SECTION TROISIÈME
§ 1. Ppométbées
Prométhée, le plus célèbre des Titans, était frère d'Epiméthée et fils de Japet.
Doué d'un génie supérieur, il réussit à former un homme avec le limon de la terre , et il communiqua la vie à cette masse insensible , en dérobant une parcelle de feu au char du Soleil. Jupiter ne put voir sans jalousie cet ouvrage admirable , et ordonna à Vulcain de former à son tour une femme ,. et de la donner pour épouse à Prométhée, Cette femme , la première qui ait existé sur terre, fut appelée Pandore ; rien n'était plus beau qu'elle ; l'assemblée céleste en fut émerveillée, et la combla de présents. Minerve lui donna la sagesse ; Mercure, l'éloquence ; Apollon, le talent de la musique. A tous ces dons , Jupiter ajouta une boite magnifique et bien close que Pandore devait offrir comme présent de noces à son époux.
Riche des qualités de l'esprit et des agréments de la figure, Pandore fut introduite vers Prométhée , à qui on la destinait. Naturellement rusé, il se défia des présents d'un ennemi : il ne voulut recevoir ni
Pandore ni la boîte, et insista auprès de son frère. Epimétliée promit d'être circonspect ; mais à la vue de Pandore, tout fut oublié. Il l'accepta pour épouse, et ouvrit la boîte mystérieuse. Elle contenait tous les maux qui peuvent affliger l'espèce humaine : maladies, guerres, famine, procès ; et soudain ces maux se répandirent sur le globe entier. Frappé d'horreur à cette vue, Epiméthée referma la boîte, mais trop tard : il n'y restait plus que l'espérance.
Prométhée voulut rendre à Jupiter tromperie pour tromperie. Dans ce dessein il immola deux taureaux, introduisit dans l'une des peaux la chair des deux victimes, et ne mit dans l'autre que des os ; il présenta ensuite au maître des dieux ces deux offrandes, en le priant de choisir. Jupiter donna dans le piège ; il choisit la peau qui ne renfermait que les os. Sa colère n'eut alors plus de bornes ; il donna l'ordre à Mercure de saisir Prométhée, de le transporter et de le clouer sur la cime du mont Caucase, et ajouta à ce supplice un vautour qui devait lui dévorer les entrailles pendant 30,000 ans : la portion dévorée renaissait toujours, et renouvelait ainsi son tourment. Il souffrait, depuis plusieurs siècles, des douleurs atroces, lorsque Hercule vint en Scythie et tua le vautour.
— Ou explique ces fables de plusieurs manières. Quelques auteurs croient que Prométhée fut un sculpteur qui fit des statues si parfaites, qu'elles semblaient vivantes. D'autres disent que ce fut un ami de l'humanité, qui rendit aux mortels d'éminents services. Avant lui, les hommes , stupides et bruts , ne savaient ni penser ni raisonner ; ils ouvraient les yeux et ne voyaient point, ils ouvraient les oreilles et n'entendaient point. Prométhée leur apprit à façonner le bois, à préparer la briqué, et à se construire
ATLAS. ^d
des logements. Par ses conseils et son adresse , ils mirent les animaux sous le joug, attelèrent des chevaux à un char, voguèrent sur les mers, et distinguèrent les plantes salutaires des plantes nuisibles. Tant de sagacité et de talent firenk publier par toute la Grèce que Prométhée avait le don de prophétie, qu'il lisait dans l'avenir , et que la jalousie des dieux s'acharnait sur lui.
Atlas, fils de Japet et frère de Prométhée, se joignit aux ennemis de Jupiter dans la guerre des Titans, quoique Prométhée lui eût annoncé de quel côté tournerait la victoire, et lui eût conseillé d'être prudent. Atlas vaincu fut changé en montagne, et condamné à porter éternellement sur ses épaules la voûte écrasante des cieux (1).
Les nièces d'Atlas, appelées Hespérides, demeuraient en Mauritanie, chez leur oncle, et cultivaient un magnifique jardin dont les arbres, chargés de pommes d'or, faisaient la convoitise des hommes et des dieux. Un dragonà sept têtes, préposé à la garde de ces fruits, avait sans cesse les yeux ouverts à l'entrée du parc. Eurysthée ordonna à Hercule d'aller cueillir trois de ces pommes et de les lui apporter. L'entreprise était difficile : Hercule craignait d'y échouer. Il s'adressa donc au dieu-montagne, le priant d'aller lui-même combattre ou endormir le dragon et cueillir les fruits. Atlas agréa la demande, à condition toutefois que, pendant la durée de l'expédition, Hercule supporterait sur ses épaules le poids des cieux. Le héros ac-
(1) Selou d'autres , Atlas fut changé en montagne par Persée. Voyez plus bas , même section , § 4.
cepte, et voit bientôt revenir Atlas qui n'était nullementpressé de reprendre un poste aussi fatigant. Il déclara donc à Hercule qu'il souhaitait aller lui-même • porter les pommes d'or à Eurysthée, et il pria le robuste athlète de co'ntinuer durant le voyage sa fonction de colonne des cieux. Hercule dupé usa de ruse à son tour, et dit à Atlas qu'il consentait volontiers à lui rendre ce service, pourvu qu'il lui laissât le temps de faire, pour son dos meurtri, une sorte de bourrelet. Atlas, sans défiance , reprit le fardeau céleste, et posa sur le sable ses trois pommes : s'en emparer et disparaître fut pour Hercule l'affaire d'un instant.
Les Hespérides étaient au nombre de sept , dont les plus connues sontMaïa et iElectra ou Electre. Toutes sept furent mariées à des dieux ou à des héros et placées après leur mort dans le firmament, où elles sont groupées, et forment la constellation des Pléiades. Quelquefois on donne aux Hespérides le nom à.' Atlantides ; on les envisage alors, non comme les nièces, mais comme les propres filles d'Atlas.
Les Hyades , filles d'Atlas et d'^thra , étaient , comme les Hespérides, au nombre de sept. La mort de leur frère Hyas, tué à la chasse par une lionne, les jeta dans un tel désespoir qu'elles le pleurèrent pendant des années, et que les dieux, touchés de leur déplorable état, les transportèrent au ciel, où elles furent changées en étoiles pluvieuses, c'est-à-dire qui amènent la pluie : de là les épithètes de tristes , de sombres, d'orageuses, qui leur sont données par les poètes.
§ 3. Hercule.
Hercule ou Alcide, héros thébain, fils de Jupiter et d' Alcmène, était encore au berceau lorsque Junon , son
ennemie, envoya deux serpents pour le dévorer ; mais à peine les eut-il aperçus , qu'il les saisit de sa main enfantine , et les étouffa. Hercule eut plusieurs maîtres : il apprit d'Eurytus à tirer de l'arc ; de Castor, à combattre tout armé ; d'Autolycus , à conduire un char ; de Linus , à jouer de la lyre et à chanter. Confié ensuite au centaure Chiron , il devint l'homme le plus vaillant et le plus fameux de son siècle. Le bruit de sa réputation arriva bientôt aux oreilles à'Eurysthée , roi de Mycènes , auquel Hercule , par un décret du sort, se trouvait assujetti (1). Ce tyran l'appelle à sa cour, l'y reçoit durement, et lui intime l'ordre d'exécuter douze périlleuses entreprises , appelées travaux d'Hercule , et dont nous allons faire le récit :
1° Il y avait près de la ville de Némée un lion qui en dépeuplait les campagnes. Cet animal, né du géant Typhon, était d'une grosseur prodigieuse, et répandait l'épouvante dans les environs. Hercule, à peine âgé de seize ans, l'attaqua, épuisa son carquois contre sa peau impénétrable, brisa sur lui sa massue de fer , et enfin l'étouffa entre ses bras. La peau de ce lion lui servit dès lors de vêtement.
2" Une hydre effroyable désolait tout le pays de Lerne près d'Argos. Ce monstre avait sept têtes, et, quand on en coupait une, il en renaissait deux autres à la place : Hercule les trancha toutes d'un seul coup. (Les savants croient que cette Hydre à plusieurs têtes n'était autre chose qu'une multitude de serpents venimeux, qui infestaient quelques plaines maréca-
(1) Le Sort a^ait déclaré, au sujet d'Hercule et d'Eurysttiée , « que » celui des deux 'princes qni naîtrait le dernier obéirait à l'autre. » Junon, qui détestait la famille d'Hercule, avança de deux mois la naissance d'Eurysthée.
geuses près de Lerne , et semblaient renaître à mesure qu'on les détruisait. Hercule imagina de mettre le feu aux roseaux qui leur servaient de retraite , et par cet expédient débarrassa la contrée de ces reptiles).
3<» Eurysthée lui commanda de prendre et d'amener vivante une biche' aux cornes d'or et aux pieds d'airain, qui habitait les bois du mont Ménale , et qui courait avec une incroyable vitesse. Hercule la poursuivit sans relâche pendant douze mois , la fit tomber dan s un piège , et l'am ena vivan te à Eury s t hée.
4» Il eut ordre de délivrer l'Arcadie d'un sanglier furieux qui dévastait cette province. Hercule le prit dans la forêt d'Erymauthe, et l'apporta à Eurysthée, qui, saisi de frayeur à cette vue, alla se blottir sous une cuve d'airain.
5» Il se chargea d'une entreprise aussi rebutante que difB.cile. Augias , roi d'Elide , avait un troupeau de trois mille vaches, dont les écuries n'avaient pas été nettoyées depuis trente ans. Hercule, pour désinfecter le pays , détourna le cours de l'Alphée , et le fit passer au travers des étables. L'eau entraîna les immondices ; et ce travail fut pour lui l'ouvrage d'uûe seule journée.
6° Des oiseaux monstrueux , qui vivaient de chair humaine, se tenaient près d'un lac nommé Stymphale (en Arcadie) ; leurs ailes , leur tête, leur bec, étaient de fer , et leurs ongles plus crochus que ceux des vautours. Hercule les effraya en frappant sur des cymbales d'airain, les chassa du bois où ils se retiraient, et les abattit à coups de flèches.
7° 11 y avait dans l'île de Crète un taureau indomptable, envoyé par Neptune pour jeter la désolation sur ses bords. Hercule s'en saisit, le garrotta, et vint l'offrir à Eurysthée.
8° Diomèdey roi de Thrace, avait des chevaux féroces dont la bouche vomissait des flammes, et que leur maître nourrissait de chair humaine. Hercule s'empara de ces chevaux , et leur livra Diomède, qu'ils dévorèrent en un clin d'œil.
9° Les Amazones étaient des femmes guerrières qui vivaient dans l'Asie Mineure, le long des côtes du Pont-Euxin. Elles faisaient mourir ou estropiaient leurs enfants mâles , et élevaient soigneusement leurs filles dans la profession des armes. Eurysthée commanda à Hercule de les soumettre, et de lui apporter la ceinture d'Hippolyte, leur reine : expédition difficile et lointaine , pour laquelle Hercule désira s'adjoindre Thésée , son ami le plus brave. Arrivés ensemble sur les côtes de Cappadoce, ils attaquèrent ce peuple de femmes, en tuèrent une partie, dispersèrent le reste , et emmenèrent captive la reine Hippolyte.
lOo Gèryon , roi de Bétique, était un géant à trois corps, qui faisait garder nuit et jour ses riches troupeaux par un chien à sept têtes. Hercule eut ordre d'aller combattre ce roi, de lui ravir ses troupeaux , et de les conduire en Grèce. Secondé d'Iolas , son parent , il exécuta ce nouveau labeur avec un plein succès.
11" Il passa ensuite en Mauritanie, pour y enlever les pommes d'or du jardin des Hespérides. Ces fruits précieux étaient confiés à un dragon qui ne dormait point. Atlas pour faciliter Hercule dans l'accomplissement de cet exploit, endormit le dragon et cueillit les pommes d'or , tandis qu'à son tour Hercule soutenait le ciel sur ses épaules.
12" Le dernier de ses travaux fut aussi le plus éclatant. Eurysthée lui ordonna de descendre au Tartare, et d'en arracher le chien Cerbère, gardien
de ces lieux. Hercule obéit à cette injonction , descendit au sombre empire, enchaîna le monstre, et le traîna, malgré son opiniâtre résistance, hors du domaine de l'enfer.
Par ces douze travaux, Hercule acquit une gloire in^nie. Tous les princes le respectèrent et le craignirent. Eurysthéa même, qui l'avait exposé à tant d'épreuves , commença à le redouter. Mais Hercule, dédaignant une vengeance facile, ne s'occupa qu'à exterminer les scélérats et les tyrans auxquels la terre était livrée.
Busiris, roi d'Egypte , immolait sans pitié à Jupiter tous les étrangers qui abordaient dans ses Etats : et il préparait à Hercule le même traitement. Le héros, sans se défendre, se laisse charger de chaînes et conduire à l'autel où doit couler son sang ; mais à peine y est-il arrivé, qu'ayant rompu ses fers, il saisit le couteau du sacrificateur et en massacre Busiris et toute la famille royale.
Cacus, fameux voleur, fils de Vulcaiu, faisait son séjour en Italie, sur les bords du Tibre , à l'endroit même où plus tard la ville de Rome fut bâtie. Il se tenait au fond d'un antre, d'où il ne sortait que pour désoler le pays par ses brigandages. Monstre demihomme et demi-satyre, d'une taille colossale, sa bouche vomissait des tourbillons de feu , et sa caverne était jonchée d'ossements humains. Hercule, après la défaite de Géryon , passant près de la demeure de Gacus , brise le roc énorme qui fermait l'entrée, s'avance vers le brigand, le saisit malgré les feux de sa bouche, lui serre la gorge et l'étrangle.
Anthèe , fils de Neptune et de la Terre , avait cent pieds de hauteur. Il se mettait en embuscade dans les sables de la Libye, contraignait les voyageurs à lutter avec lui, et les accablait du poids de son corps.
Il était si habile athlète qu'il avait fait vœu d'élever à Neptune un temple avec les crânes des adversaires qu'il aurait vaincus. Hercule, provoqué au combat par cet horrible géant, le terrassa, mais en vain ; car la Terre, sa mère, lui donnait des forces nouvelles toutes les fois qu'il la touchait. Hercule, s'en étant aperçu, le souleva en l'air, et l'étouffa dans ses bras. A la suite de cette pénible joute , Hercule cédant à la fatigue, s'endormit sur le sable, et y fut assailli durant son sommeil par la troupe des Pygmées. Les Pygmées, peuple nain, n'avaient qu'un pied de hauteur, bâtissaient leurs maisons avec des coquilles d'œuf, voyageaient sur des chars traînés par des perdrix, et coupaient leur blé avec des haches , comme nous le ferions pour une forêt. Quand les grues ou d'autres oiseaux leur faisaient la guerre, ils s'armaient de toutes pièces, montaient sur des chevreaux ou des béliers, et allaient ainsi équipés à la rencontre de l'ennemi. Ils prirent , pour attaquer Hercule, les mêmes précautions qu'on prendrait pour faire le siège d'une ville. Les deux ailes de cette armée lilliputienne fondirent sur chacun de ses bras ; le corps de bataille livra un assaut à la tête ; les archers dirigèrent leurs flèches contre la poitrine... Réveillé par le bruit. Hercule ne put s'empêcher de rire ; et, ayant enveloppé cette fourmilière dans sa peau de lion, il les porta vivants à Eurysthée,
Enfin ayant pénétré, dans ses expéditions, jusqu'à Gadès, aux extrémités de l'Espagne, il crut avoir atteint les bornes du monde, et il sépara deux montagnes, Galpé et Abyla (dont l'une est sur la côte d'Espagne et l'autre sur celle d'Afrique) , pour mettre en communication l'Océan avec la Méditerranée. Au sommet de ces montagnes, il dressa deux colonnes , destinées à apprendre aux races futures qu'il
avait poussé jusque-là ses courses victorieuses, et y grava cette courte inscription, devenue proverbiale : Nec plus ultra : « On ne peut aller plus loin. »
Les étonnants exploits d'Hercule furent racontés à Omphale , reine de Lydie , qui souhaita de voir ce héros incomparable. Dès la première entrevue, elle l'aima et en fut aimée. Le fils d'Alcmène, épris de sa beauté, descendit pour lui plaire à la plus servile condescendance et à des soumissions indignes de sa gloire. Omphale ordonne, Hercule obéit. Elle le dépouille de sa peau de lion, jette sa noueuse massue, brise ses flèches, l'habille d'une robe de femme, met entre ses mains une quenouille et des fuseaux , et lui commande de travailler. . . Des mêmes mains dont il terrassait les monstres, Hercule file de la laine pour amuser une femme capricieuse qui jouit de son embarras, et lui donne des soufflets avec sa pantoufle chaque fois qu'il a le malheur de rompre ou d'embrouiller les fils.
A peine avait-il secoué ce joug avilissant, qu'il conçut une violente passion pour Dèjaîiire , que le fleuve Achéloûs devait épouser. Achéloûs refusa de céder sa fiancée, lutta corps à corps pour la conserver, et fut renversé par terre. Il revêtit alors la forme d'un serpent, et crut épouvanter le héros par des sifflements affreux : Hercule lui serra la gorge , et il allait l'étouffer , lorsque Achéloûs se métamorphosa en taureau. Hercule, sans s'émouvoir, le saisit par une de ses cornes, et ne lâcha prise qu'après l'avoir arrachée. Les nymphes la ramassèrent, la remplirent de fleurs et de fruits, et ce fut la Corne d'abondance.
Voici peut-être l'explication de cette fable. U Achéloûs était un fleuve dont les inondations fréquentes désolaient les campagnes de l'Etolie ; Hercule éleva de fortes digues et rendit le cours du fleuve uniforme .
La métamorphose d'Achéloùs en serpent marque les sinuosités de son cours, et celle en taureau les ravages causés par ses débordements. Hercule lui arracha une cor7ie, c'est-à-dire qu'il réunit en un seul lit les deux bras du fleuve ; et cette corne devint celle à' Abondance, parce que le cours réglé de l'Achéloûs fut une source de richesses pour les pays qu'il arrosait.
Vainqueur d'Achéloûs , Hercule emmenait Déjanire à Tirynthe (1), lorsqu'il fut arrêté sur le bord de l'Evénus, grossi par les pluies. Il ne savait quel parti prendre , craignant d'exposer Déjanire à la rapidité des eaux. Le centaure Nessus , qui se trouvait là ,' et qui connaissait les endroits guéables du fleuve, offrit de transporter sur son dos la jeune princesse. Hercule la lui confie, mais non sans inquiétude, jette à l'autre bord son arc et sa massue, garde son carquois et traverse le fleuve à la nage. Il touchait la rive opposée, lorsqu'il entend les cris de Déjanire, qui appelle et implore du secours : le centaure l'enlevait et prenait la fuite. « Téméraire, » lui crie Hercule, « la » vitesse que te donnent tes quatre pieds pourra » bien te garantir de ma poursuite, mais non pas de 1) mes flèches. » Aussitôt il en décoche une , qui le perce de part en part : elle était empoisonnée. Nessus en mourant songe à se venger : il prend sa tunique, infectée de sang et de venin, la donne à Déjanire, et lui persuade que ce vêtement a la propriété de rallumer la tendresse conjugale, et de ramener à leurs épouses les maris inconstants.
Quelques années plus tard, Déjanire essaya l'usage de ce présent. Ayant appris qu'Hercule était retenu,
(1) Tirynthe, ville da Péloponèse ea Ârgolide, était une des priacipales résidences d'Hercule, surnommé de là le héros de Tirynthe.
en Eubée, auprès d'Iole, fille d'Eurytus, elle envoya à ce volage époux la tunique de Nessus, par l'entremise de Lichas. Hercule reçut avec joie ce don inattendu ; mais à peine le vêtement fatal eut-il touché son corps , qu'il se sentit dévoré d'un feu intérieur; le poison avait pénétré jusque dans ses veines. Plein de rage, hors de lui-même, il saisit Lichas et le précipite dans la mer. Les douleurs devenant toujours plus cuisantes, il pousse des cris ejS'royables, et vomit des imprécations contre Eurysthée, contre Junon et contre Déj3,nire.
Quand il voit le mal sans remède et sa mort approcher , il coupe des arbres sur le mont OEta , y élève un bûcher, le couvre de la peau du lion de Némée, s'y couche comme sur un lit , la tête appuyée sur sa massue, et ordonne à Philoctète d'y mettre le feu. Déjà les flammes enveloppaient le bûcher, et les dieux, du haut de l'Olympe , voyaient avec douleur périr un héros qui avait rendu tant de services à l'humanité : « Ne craignez point , » leur dit Jupiter ; « Hercule sortira vainqueur de ces flam- » mes ; la vie qu'il a reçue de moi ne finira point. « Purifié par le feu du bûcher, il sera placé parmi » nous dans les demeures célestes, et vous approu- » verez cette distinction méritée. » Tous les dieux applaudirent à l'apothéose d'Hercule ; Junon même y donna son assentiment, et lui accorda pour épouse sa fille Hébé, déesse de la Jeunesse.
lOLAs, neveu et ami d'Hercule , l'avait accompagné dans ses plus dif&ciles expéditions , combattant près de lui, et déployant, en toute rencontre, autant de dévouement que de. vaillance. Séparé d'Hercule, il tourne sa sollicitude vers la famille de ce demidieu, alors déchue et dispersée ; il assemble les Héraclides : c'est le nom donné aux fils , petits-fils , ne-