LA FORTUNE
tête est surmontée d'un bonnet orné de grelots : il tient d'une main un masque, et de l'autre une marotte, sorte de poupée, qui est le symbole de la folie. Chacun a sa marotte^ dit le proverbe, c'est-à-dire chacun a un goût de prédilection , chacun a un penchant favori qui l'entraîne et le domine.
d) DIVINITÉS ALLÉGORIQUES.
§ 23. Il<a Fortune.
La Fortune, déesse toute-puissante, fille de Jupiter , était la dispensatrice des biens et des maux, des plaisirs et des peines , de la richesse et de la pauvreté.
On l'honorait dans plusieurs cantons de la Grèce, et elle avait divers temples en Italie , dont les plus fameux étaient à Antium, ville du pays des Volsques, et à Préneste (1). Le temple d' Antium était enrichi d'offrandes et de présents magnifiques ; la statue de la déesse y rendait des oracles ; elle répondait aux demandes des suppliants par un mouvement de tête et par des gestes. — On représente la Fortune avec un bandeau sur les yeux et une corne d'abondance à la main. Un de ses pieds reste en Tair, tandis que l'autre s'appuie sur une roue qui tourne rapidement. Quelquefois elle a des ailes ; plus souvent
(1) Consulter : Etude sur Vrêneste, ville du Latîum, par E. Fernique. 1880, gr. in-8, avec planches (E. Thorin, éditeur).
elle tient dans ses bras une statue de Plutus ou un gouvernail.
§ 24. Ija 'Vengeance.
La Ven&eance ou Némésis punissait certains coupables qu'épargnait la justice humaine : les ingrats , par exemple, les orgueilleux, les parjures, les cœurs inhumains. Ses châtiments étaient rigoureux mais équitables , et les rois mêmes ne pouvaient s'y soustraire. — On la représente avec des ailes, pour montrer avec quelle promptitude la punition suit le crime. Elle tient une lance dont elle frappe le vice, et une coupe pleine d'une liqueur divine dont elle fortifie la vertu contre le malheur. Son front est calme, son regard sévère, sa démarche assurée. Une couronne de narcisse couvre sa chevelure. Souvent sa tête est voilée, parce que la vengeance céleste est impénétrable, et atteint à l' improviste les criminels. Les Grecs l'adoraient sous le nom à'Adrastée et de Rhamnusie. A Rome , elle avait un autel sur le Capitule.
§ 25. Lia I^iberté.
Le père des Gracques lui éleva le premier, à Rome, un temple sur le mont Aventin. Un incendie consuma cet édifice , que PoUion fit rebâtir avec plus de magnificence et dans lequel il établit la première bibliothèque publique qu'aient eue les Romains. — Sur les médailles et dans les tableaux , la Liberté est représentée vêtue de blanc comme une dame romaine , et coiffée d'un bonnet phrygien. Ses autres attributs , sont un sceptre, un joug rompu, et un chat, animal qui ne peut supporter aucune contrainte.
l'occasion, la renommée, la paix. 88
§ 2&. Li'Occasioa.
C'était la déesse de l'à-propos , c'est-à-dire qu'elle présidait au moment le plus favorable pour réussir dans les entreprises.
On la représente comme une jeune femme qui a une touffe de cheveux sur le devant de la tête, mais qui est chauve par derrière. Un de ses pieds repose sur une roue rapide , l'autre est en l'air. Sa main droite tient un rasoir. Ces emblèmes signiflent que l'occasion étant fugitive , il faut la saisir dès qu'elle s'offre à nous , et trancher tous les obstacles. Quand elle est passée, on ferait pour l'atteindre de vains efforts.
§ S7. Ija Renoxnnoiée.
La Renommée, divinité allégorique des Grecs et des Romains, a cent yeux continuellement ouverts et cent bouches infatigables. Toujours en mouvement, toujours agitée, elle court, elle vole, le jour et la nuit , d'une extrémité de la terre à l'autre, divulgant avec la même assurance ce qu'elle sait et ce qu'elle ignore, le bien et le mal, la vérité et le mensonge. Les poètes modernes la représentent comme une femme ailée qui fend l'air et tient une trompette à la main.
§ 28. i:.a Paix.
Toute l'antiquité païenne éleva à cette bienfaisante divinité des statues et des autels. Les Romains lui dédièrent dans la voie Sacrée le plus beau temple qui fût à Rome. Cet édifice, commencé par Agrip-
pine et achevé par Vespasien , reçut les riches dépouilles que cet empereur et son fils avaient enlevées du temple de Jérusalem. — On représente la Paix sous le figure d'une femme couronnée de fleurs, tenant d'une main une branche d'olivier et de l'autre une corne d'abondance.
Les colombes de Vénus faisant leur nid dans le casque de Mars sont une image ingénieuse et douce, qu'on a souvent employée comme un emblème de la paix.
§ 29. t-e Travail.
Il est ordinairement représenté sous la figure d'un homme nerveux, plein de force, d'une haute taille et d'un teint coloré. Dans ses mains et près de lui sont des instruments propres à différents travaux. Quelquefois il a pour emblème un jeune homme assis , écrivant à la clarté d'une lampe, et ayant près de lui un coq.
S'occuper, c'est savoir jouir; L'oisiveté pèse et tourmente.
L'âme est un feu qu'il faut nourrir, Et qui s'éteint s'il ne s'augmente.
Voltaire.
Le ciel , par les travaux , veut qu'on monte à la gloire ; Pour gagner un triomphe , 11 faut une victoire.
COBNEILLE.
§ 30. I^a IVuit. — L.e Sommeil.
La Nuit , fille du Chaos, était la mère du Destin , du Sommeil et de la Mort. Les anciens poètes la représentent couronnée de pavots, enveloppée d'un voile noir semé d'étoiles , et parcourant sur un char