‹ Mythologie grecque et romaine [microform]Chapitre 55 sur 105 · CADMUS · texte numérisé non relu

CADMUS

pités vers la forêt. Quel spectacle s'offre à ses yeuxl L'énorme serpent était couché sur les corps de ses compagnons, buvait leur sang et se nourrissait de leurs chairs palpitantes. Son désespoir éclate, et il s'écrie : « Amis, voire mort sera vengée, ou je pé- » rirai comme vousl » Aussitôt, d'une main ferme, il lance au monstre son javelot, l'atteint à l'épine du dos, lui traverse le corps d'outre en outre, et lui arrache la vie. Vainqueur, il s'occupait à considérer la grandeur démesurée de sa victime et à jouir de ses dernières convulsions, quand Pallas, qui protégeait le héros phénicien, descend de l'Olympe et lui ordonne de semer les dents du dragon pour obtenir de cette manière « un nouveau peuple. » Cadmus obéit sans bien comprendre l'ordre de la déesse, laboure la terre, et y répand les dents du monstre. Trois jours après, les mottes de terres commencent à se mouvoir, et il en voit sortir d'abord des fers de lance, puis des casques ornés de plumes ; il aperçoit ensuite les épaules, la poitrine et les bras^nerveux de ces nouveaux hommes ; enfin il voit grandir insensiblement cette étrange moisson de guerriers. Un semblable bataillon lui inspirait quelque crainte, et il se disposait à prendre les armes, lorsqu'un de ces enfants de la terre s' adressant à lui : « Suspends tes coups, » » lui dit-il, « et reste neutre dans la guerre civile » dont tu vas être le témoin. » En achevant ces mots il enfonça son épée dans la poitrine d'un de ses frères, et tomba lui-même percé d'un javelot. Le meurtrier ne survécut pas à son crime, et perdit Tinstant d'après une existence à peine commencée. Une égale fureur anime toute la troupe ; ces frères infortunés se mêlent, s'entr' égorgent, et arrosent de leur sang le sol qui venait de les enfanter. II n'en resta que cinq. Echion, qui était du nombre, ayant mis bas

les armes par ordre de Pallas, fit la paix avec ses frères, et ils se promirent, en s'embrassant, attachement et fidélité. Devenus les compagnons de Gadmus ils furent employés par lui à bâtir la ville que l'oracle avait prescrit de fonder : c'était la fameuse ville de Thèbes. Quand elle fut achevée, Gadmus y établit des lois, et prit de sages mesures pour y maintenir entre les citoyens l'union, l'ordre et la paix (1).

Il épousa ensuite Harmonie (ou Hermione), fille de Vénus et de Mars.

Ce mariage eut les plus heureux commencements. Gadmus se voyait gendre de deux grandes divinités; père de quatre filles aussi belles que séduisantes, Ino, Agave, Autonoé et Sémélé , et chef suprême d'un peuple dévoué et soumis ; mais Junon n'envisageait pas d'un œil tranquille cette félicité. Déesse jalouse, pouvait-elle oublier que Gadmus était le frère d'Europe, sa rivale? Elle n'eut point de repos qu'elle n'eût tari les joies de ce prince, accumulé sur lui tous les genres de deuil. Actéon, son petit-fils, habile chasseur, expira sous les morsures de ses propres chiens; Sémélé périt par l'éclat éblouissant des foudres de Jupiter ; Penthée, fils d'Agave, fut mis en pièces par les bacchantes 5 Ino, devenue folle, se précipita dans la mer. Pour comble d'infortune, son peuple se révolta, son autorité fut méconnue, il fut banni de Thèbes et obligé de chercher avec son épouse un refuge au fond de l'IUyrie. Accablés l'un' et l'autre sous le poids des années et du chagrin, ils prièrent les dieux de mettre un terme à leurs maux, et furent métamorphosés en serpents.

(1) Selon les meilleures traditions , Gadmus se contenta de construire une citadelle appelée, d'après lui, Cad^mée , et de jeter les premiers fondements de Tlaèbes : cette ville fut achevée par ses successeurs et entourée de murailles par Amphion.

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