DIANE
leur désespoir et sont changées en peupliers. Gycnus, ami de Phaéton, succombe au poids de sa douleur et se trouve métamorphosé en cygne.
Deux moralilés se cachent sous cette fable : Phaéton nous représente un ambitieux, qui forme des entreprises extravagantes et 9.u-dessus de ses forces. Le Soleil est l'image de ces pères faciles, qui n'osent rien refuser à leurs enfants , et causent leur perte par une aveugle condescendance.
§ 15. Diane.
Diane, fille de Latone et sœur d'Apollon, présidait à la chasse. Vouée à ce mâle exercice , elle resta inaccessible aux goûts timides et faibles de son sexe : aucun des prétendants qui cherchèrent à s'en faire aimer ne put y réussir, et le nom de chaste Diane lui est demeuré. L'histoire d'Endymion ne contredit point ce que j'avance. Endymion, berger de Carie, avait obtenu de Jupiter le privilège de ne point vieillir , et de conserver, jusqu'à la fin de sa vie, l'éclat et la fraîcheur de la jeunesse. Une nuit, à la clarté de la lune, Diane l'aperçut qui dormait sur le mont Latmos , et fut si frappée de sa beauté qu'elle attacha longtemps sur lui un regard admirateur : voilà la fable. La vérité est qu'Endymion, habile astronome de Carie, passait souvent la nuit au sommet des monts- où il s'occupait" à observer et à calculer la marche des astres. La lune (ou Diane) éclairait ses veilles prolongées , dans lesquelles , épuisé de travail, il cédait quelquefois au sommeil. Quand la fable dit qu'Endymion ne vieillissait pas , la fable dit vrai, puisque le génie et la science peuvent rendre l'homme immortel.
Mais cette même déesse , habituée à combattre les animaux les plus féroces et à répandre leur sang , avait par cela même un naturel farouclie , et se portait sans scrupule à des actes d'inhumanité. La mort d'Actéon en est un exemple mémorable.
Actéon, fils d'Aristée et d'Autonoé, n'avait d'autre passion que la chasse. Un jour qu'il avait tué un grand nombre de bêtes sauvages sur le mont Cithéron, et que le soleil était brûlant, il appelle ses compagnons qui se livraient encore, au travers des bois, à leur impétueuse ardeur : « Soyez contents de vo- » tre matinée, leur dit-il; pliez vos toiles, et ne vous » tourmentez pas davantage. » On obéit et l'on se repose. Près de là était la vallée de Gargaphie, consacrée à Diane , retraite charmante , ombragée de pins et de cyprès au milieu desquels, entre deux rives émaillées de fleurs , coulait une eau fraîche et limpide. Diane, fatiguée de ses courses , venait d'y arriver avec les nymphes de sa suite pour s'y baigner ; Actéon, qui se promenait sans but dans la forêt, eut le malheur de pénétrer dans ce même vallon et de s'approcher du même ruisseau. Les nymphes entendant du bruit et voyant tressaillir le feuillage , poussent un cri. Diane s'indigne contre le téméraire chasseur ; et puisant , avec le creux de sa main , de l'eau dans la source, la lui jette à la tête. Sa tête est à l'instant surmontée de cornes rameuses ; son cou s'allonge, ses bras deviennent des jambes longues et menues, et tout son corps est couvert d'un poil tacheté : il est métamorphosé en cerf. Ses chiens , qui le découvrent, s'élancent... Il veut leur crier : « Je suis Actéon , reconnaissez Actéon , votre maître ! » il ne trouve plus de paroles, plus de voix, et il meurt déchiré par ces mêmes chiens qu'il avait élevés et nourris , et qui , tout à l'heure , bondissant de joie à
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ses côtés, lui prodiguaient les plus caressantes marques de leur amour.
Les habitants de la Tauride (aujourd'hui Crimée), dont Diane était la divinité , croyaient lui plaire en égorgeant devant ses autels tous les étrangers que la tempête jetait sur le rivage. Elle avait à Aricie un temple desservi par un prêtre qui ne pouvait parvenir à cette fonction qu'en tuant son prédécesseur (1). Les Lacédémoniens lui offrirent tous les ans des victimes humaines jusqu'au siècle du sage Lycurgue , qui substitua à cet horrible usage la flagellation.
Les noms de Diane ou de Délie lui étaient donnés sur la terre (2) ; mais on l'appelait Lune ou Phébé dans le ciel ; Hécate ou Proserpine dans les enfers. De là, les noms de Triple Déesse, de Triple Hécate, de Déesse à trois formes, qu'on trouve quelquefois dans les poètes ; de là aussi les sacrifices qu'on lui offrait dans les places où aboutissaient trois chemins.
— On représente Diane armée d'un carquois et d'un arc, et suivie d'une meute de chiens ; ses jambes et ses pieds sont nus, ou couverts d'un brodequin. On la reconnaît au croissant qu'elle porte sur le front, et à son habit de chasseresse : elle surpasse de toute la tête les nymphes de sa cour. La biche lui était consacrée.
§ 16. Mercure.
C'est en Arcadie, sur le mont Gyllène, que naquit
(1) Ce temple d'Ârîeie fut élevé à Diane par Hippolyte , fils de Thésée , après (ju'Eseulape l'eut ressuscité et que Diane l'eut transporté en Italie.
(2) Délie , c'est-k-dire née dans l'île de Délos.
Mercure, fils de Jupiter et de Maïa. Le jour même de sa naissance, il était déjà si adroit et si fort , qu'il lutta avec Cupidon, le renversa d'un croc-en-jambe , et lui vola son carquois. Au moment où les dieux le félicitaient de sa victoire , il déroba l'épée de Mars , le trident de Neptune , la ceinture de "Vénus et le sceptre de Jupiter ; il allait escamoter la foudre : la crainte de s'y brûler les doigts l'en empêcha.
Tant de friponnerie et d'audace le firent bannir du ciel : il vint sur la terre , en ïhessalie , où il passa son adolescence et sa jeunesse. Apollon , exilé , gardait alors les bœufs du roi Admète : Mercure , berger comme lui , trouva commode de se procurer un troupeau à peu de frais. Il profita d'un moment où Apollon , dans un tendre délire , célébrait sur la flûte ses amours pastorales , et adroitement détourna ses bœufs , qu'il emmena et cacha au fond d'une forêt. Ces larcins multipliés le firent envisager comme le dieu des voleurs et des filous. Cependant Apollon ayant découvert l'auteur du vol, se fâcha beaucoup , puis s'adoucit, et tout se termina à l'amiable : Apollon reçut de Mercure une lyre à trois cordes , et lui donna en retour une baguette de coudrier, qui avait la propriété d'apaiser les querelles et de réconcilier les ennemis. Mercure , pour éprouver le pouvoir de ce talisman , le jeta entre deux serpents qui se battaient ; soudain ils se réunirent autour de la baguette, y demeurèrent entrelacés , et formèrent ainsi le caducée^ principal attribut de Mercure.
La vie pastorale qu'avait menée Mercure en Thessalie le fit adorer comme dieu des bergers. L'invention de la lutte, et les exercices corporels, dans lesquels il se montrait supérieur , le firent passer pour le dieu des athlètes.
Mais peu satisfait de ces honneurs vulgaires, il es-