‹ Mythologie grecque et romaine [microform]Chapitre 26 sur 105 · MARS · texte numérisé non relu

MARS

roi d'Athènes , qui vint au monde avec des jambes torses , et qui, pour cacher cette difformité , inventa les chars ; S» le brigand Gacus , tué en Italie par Hercule.

§ 13. Mars.

Mars , dieu de la guerre , fils de Jupiter et de Junon (1) , fut élevé par uu des Titans, qui lui enseigna la danse et les exercices corporels. Avant lui, les hommes, armés seulement de bâtons ou de pierres, combattaient à l'aventure , sans tactique et sans ordre : il fixa pour l'attaque et la défense des règles certaines; il réduisit en principe l'art de s'entre-tuer; et le fer, jusqu'alors consacré à des usages innocents, fut converti en épées et en poignards.

Mars déploya beaucoup de valeur dans la guerre contre les géants ; mais il donna dans une embuscade , et fut fait prisonnier par les fils d'Alotis , qui le jetèrent au fond d'un cachot , où il gémit durant quinze mois. Délivré par Mercure, il revint dans l'Olympe , où. il s'efforça de plaire à Vénus. Un costume guerrier, l'éclat de ses armes, son héroïque valeur, l'embellissaient aux yeux de la déesse , dont la vanité voyait avec plaisir trembler à ses genoux celui qui intimidait les phalanges. L'époux boiteux, Vulcain, ne tarda pas à devenir jaloux ; il se plaignit à Jupiter, et Jupiter accueillit sa juste plainte. Mars quitta le ciel, se retira en Thrace, et habita quelque temps ce pays qu'il affectionnait , et dont il était la

(1) Selon Homère et Hésiode. Mais les poètes latius racontent que, Jupiter ayant fait sortir Minerve de son cerveau , Junon fit naître Mars de rattouchement d'une fleur , dans les champs d'Olène , ville d'Achaïe.

divinité principale. De là il parcourut la Grèce. Arrivé en Attique , il y fut témoin des outrages faits à sa fille Alcippa par le cruel Halirrhotius, fils de Neptune ; et, ne pouvant maîtriser son indignation, il fit tomber l'agresseur sous ses coups. Neptune cita Mars en jugement devant un tribunal auguste que les Athéniens venaient d'instituer. L'accusé exposa Fafiaire à ses juges avec toute la simplicité et la franchise d'un soldat , et plaida si bien qu'il fut renvoyé absous. Ce tribunal prit alors le nom d'Aréopage (1). La guerre de Troie survint, et fournit à la vaillance de Mars un nouveau champ d'exploits. Il se rangea du côté des Troyens , et combattit sous la figure d'Acamas , roi de Thrace.

Le culte de Mars était surtout répandu chez les Romains , nation belliqueuse , qui regardait ce dieu comme le père de Romulus et le protecteur de l'empire. Numa Pompilius institua en l'honneur de Mars un collège de douze prêtres , nommés Saliens , dont la fonction principale était de veiller à la conservation des anciles ou boucliers sacrés. Quand les consuls partaient pour la guerre, ils offraient des prières et des vœux dans le temple de Mars, touchaient avec solennité la lance du dieu , et s'écriaient : « Dieu de » la guerre, protège cette république 1 » Dans les fêtes dont il était l'objet, on lui sacrifiait un cheval, symbole de l'ardeur martiale , ou un loup , emblème de la fureur. Le pivert , oiseau qui passe pour courageux , lui était consacré.

— On représente Mars sous les traits d'un homme jeune encore , au regard farouche , à la démarche

(1) Aréo'page , ou colline de Mars. Ares , en grec , signifie Mars , et ■pagos , colline. L'aréopage siégeait en effet sur la colline où Mars avait plaidé.

précipitée. Son vêtement est celui d'un guerrier ; un casque ombrage sa tête ; sa poitrine découverte semble provoquer les' atteintes de l'ennemi. De la main droite il brandit une lance énorme ; de la gauche il porte un bouclier ou secoue un fouet. Un coq est à ses pieds. On le voit assis sur un char traîné par des coursiers fougueux qu'il conduit lui-même ou qu'il laisse diriger par Bellone.

Bellone, déesse de la guerre, sœur de Mars, préparait le char de ce dieu lorsqu'il allait au combat. Les poètes et les peintres la représentent au milieu des batailles , les cheveux épars , armée d'un fouet ensanglanté , et animant , au plus fort de la mêlée , le courage des soldats. Ses prêtres s'appelaient Bellonaires. Dans les fêtes de leur déesse, ils parcouraient les rues comme des furieux, tenant à la main un glaive ou un rasoir, avec lequel ils se déchiraient le corps. Quand ils avaient terminé leurs courses et leurs sacrifices , le peuple se pressait autour d'eux pour les consulter : leurs réponses étaient considérées comme des oracles.

La compagne inséparable de Bellone était la Discorde, exilée du ciel à cause des contestations et des troubles qu'elle y occasionnait parmi les dieux. — On la représente coiffée de serpents au lieu de cheveux , tenant une torche d'une main , et de l'autre une couleuvre ou un poignard.

§ 14. Apollon.

Apollon ou Phébus, conducteur du char du soleil, est pris souvent pour le Soleil même. Il naquit dans l'île de Délos, une des Gyclades ; sa mère fut Latoue; sa sœur Diane.

Le premier usage qu'Apollon fit de ses flèches fut

d'en percer le serpent Python, quidévastait les champs de la Thessalie ; la peau de cet animal servit à couvrir le trépied sur lequel s'asseyait la prêtresse de Delphes. Fier de cette victoire , Apollon osa braver l'Amour et ses traits. Le fils de Vénus tira aussitôt de son carquois deux flèches, dont l'une à pointe d'or donnait l'amour, et l'autre à pointe de plomb inspirait la haine ou le dédain. Il lança la première à Apollon , il décocha la seconde à Daphnè , fille du fleuve Pénée. Le dieu éprouve aussitôt une violente passion pour la belle nymphe ; et la nymphe , loin de répondre à sa tendresse , prend la fuite et se dérobe à ses regards. Apollon court après elle dans la prairie qui borde le fleuve; il est au moment de l'atteindre. Daphné , épuisée de fatigue , implore le secours de Pénée, qui la métamorphose en laurier. Apollon ne serra entre ses bras qu'un tronc inanimé. Mais cet arbre devint ses délices; il l'adopta , il en détacha un rameau dont il se fit une couronne , et voulut que , dans les siècles suivants , le laurier fût la récompense flatteuse des poètes, des artistes et des guerriers.

D'autres disgrâces l'attendaient : il vit mourir son fils Esculape, médecin fameux, que Jupiter foudroya pour le punir d'avoir ressuscité Hippolyte , fils de Thésée. Apollon , n'osant se venger sur Jupiter, tua les Gyclopes , fabricateurs de la foudre ; mais cette barbarie eut son châtiment ; il fut banni du ciel et condamné à errer sur la terre , soumis aux mêmes infortunes , aux mêmes accidents que les simples mortels. C'est alors qu'il se mit aux gages du Troyen Laomédon ; c'est alors aussi qu'il chercha une retraite chez Admète, roi de Thessalie, et que, devenu berger , il garda durant plusieurs années les troupeaux de ce prince loyal et hospitalier.

Hyacinthe, fils d'Amyclas, était le xjlus intime ami d'Apollon; et ce dieu, pour le voir plus souvent, s'était chargé de lui enseigner à tirer de l'arc et à jouer du luth. Zéphyre aimait aussi le jeune Hyacinthe sans être payé de retour ; la confiance et tous les témoignages d'attachement n'étaient que pour Apollon. Tourmenté, aveuglé par la jalousie, Zéphyre ne recula pas devant un crime. Un jour que son heureux rival jouait avec Hyacinthe, il détourna le palet, et le pousssa si violemment contre la tempe du jeune homme, que le coup en fut mortel. Apollon appliqua vainement sur la hlessure les plantes qui avaient le plus de vertu ; son ami expira et fut changé en une fleur qui porte le nom à'hyacinthe ou jacinthe.

Apollon avait tout pour plaire : aux qualités de l'esprit il joignait la beauté du corps, la fraîcheur de la jeunesse , une voix touchante , un port majestueux ; et avec tant d'avantages il ne réussit pas toujours à se faire aimer. Goronis, Déiphobe, Gassandre et d'autres femmes dédaignèrent ses hommages. Son talent même fut méconnu par un satyre nommé Marsyas.

ilarsyas, habile musicien de Phrygie, ayant trouvé près d'une fontaine la flûte que Minerve y avait jetée, en tira des accords pleins d'harmonie. Fier des éloges dont il se voyait comblé , il osa faire à Apollon un défi insultant qui fut accepté , mais sous la condition expresse « que le vaincu se mettrait à la discrétion du vainqueur. t> Les habitants de Nysa furent pris pour juges du combat : Marsyas parut le premier au milieu d'eux. Sa flûte imita tour à tour le gazouillement des oiseaux , le murmure des fontaines, la voix lointaine des échos, les sifflements de l'orage, le cri joyeux des buveurs. L'assemilée ravie éclata en applaudissements. Apollon, sans se laisser

intimider par ces marques bruyantes d'approbation, accorda sa voix avec sa lyre, et commanda le silence par un prélude mélancolique. Se livrant ensuite au délire de son art , il fit passer dans tous les cœurs l'ivresse de la volupté. Il chantait « Ariane abandonnée dans une île déserte , Ariane plaintive et gémissante, Ariane qui se reprochait d'avoir quitté un père, une sœur, une patrie pour un volage amant ; Ariane qui n'avait pour témoins de sa peine que les rochers insensibles et les vagues mugissantes ; Ariane enfin dont la flamme survivait à la trahison du perfide athénien (1). » Les larmes coulèrent des yeux de tous les assistants et la victoire lui fut décernée. Mais sa cruauté ternit la gloire de son triomphe. Il fit saisir Marsyas , lui lia les mains derrière le dos , l'attacha au tronc d'un sapin , et l'y écorcha tout vif. Sa mort causa un deuil universel. Les Faunes , les Satyres , les Dryades le pleurèrent , et de leurs larmes naquit un fleuve de Phrygie , qui fut nommé Marsyas.

Après un long exil , Apollon fut rappelé dans l'Olympe, et Jupiter lui rendit son premier emploi.

De tous les dieux, Apollon est celui dont les poètes ont publié le plus de merveilles. Il était le dieu de la Médecine , l'inventeur de la Poésie et de la Musique , le protecteur des campagnes et des bergers ; il possédait au plus haut degré la connaissance de l'avenir. La Grèce et l'Italie respectaient ses oracles , dont les plus célèbres étaient ceux de Délos , de Ténédos , de Claros , de Patare , et surtout de Delphes. Les habitants de l'île de Rhodes élevèrent à son honneur une statue colossale de bronze , qui passait pour une merveille. En sa qualité de dieu de la poé-

(1) Voyez l'article Thésée , section III , § 12.

sie , Apollon instruisait les Muses , et habitait avec elles tantôt les sommets du mont Parnasse , de l'Hélicon et du Pinde, tantôt les bords fleuris du Permesse et de la fontaine d'Hippocrène.

Gomme dieu des arts , on le représente sous la figure d'un jeune homme sans barbe , la chevelure flottante, une lyre à la main, et le front ceint de laurier. Gomme dieu de la lumière, on le voit, couronné de rayons, parcourir les cieux sur un char attelé de quatre chevaux blancs.

Ses principaux enfants furent l'Aurore ; Esculape, dieu de la médecine ; Gircé , magicienne fameuse ; Linus, qui fut le maître d'Orphée , et Phaéton, dont la mort tragique mérite d'être détaillée.

Phaéton, fils d'Apollon et de Glymène, eut un jour un vif démêlé avec Epaphus. Dans la dispute ils s'échauffèrent et en vinrent aux injures. Epaphus alla jusqu'à reprocher à Phaéton de n'être pas le fils du Soleil. « On connaît ton origine , lui dit-il ; ta » mère facile n'a imaginé des amours divines que » pour mieux cacher sa conduite déréglée. » Outré de ce reproche, Phaéton court à la demeure de Glymène : « On me conteste ma naissance , s'écrie-t-il » d'un ton pénétré ; on attaque votre honneur, ô ma » mère ! Vengez votre fils , vengez-vous , ou dites- » moi ce qu'il faut faire. » Le plan est bientôt conçu. La mère conseille à Phaéton de demander au Soleil la conduite de son char pendant un jour, afin de prouver ainsi à ses détracteurs son origine céleste.

Phaéton monte au palais du Soleil, lui expose l'affront qu'il a reçu , et le supplie de lui accorder une faveur qui démontre à l'univers entier qu'il est son fils. Le Soleil chérissait Phaéton; il jura par le Styx de ne lui refuser aucune de ses demandes. « Eh bien, mou père, lui dit-il, laissez-moi con-

» duire pendant un jour le char de la lumière : r> à cette marque de votre tendresse , mes ennemis » connaîtront l'auteur de mon être. » Phébus avait juré par le Styx ; le serment était irrévocable. Il essaya donc de détourner son fils d'une entreprise aussi périlleuse ; mais voyant toutes ses représentations inutiles et le jeune homme de plus en plus obstiné, il appelle en soupirant les Heures matinales. Elles accourent précédées de l'Aurore ; elles attellent les coursiers au char du Soleil. Phaéton s'y élance avec orgueil , saisit les rênes étincelantes et daigne à peine écouter son père, qui lui crie :

u Dans ton vol trop timide ou trop ambitieux,

Evite également et la terre et les deux.

Suis le milieu : c'est là le chemin qu'il faut prendre. »

Apollon parlait encore , et déjà le présomptueux Phaéton planait sous 1* voûte azurée. Les coursiers impétueux , ne reconnaissant plus la main de leur maître , se détournent de la route accoutumée ; tantôt ils s'élèvent trop haut et menacent d'embraser le ciel ; tantôt ils descendent trop bas et dessèchent les rivières. Ce fut alors que les Ethiopiens prirent ce teint noir qu'ils conservent encore aujourd'hui; ce fut alors que l'Afrique perdit pour jamais sa verdure. La Terre, calcinée jusque dans ses fondements, gémit , s'agite , lève vers le ciel sa tête brûlante , et conjure le souverain des dieux de mettre fin à ses tourments... Jupiter alarmé saisit la foudre et en frappe l'enfant de Glymène. Tandis que les coursiers achèvent au hasard la carrière du jour, Phaéton, jouet des vents et de la foudre, tourbillonne et tombe dans l'Eridan. Ses sœurs ne peuvent commander à

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