LES MUSES
Une autre fois, les Piérides, filles de Piérus, roi de Macédoine, fières du talent qu'elles croyaient avoir dans la poésie et la musique , traversèrent la Thessalie et une partie de la Grèce , pour venir disputer aux Muses le prix du chant. « Si vous êtes vaincues, » dirent-elles aux filles de Mnémosyne , « vous nous » céderez le mont Parnasse et les bords fleuris de » l'Hippocrène : mais si vous remportez la victoire , » nous vous abandoiyierons les vallées de la Macé- » doine et nous chercherons un asile sur les monts » glacés de la Thrace. « Les Muses acceptèrent le défi, et les Piérides commencèrent. Elles chantèrent longuement, et en vers monotones, le combat de Jupiter et des géants, et exaltèrent outre mesure le courage de ces enfants de la Terre. Point de vie, point de couleur dans leurs chants, point d'ensemble ni d'accord. Galliope se chargea de répondre. Elle célébra d'abord la puissance infinie du maître de l'univers , qui d'un souffle anime la création et d'un regard plonge tous les êtres dans le néant. Elle chanta ensuite l'histoire de Gérés , ses courses errantes, sa sollicitude maternelle, ses alternatives d'espoir et de crainte, les nombreux bienfaits qui lui méritèrent des temples et des autels. A peine eut-elle fini, que les nymphes prises pour juges lui décernèrent la victoire. Les filles de Piérus éclatèrent alors en murmures , et se mirent à frapper leurs rivales ; mais tout à coup leurs corps se couvrirent de plumes noires et blanches ; elles furent changées en pies, et allèrent se percher sur les arbres voisins. Sous cette nouvelle forme , elles conservent le même babil , et continuent d'être importunes.
Les Athéniens-, passionnés pour la poésie, élevèrent un autel aux Muses ; Rome leur consacra trois temples, dans l'un desquels on les invoquait sous le
nom de Camœnes ou Chanteuses , parce qu'elles célébraient dans leurs hymnes les dieux et les héros. Les poètes les appellent tantôt Piérides , du mont Piérus où elles naquirent , et de leur victoire sur les filles de Piérus ; tantôt les Doctes Sœurs, les Nymphes de la double colline , les Filles de Mémoire , les Neuf Sœurs.
— On les représente jeunes, belles, modestes, vêtues simplement, assises à l'ombre d'un laurier ou d'un palmier, et se tenant par la main.
Les Muses , filles du Ciel , Sont des sœurs sans jalousie ; Elles vivent d'anabroisie , Et non d'absinthe et de flel.
Voltaire.
Quelquefois Apollon est à leur tête, jouant de la lyre ; on lui donne alors le surnom de Musagète, c'^està-dire de conducteur ou chef des Muses.
Calliope présidait à la poésie héroïque. On la représente couronnée de laurier, tenant de la main droite une trompette, et de l'autre les meilleurs poèmes épiques, l'Iliade, l'Odyssée et l'Enéide.
Clio présidait à l'histoire. Son occupation principale était de conserver le souvenir des actions généreuses et des exploits éclatants. On la représente, comme Calliope , couronnée de laurier , tenant une trompette de la main droite , et de la gauche un livre ouvert.
Melpomène présidait à la tragédie. Son costume est riche , son maintien grave , son visage sérieux ; elle tient d'une main un poignard ensanglanté, de l'autre un sceptre ou des couronnes. Son front est orné d'un diadème; elle a pour chaussure le cothurne.