BOILEAU
C'est à Neptune qu'est attribuée la création du cheval, un des plus beaux présents que les dieux aient pu faire aux hommes; mais en le créant, il enseigna aussi l'art de le dompter; il apprivoisa ce quadrupède fougueux , et l'assujettit à la main et à la voix du cavalier.
Tous les peuples honorèrent Neptune , le craignirent, lui dressèrent à l'envi des statues et des autels. Les habitants de la Libye le regardaient comme leur principale divinité. Il eut des temples sans nombre dans l'Asie Mineure , dans la Grèce , en Italie , spécialement dans les contrées maritimes. Il était invoqué par les navigateurs ; il était le patron des athlètes aux courses de chars et de chevaux. Les jeux Isthmiques , à Gorinthe , et les Gonsuales , à Rome, furent institués en son honneur. On lui immolait le cheval et le taureau. Les aruspices lui offraient le fiel des victimes, par analogie avec l'amertume des eaux de la mer.
— On représente Neptune comme un vieillard robuste , dont la large poitrine et les épaules charnues sont couvertes d'une draperie de couleur azurée. Son sceptre est un trident ou fourche à trois pointes ; son char est une vaste coquille, traînée par des hippocampes ou chevaux marins à deux pieds. Les Tritons qui lui servent de cortège annoncent sa présence en soufflant dans une conque , sorte de
trompette recourbée qui va toujours en s'élargissant, et dont le bruit éclatant se propage jusqu'aux extrémités du monde.
Il ne faut pas confondre les Tritons avec Triton : celui-ci commande, les autres lui obéissent. Triton, fils de Neptune , a le pouvoir de soulever les flots ou de les calmer : les Tritons sont des subalternes sans autorité et sans importance. Mais tous, tant le maître que les sujets, sont moitié hommes et moitié poissons, et sonnent également de la conque devant le char majestueux du dieu des eaux.
§ 8. P-luton.
Dans le partage du Monde entre les trois fils de Saturne (Jupiter , Neptune et Pluton) . c'est à Pluton, comme au plus jeune, que fut abandonné le triste royaume des enfers.
On appelle Enfers les demeures souterraines où vont les âmes des morts pour y être jugées, et y recevoir la peine de leurs crimes ou le salaire de leurs actions vertueuses. A la porte des enfers veille incessamment un chien à trois têtes, Cerbère, qui, par ses triples aboiements et ses morsures, empêche les vivants d'y entrer et les ombres d'en sortir (1).
Si l'on en croit les poètes , l'espace entier des enfers est entouré de deux fleuves, l'Achéron et le Styx, qu'il faut traverser pour parvenir à la résidence de Pluton. Mais le batelier Garon , vieillard farouche , repousse durement à grands coups de rame les malheureux qui sont morts sans sépulture, et tous ceux qui ne peuvent lui payer une obole (deux sous) pour
(1) Uombre tenait le milieu entre l'âme et le corps; elle était immatérielle comme l'âme , et avait la figure du corps.