‹ Mythologie grecque et romaine [microform]Chapitre 54 sur 105 · CADMUS · texte numérisé non relu

CADMUS

pardonner ! Il n'avait plus qu'un pas à faire; il s'arrête, et, vaincu par son amour, regarde en arrière... Eurydice lui est aussitôt enlevée. Elle lui tend les bras , il veut la saisir ; mais il n'embrasse qu'une vapeur, il n'entend qu'un long soupir et un éternel adieu.

Accablé de ce nouveau malheur , Orphée tenta vainement de pénétrer une seconde fois^au séjour des morts ; la barque de Garon lui fut refusée , et il demeura sept jours au bord de l'Achéron, sans prendre de nourriture , baigné de ses larmes et se consumant de douleur. Enfin , après avoir accusé cent et cent fois de barbarie le dieu des enfers, il se retira en Thrace, sur le mont Rhodope, sans autre compagnie que celle des animaux qu'il apprivoisait par ses chants. En vain les femmes de ces lieux sauvages voulurent-elles adoucir ses regrets et l'engager à un second hyménée; il repouséa leurs instances , il fut insensible à leur amour. Irritées de cette froideur , elles choisirent, pour s'en venger, le jour des fêtes de Bacchus. Armées de thyrses, elles courent au mont Rhodope, qu'elles investissent de toutes parts; leurs vociférations et le bruit des tambours étouffent la voix d'Orphée, si capable de les émouvoir; elles l'attaquent avec fureur, et , malgré les efforts qu'il fait pour les fléchir, mettent son corps en pièces.

Dans TEbre impétueux sa tête fut jetée ; Mais tandis qu'elle errait sur la vague agitée , Ses lèvres , qu'Eurydice animait autrefois , Et sa langue glacée , et sa mourante voix , Sa voix disait encore : G ma chère Eurydice ! Et tout le fleuve en pleurs répondait : Eurydice !

P.-D.-E. Lebrun.

§ 9. Cadmus.

Gadmus, frère de la belle Europe, était fils d'Agé-

nor, roi de Phéiiicie. Quand Jupiter, métamorpliosé en taureau, enleva Europe, Agénor envoya aussitôt Gadmus à la recherche de sa sœur, avec défense de reparaître sans elle au palais. Après hien des voyages infructueux, Gadmus, perdant l'espérance de la retrouver , renonça à sa patrie, et consulta l'oracle de Delphes pour apprendre où il devait enfin se fixer. « Tu trouveras, » lui dit l'oracle, « dans un » champ désert , une génisse qui n'a point encore » porté le joug : suis sa trace, Mtis une ville dans » le pâturage où elle s'arrêtera, et donne le nom de » Béotie à ce canton (1). » Gadmus avait à peine quitté l'antre de la pythie, qu'il rencontra la génisse. Il la suivit, elle s'arrêta, et, dans l'effusion de sa joie, il résolut d'offrir un sacrifice d'actions de grâces à Jupiter. A cet effet, il envoya dans une forêt voisine ses compagnons puiser de l'eau à une source au fond d'une caverne. Gette forêt était consacrée à Mars, et un dragon défendait l'entrée de la grotte : dragon affreux, dont la gueule était armée d'une triple rangée de dents, et tout le corps couvert d'écaillés jaunissantes. Dès qu'ils furent descendus dans l'ohscur séjour, et qu'ils eurent commencé à puiser de l'eau, le bruit qu'ils firent réveilla le dragon. Effrayés à sa vue, ils laissent tomher leurs urnes , et veulent fuir. Mais l'animal furieux s'élance, déchire les uns avec ses dents, étouffe les autres en les enveloppant de ses replis , ou en soufflant sur eux son haleine empoisonnée.

Gadmus, ne les voyant pas revenir, s'étonne et .commence à s'inquiéter. Il revêt sa peau de lion, prend sa lance et son javelot, et marche à pas préci-

(1) Ce nojn de 'Béotie fait probablement allusion à la génisse qui conduisait Gadmus, et dont le nom grec est bous.

Page 1