‹ Mythologie grecque et romaine [microform]Chapitre 40 sur 105 · LES NAÏADES. — PROTÉE · texte numérisé non relu

LES NAÏADES. — PROTÉE

thuse dans un vallon de la Sicile , et l'y métamorphosèrent en fontaine : Alphée demeuré en Elide y fut changé en fleuve. Mais cette métamorphose ne diminua point l'amour d' Alphée : ses eaux traversaient le fond des mers sans se mêler à l'onde salée, et venaient s'unir, toujours pures et limpides , aux eaux d'Aréthuse.

Les objets qu'on jetait dans le courant de l' Alphée, en Grèce , se retrouvaient , dit-on , dans la fontaine d'Aréthuse , en Sicile. De cette croyaiice populaire est née la fable qu'on vient de lire.

§ 11. lues ]!\raïa<les.

C'étaient les nymphes qui présidaient aux fleuves, aux rivières et aux fontaines. Elles habitaient les grottes voisines de la mer et le bord dès ruisseaux, sans dédaigner le frais ombrage des bosquets. — On les peint jeunes et jolies, appuyées sur une urne qui verse de l'eau, ou tenant à la main un coquillage et des perles. Une couronne de roseaux ceint leur chevelure flottante. On leur ofi'rait en sacrifice des chèvres et des agneaux ; on leur faisait des libations de vin, d'huile et de miel ; plus souvent on se contentait de mettre sur leurs autels du lait , des fruits et des fleurs.

§ 12. I»rotée.

Protée, dieu marin , né à Pallène en Macédoine , avait pour occupation principale de nourrir sous les eaux les phoques, ou veaux marins, qui composaient le troupeau de Neptune; et ce dieu, pour récompenser son zèle , lui avait donné la connaissance du passé , du présent et de l'avenir : le temps n'avait pour lui aucun voile.

Chaque jour, à l'heure de midi , Protée quittait les profondeurs de la mer, et se retirait dans une grotte du rivage pour s'y endormir au bruit des flots. C'était pendant la durée de ce sommeil qu'il fallait surprendre ce devin, employer la violence, et le garrotter étroitement, si l'on voulait apprendre de lui la révélation de quelque mystère. Il tâchait d'abord , par mille métamorphoses, d'échapper à ceux qui l'avaient enchaîné -, tantôt il prenait la figure d'un sanglier , d'un tigre , d'am dragon ; tantôt il devenait une eau fluide, une flamme pétillante , un arbre , un rocher. Mais plus il prenait de formes différentes pour tromper les yeux ou effrayer , plus il fallait le serrer fortement et l'étreindre ; vaincu , il cédait à ses adversaires, et, reprenant sa première nature, il leur dévoilait l'avenir. Ménélas , à son retour de Troie, Aristée après la perte de ses abeilles , obtinrent de lui les réponses qu'il leur importait de savoir.

Cette fable allégorique nous montre que ceux qui veulent pénétrer dans les secrets de la nature, approfondir les difiB.cultés des arts et des sciences , parvenir en un mot à la connaissance de la vérité, doivent s'y appliquer avec un ardent courage, et sans se laisser rebuter jamais par les obstacles : la lutte tournera enfin à leur profit , et le succès suivra leurs efforts. . Le nom de protée , dans le langage ordinaire, se prend en mauvaise part , et désigne un homme versatile, inconstant, insaissisable, qui change sans cesse d'opinions, et joue toute espèce de rôles.

§ 13. I*lioi*c«s.

Phorcus OU Phorgys, dieu marin, fils de Neptune, est moins' connu par lui-même que par sa progéniture. Il donna le jour à divers monstres de la fable ,

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et principaLemeat aux trois Gorgones, Sténo, Euryale et Méduse. Elles avaient des serpents au lieu de cheveux , des mains de fer , des ailes d'or , le corps couvert d'écaillés, et ne possédaient à elles trois qu'un œil, une corne et une dent, dont elles faisaient usage tour à tour. Objets d'effroi et d'horreur , on ne pouvait les envisager sans perdre la vie, ou sans être changé en pierre. Persée, armé de son égide, combattit les Gorgones et trancha la tête à Méduse, du sang de laquelle naquirent Ghrysaor et le cheval Pégase.

§ 14. Grlaueus.

Glaugus, pêcheur de la ville d'Anthédon en Béotie, ayant vu que les poissons qu'il jetait sur le rivage y prenaient une vigueur nouvelle et s'élançaient dans la mer, soupçonna que l'herbe dont cette plage était tapissée avait une propriété extraordinaire ; il en goûta, et éprouva soudain le désir de vivre dans les ondes. Cette bizarre envie devenant toujours plus pressante, et à la fin irrésistible, il se précipita au sein des flots, et fut métamorphosé en dieu marin.

Un jour qu'il côtoyait le bord de la mer, il aperçut Scylla, fille de Phorcus, de laquelle il s'éprit ; il désira l'épouser ; mais la trouvant rebelle à ses vœux, il alla près de Circé, célèbre magicienne, fille du Soleil , et lui demanda un breuvage magique ou philtre qui pût attendrir Scylla. Glaucus était le plus beau des dieux marins. Gircé , en le voyant , conçut pour lui une violente passion, et lui conseilla d'oublier la fille de Phorcus, qui le méprisait, pour s'attacher à une déesse, fille du Soleil, et plus digne de sa tendresse. Glaucus, sourd à cette déclaration, disparut. Gircé, indignée, forme le dessein de perdre sa rivale et prépare un suc empoisonné qu'elle répand dans

la fontaine où se baignait Scylla. Cette jeune nymphe n'a pas plus tôt mis les pieds dans l'eau, qu'elle se voit entourée de monstres qui aboient et qui semblent faire partie d'elle-même; elle veut les fuir, mais elle les entraîne avec elle et ne s'en peut détacher. Epouvantée des hurlements de tous ces chiens cramponnés à son corps, elle se jette dans la mer, où elle est changée en une déesse malfaisante, qui effraie et tourmente les navigateurs. Vis-à-vis de sa caverue est le gouffre de Gharybde , non moins dangereux, et où périssent les vaisseaux qui cherchent à éviter Scylla (1).

— On représente Glaucus avec une longue barbe, des sourcils épais , des cheveux flottants sur les épaules et le corps terminé en queue de poisson.

§ 15. ILies F'ieuives.

Les Païens rendaient un culte aux Fleuves, à cause des avantages qu'ils en retiraient pour le commerce et pour la fertilisation des terres. Les Egyptiens, les premiers, déifièrent le Nil. A leur exemple, les Etoliens divinisèrent VAchéloûs, les Phrygiens le Scamandre, les Lacédémoniens VEurotas, les Athéniens Vllissus, les Romains le Tibre. — Dans les temples des Grecs et des Romains, on voyait en bronze ou en or les statues des principaux Fleuves. Ils y étaient représentés sous la figure de vieillards vénérables, ayant une barbe touffue , la chevelure longue et traînante, la tête couronnée de joncs. Couchés au milieu des ro-

(1) Depuis que la navigation s'est perfectionnée, ce détroit a perdu ce qui en faisait le danger ; et cette Gharybde, anciennement l'effroi des pilotes, mérite à peine aujourd'hui leui" attention.

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