Italie, où elle seconda ses vues de bienfaisance, et se fit chérir comme lui des peuples du Latium. Aussi les poètes désignent-ils souvent le temps heureux de l'âge d'or sous le nom du Siècle de Rhée.
Ses prêtres, nommés Curetés, Corybantes. Dactyles et Galles , célébraient ses fêtes par des danses qu'ils exécutaient au son du tambour et des cymbales, imprimant à leur corps des mouvements convulsifs , et frappant leurs boucliers avec des épées. Ils mêlaient à ce bruit des cris lamentables, en mémoire du malheur d'Atys, leur patron. Atys était un berger phrygien que Gybèle honorait d'une bienveillance particulière et à qui elle confia le soin de son culte , à condition qu'il ne se marierait point. Atys oublia son serment, et épousa Sangaride. Gybèle le punit de son parjure en faisant périr cette nymphe ; et , peu contente de cette première vengeance, elle inspira au coupable une frénésie qu'il tourna contre lui-même ;
(1) En latin tellus veut dire terre, et ops, secours.
il se déchirait le corps , et allait , dans un aceès de fureur, terminer ses jours , lorsque la déesse , émue enfin du spectacle de ses douleurs, le métamorphosa en pin, arbre qu'elle affectionna dès lors, et qui lui fut consacré.
Les Phrygiens avaient institué, en l'honneur de Cybèle, des Jeux publics appelés Mégalésiens, qui furent introduits à Rome pendant là seconde guerre punique. Les magistrats y assistaient en robe de pourpre ; les dames y dansaient devant l'aùteL de la déesse ; les esclaves n'osaient y paraître , sous peine de mort.
§ 4. JTupiter.
Devenu maître du monde par la défaite de Saturne, Jupiter partagea l'empire avec ses deux frères ; il donna les eaux à Neptune, les enfers à Plu ton, et se réserva pour domaine la vaste étendue des ciëux.
Le commencement dé son règne fut troublé par la révolte des Géants, hommes d'une grandeur colossale, dont quelques-uns avaient cinquante têtes et cent bras; d'autres avaient, au lieu de jambes, d'énormes serpents.
Jupiter gouvernait en paix le monde , lorsque ces monstrueux ennemis résolurent de le détrôner. Ils entassèrent montagnes sur montagnes, l'Ossa sur le Pélion , et l'Olympe sur l'Ossa , voulant se former ainsi un marchepied , une sorte d'échelle pour escalader les cieux. Au premier combat qui fut livré, ils remportèrent l'avantage; Jupiter fut vaincu, et, dans son extrême frayeur, appela les dieux à sa défense; mais les dieux tremblèrent aussi en présence des -Géants, et se sauvèrent tous, excepté Bacchus,«au fond de l'Egypte, où ils prirent, pour se mieux ca-
JUPITER. a
cher , différentes formes d'animaux , d'arbres et de plantes. Un ancien oracle avait prédit que les habitants du ciel auraient le dessous tant qu'un mortel ne viendrait pas les secourir, Jupiter, réduit aux derniers abois, implora l'assistance d'Hercule, un des Dactyles idéens (1) • et aussitôt les dieux, reprenant courage, quittèrent l'Egypte, s'armèrent de toutes pièces, et exterminèrent les Géants. Hercule tua Alcyonée et Burytus; Jupiter terrassa Porphyrion ; Neptune vainquit Polybotès ; Vulcain assomma Glytius d'un coup de massue : Encélàde et Typhée furent ensevelis soùs le mont Etna (2) ; le reste, frapfpé de la foudre, s'abîma dans les profondeurs du Tartare.
Le crime régnait sur la terre.
Prométhée, fils de Japet, avait fait une statue d'homme, et lui avait communiqué le mouvement et la vie en dérobant une parcelle de feu au char du Soleil. Jupiter, indigné de ce larcin, ordonna à Mercure d'attacher l'audacieux coupable sur le mont Caucase et de l'y faire dévorer par un vautour.
Lycaon, tyran d'Arcadie, se plaisait à immoler aux dieux des victimes humaines, et faisait périr, avec une joie féroce, tous les étrangers qui mettaieiîtie pied dans son royaume. Jupiter quitta l'Olympe et descendit sur la terre pour être témoin de ses attentats ; il vint en Arcadie, entra dans le palais de Lycaon, et y demanda Fhospitalité. Les Arcadiens, qui l'avaient reconnu à son air de dignité et de grandeur, se disposaient à lui offrir des sacrifices : Lycaon se
(1) Cet Hercule idêen n'est pas le fils d'Alcmène.
(2) Etna , montagne de Sicile. Les Romains attribuaient les tremblements de terre de cette île aux mouvements que fait Encehde pour se remuer ou changer de position.
moqua de leur puérile crédulité ; et, pour s'assurer si son hôte était un dieu, il égorgea un enfant, le coupa par morceaux, et en fit cuire la chair parmi d'autres viandes qu'il servit à table. Cet abominable festin fit horreur à Jupiter, qui, saisissant la foudre, mit le feu au palais. Lycaon réussit à s'enfuir; mais à peine était-il sorti de la ville, qu'il fut métamorphosé en loibp.
Ce fut à l'occasion de ce forfait et d'autres semblables, que Jupiter envoya le déluge, et changea la terre en une mer immense. Les plus hautes montagnes avaient disparu ; une seule s'élevait encore audessus des flots : c'était le mont Parnasse, en Béotie. Sur cet océan sans rivages, et parmi les débris de l'humanité, voguait une frêle barque, jouet des vents ; elle portait Deucalion et Pyrrha, époux fidèles et vertueux. Guidés par une main protectrice, ils abordèrent sur la cime du Parnasse, et furent sauvés ; mais leurs yeux ne voyaient de toutes parts que des tableaux de destruction et de deuil. Les^ eaux décroissaient peu à peu ; on découvrait les collines et quelques plaines ; le couple pieux descendit, et alla consulter l'oracle de Thémis, à Delphes, pour apprendre les moyens de repeupler la » terre : « Sortez du temple , s'écria Thémis, cou- » vrez d'un voile votre visage, et jetez derrière vous, » par-dessus vos têtes, les ossements de votre grand'mère. » La piété de Deucalion fut alarmée d'un ordre qui lui paraissait cruel ; mais bientôt , réfléchissant que la Terre est notre mère commune, et que les pierres qu'elle renferme peuvent être appelées ses os , il en ramassa quelques-unes et les jeta religieusement derrière lui en fermant les yeux. Ces pierres s'animèrent , prirent une figure humaine et devinrent des hommes ; les cailloux lancés par la