MINERVE
VU et entenda était un crime odieux et punissable de mort.
Une autre fête, appelée f/ie^mop/iones, fut instituée dans l'Attique en mémoire des sages lois que Gérés avait données aux mortels. LesThesmophories étaient célébrées par des femmes de distinction, qui devaient plusieurs jours d'avance se purifier, s'abstenir de tout divertissement et vivre dans une sobriété exemplaire. Les hommes ne pouvaient y assister. Pendant ces fêtes, qui duraient cinq jours, déjeunes vierges vêtues de robes blanches portaient sur leurs têtes, d'Athènes à Eleusis, les corbeilles sacrées, où étaient enfermés un enfant , un serpent d'or, un van , des gâteaux et d'autres symboles.
— On représente Cérès couronnée d'épis, tenant d'une main une torche allumée , et de l'autre un pavot. Le porc lui était immolé , parce que cet animal, en creusant et en fouillant la terre , y détruit le germe des moissons.
§ 10. Minerve.
Minerve, déesse de la sagesse, vint au monde d'une manière extraordinaire. Jupiter, éprouvant de grandes douleurs dans la tête, ordonna à Vulcain de lui fendre le cerveau d'un coup de hache , et Minerve en sortit armée de pied en cap et âgée de vingt ans. Admise au conseil des dieux , elle y obtint les plus grandes prérogatives. Elle avait comme Jupiter le privilège de lancer la foudre ; elle donnait l'esprit prophétique, prolongeait la vie des mortels et leur procurait le bonheur après la mort. Toutes ses promesses avaient leur exécution ; tout ce qu'elle autorisait d'un signe de tête devait s'accompUr.
Protectrice des savants et des artistes , elle avait inventé l'écriture, la peinture, et la broderie : la musique même ne lui était pas étrangère. Elle jouait agréablement de la flûte ; mais , comme cet instrument lui gâtait la bouche et lui fatiguait la poitrine, elle le jeta de dépit dans une fontaine.
Fihve de ses talents supérieurs et de sa maj estueuse beauté , elle voyait d'un œil de jalousie les femmes qui se vantaient de l'égaler : Méduse fut punie d'avoir comparé ses attraits à ceux de la fille de Jupiter.
Méduse, une des trois gorgones, était née avec tous les agréments de la figure ; sa chevelure faisait l'admiration générale , et une foule d'amants la recherchaient pour épouse. Enorgueillie de tant d'hommages , elle osa disputer de beauté avec Minerve , et se préférer à cette déesse. Minerve , dans son indignation , changea les cheveux de cette gorgone en serpents, couvrit son corps d'écaillés, incrusta des aiies à ses épaules, défigura ses traits, et lui donna un regard si afîreux que son seul aspect tuait ou changeait en pierre ceux qui avaient le malheur de la rencontrer. On se cachait, on fuyait à son approche.
Arachné fut victime aussi des jalouses fureurs de Minerve. Arachné , fameuse ouvrière de la ville de Golophon , travaillait si bien en broderie que les curieux de tous les pays venaient s'extasier devant ses tableaux. Ce concert unanime de louanges lui inspira une si grande présomption, qu'elle défia Minerve de la surpasser. Le défi fut accepté : elles se mirent l'une et l'autre à l'ouvrage. Le travail de la déesse fut très beau sans doute , mais celui d' Arachné ne l'était pas moins. Elle avait représenté sur la toile Europe enlevée par Jupiter transformé en taureau ; Astérie se débattant contre le même dieu changé en
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aigle ; Léda dont il se fait aimer sous la forme d'un cygne ; Alcmène qu'il trompe sous les traits d'Amphitryon. On y voyait encore le roi des dieux s'introduire en pluie d'or dans la tour de Danaé, se changer en flamme auprès d'Egine, et, sous le vêtement d'un berger, gagner le cœur indifférent de Mnémosyne. Le dessin en était si régulier et les figures si vivement exprimées, que Minerve, n'y pouvant découvrir aucun défaut, mit en pièces cette belle tapisserie , où les folles aventures de son père étaient trop bien représentées ; elle porta même le ressentiment jusqu'à frapper Arachné, qui alla se . pendre de désespoir. La déesse , touchée d'une pitié tardive , la soutint en l'air de peur qu'elle n'achevât de s'étrangler , et la changea en araignée. Sous cette nouvelle forme, Arachné conserve encore sa passion de filer et de faire de la toile.
L'événement le plus remarquable de la vie de Minerve est son différend avec Neptune. La déesse voulait donner son nom à la ville que Gécrops venait de bâtir en Attique : Neptune y aspirait aussi. Les dieux promirent cet honneur à celui des deux prétendants qui produirait la chose la plus utile à la nouvelle cité. Neptune frappa la terre de son trident et fit naître le cheval, qui est l'emblème de la guerre ; Minerve d'un coup de sa lance produisit l'olivier, symbole de la paix. Les dieux se déclarèrent pour la déesse , et la ville s'appela Athènè (Athènes) : c'est , en grec, le nom de Minerve.
— On la représente avec un air grave et sévère , tenant une pique de la main droite et un bouclier de la gauche. Elle a sur sa poitrine la véritable égide , espèce de cuirasse où est sculptée en relief la tête de Méduse. Un casque , surmonté d'un panache ou d'un coq, ombrage son front divin. A ses pieds
sont une chouette ou un hibou , oiseaux vigilants, calmes et réfléchis.
Sous le nom de Pallas, elle préside à la guerre et aux batailles. Ce nom lui fut donné quand elle vainquit le géant Pallas , dont elle porta la peau en mémoire de son triomphe.
§ 11. Vénus.
Vénus , déesse de la beauté et de l'amour, naquit, avec tous ses charmes , de l'écume de la mer, et aborda dans l'île de Cythère, où elle fut accueillie par les Heures, qui la firent asseoir sur un char diaphane et la transportèrent dans l'Olympe : elle avait pour cortège les Ris, les Grâces et les Jeux (1). Sa ceinture merveilleuse, appelée ceste, ajoutait encore à sa puissance et à ses attraits. Quand elle parut devant les dieux, ils en furent épris et chacun la demandait en mariage : Jupiter l'accorda à Vulcain , qui venait d'inventer les foudres sous lesquelles avaient péri les géants.
Mais, fort ennuyée d'avoir pour mari un forgeron hoiteux , noir et farouche, Vénus, déesse inconsidérée et frivole, prêta une oreille complaisante aux flatteries des courtisans. Le dieu des buveurs , le dieu des guerriers, Adonis, fils de Myrrha, et bien d'autres , réussirent sans beaucoup de peine à donner le change à ses déplaisirs.
Adonis, beau jeune homme , né en Arabie , aimait passionnément la chasse et se livrait sans relâche à
(1) Homère fait naître Venus de Jupiter et de Dioné. Virgile donne le sui'nom de Dioncews à Jules César, qui descendait de Vénus par Enée, fils d'Anchise.