‹ Mythologie grecque et romaine [microform]Chapitre 56 sur 105 · AMPHION. — LINUS · texte numérisé non relu

AMPHION. — LINUS

Au rapport de plusieurs auteurs, ce fut Gadmus qui porta le premier en Grèce la connaissance des lettres de l'alphabet, et qui introduisit dans cette contrée le culte des dieux de l'Egypte et de la Phénicie.

§ 10. i%.iiipliioii. — Ijîhus.

Amphion, fils de Jupiter et d'Antiope, cultiva la poésie .et la musique avec un rare succès. Mercure , admirateur de ses talents, lui fit présent d'une lyre à sept cordes, au son de laquelle il bâtit les murailles de Thèbes. Les pierres, sensibles à l'harmonie de ses chants, allaient d'elles-mêmes se ranger à leur place. Ce qui signifie qu'Amphion se servit de son éloquence pour persuader à un peuple encore grossier d'abandonner la campagne et les bois, et de se retirer dans une ville fortifiée, pour y être à l'abri des bâtes sauvages et des brigands.

LiNus, poète musicien thébain, fils d'Apollon et de Terpsychore , inventa la mélodie et le rythme , et composa des poèmes sur l'origine du monde, sur l'astronomie, et sur la nature des plantes. Orphée, Hercule et Thamyris furent ses disciples.

Dans une leçon qu'il donnait à Hercule, il eut le malheur de reprocher trop vivement à ce héros son peu de grâce et d'aptitude à la musique. Piqué d'un reproche qu'il croyait injuste ou exagéré, Hercule leva contre son maître sa pesante main armée de la lyre, et lui en asséna sur la tête un coup mortel. Linus, pleuré de la Grèce entière, obtint les honneurs de l'apothéose. La ville d' Argos lui éleva, dans le temple d'Apollon , un magnifique tombeau , oii , chaque année, gens de lettres, artistes, savants venaient apporter le tribut de leurs unanimes regrets.

Les vers suivants semblent faire allusion à cet hommage :

Accourez , troupe désolée !

Déposez sur son mausolée Votre lyre qu'il inspirait :

La mort a frappé votre naaitre , Et , d'un souffle , a fait disparaître Le flambeau qui vous éclairait.

Le Franc de Pompignan.

§ 11. 'S'îrésias.

TiRÉsiAS, le plus célèbre devin des temps héroïques, naquit à Tlièbes en Béotie : sa mère, la nymphe Ghariclo, était une des suivantes de Minerve.

L'époque de sa naissance n'est pas connue. Ce qui est certain, c'est qu'il vécut plus de six âges d'homme, c'est-à-dire environ deux cents ans. Il était aveugle; mais Miuerve lui avait donné un bâton, ou baguette magique, qui le dirigeait aussi sûrement qu'auraient pu le faire les meilleurs yeux. Les poètes anciens l'appellent le Devin par excellence, le Prophète sublime, l'Augure infaillible. Sa mort eut lieu après la guerre dite des Epigones ; et, seul entre tous les devins, il conserva jusque dans le ténébreux empire l'esprit prophétique. Ulysse descendit aux enfers pour l'y consulter ; et, de retour à Ithaque, lui immola, en témoignage de reconnaissance, une brebis noire.

Manto, fille de Tirésias, avait aussi bien que son père le don de prédire l'avenir. Quand Thèbes fut prise parlesArgiens, Manto, séparée des autres capti ves, fut envoyée, comme un présent digne d'Apollon, au temple de Delphes, dont elle occupa le trépied pendantplusieurs années. Elle passa de là en Asie, et se

fixa à Glaros, OÙ elle fonda un oracZe qui j eta longtemps de l'éclat (1). Mais, toujours préoccupée de l'asservissement de Thèbes et des maux de ses concitoyens, elle ne pouvait faire aucune trêve à sa douleur. Les larmes qu'elle ne cessait de répandre formèrent un lac dont les eaux communiquaient la divination, mais avaient le don fatal d'abréger la vie. Un de ses fils, nommé Mopsus, vécut à l'époque du siège de Troie, prophétisa comme sa mère et son aïeul, et fut l'antagoniste de Galchas.

§ 12. Thésée.

Thésée, fils d'Egée, roi d'Athènes, fut élevé et instruit par son aïeul maternel Pitthée, roi deTrézène, le plus sage et le plus vertueux des Grecs.

Son premier exploit fut' sa victoire sur le brigand Périphète, qui se tenait en embuscade dans les environs d'Epidaure, et assommait les passants avec une massue de fer. Thésée le tua, et porta toujours cette massue comme un trophée. Il attaqua ensuite et fit périr Procruste, Scirron, Gercyon et Synnis, qui exerçaient d'horribles cruautés.

Procruste avait une taille et une force prodigieuses, et attirait chez lui les passants pour les voler et leur faire subir un supplice atroce : il les étendait sur un lit de fer, et si leurs jambes en dépassaient la mesure, il abattait d'un coup de hache la portion excédante ; si, au contraire, les jambes étaient plus courtes, il les tiraillait et les allongeait avec une machine, jusqu'à la mesure da lit.

(1) Selon une autre tradition, Manto quitta l'Asie et s'établit dans le Latium. Elle épousa Tibérinus, dieu du Tibre, qui la rendit mère d'Oenus (appelé aussi Bianor), fondateur de Mantoue , ville ainsi appelée du nom de la prophétesse Manto.

Le brigand Scirron^ non content de piller les voyageurs qu'il surprenait dans les gorges des montagnes près de Mégare, les forçait de lui laver les pieds sur le sommet d'une roche élevée, et de là, sans effort et d'un seul coup, les précipitait dans la mer. Thésée lui infligea le même supplice. Mais la terre et la mer refusèrent de recevoir le corps d'un semblable scélérat, en sorte qu'il resta quelque temps suspendu dans les airs, et lut à la fin métamorphosé en rocher.

Cercyon^ qui était fort habile dans les exercices gymnastiques, obligeait les voyageurs à lutter avec lui, et les massacrait. Thésée le terrassa et lui arracha la vie.

Doué d'une force inouïe, Synnis courbait les plus gros arbres, rapprochait leurs cimes, et y attachait ceux qu'il avait vaincus : les branches, en. se relevant, écartelaient ces malheureux. Thésée lui donna la mort.

Mais un plus grand triomphe l'attendait dans l'île de Crète. Minos, vainqueur des Athéniens, les avait condamnés à lui envoyer, chaque année, sept jeunes garçons et autant de jeunes filles pour servir de pâ-ture au Minotaure^ monstre moitié homme et moitié taureau, enfermé dans le labyrinthe. Thésée voulut affranchir sa patrie de ce honteux tribut ; il se joignit aux victimes que le sort avait désignées, et partit pour la Crète. Sa beauté, sa jeunesse, son air noble et martial, captivèrent le cœur d'Ariane, fille de Minos. Thésée lui promit de l'emmener à Athènes et de l'épouser, s'il réussissait dans son entreprise et sortait sain et sauf du labyrinthe. Ariane l'éclaira de ses avis, l'aida de ses secours, et lui donna un peloton de fil pour conduire ses pas dans les obscurs sentiers de cette inextricable demeure. Le monstre fut tué.

et Thésée retrouva aisément sa route au moyeu du fil d'Ariane. Mais il paya ce service de la plus indigne perfidie : à peine embarqué avec elle sur le vaisseau qui devait les transporter tous deux en Attique, il relâcha dans l'île de Naxos ; et, profitant du moment où la trop crédule Ariane dormait paisiblement sur le rivage, il mit à la voile, et l'abandonna sur la plage solitaire.

Egée , père de Thésée , attendait avec sollicitude l'issue de cette périlleuse expédition. Il avait expressément recommandé à son fils , s'il était vainqueur , d'arborer à son retour , au lieu du pavillon noir que portait son navire , un pavillon blanc orné de fleurs et de banderoles. Alarmé d'une absence qui se prolongeait , Egée montait chaque jour sur le haut d'une éminence , pour cherchera découvrir le vaisseau si ardemment désiré. Thésée, cependant, voguait vers l'Attique : mais , dans l'ivresse du succès , il avait oublié de mettre cette voile blanche , signal de sa victoire. Ce malheureux père , apercevant le pavillon noir , crut que son fils avait péri , et se précipita dans la mer. Cette mer , située dans l'Asie Mineure et le Péloponèse, a porté depuis le nom d'Egée.

Le trône d'Athènes revenait de droit à Thésée. Mais ses cousins germains , connus dans l'histoire sous le nom de Pallantides (parce qu'ils étaient fils de Pallas , frère d'Egée) , lui disputèrent l'empire , lui tendirent des embûches et mirent tout en œuvre pour se défaire de lui (1). Thésée avait de nombreux

(i) Dans la tragédie de Phèdre (acte I, scène 1) , Théramène dit à Hippolyte , en parlant d' Aricie :

Jamais l'aimable sœur des cruels Pallantides Trempa-t-elle aux complots de ses frères perfides?

amis dans Athènes ; après avoir vainement tenté les voies de douceur, il arma un bataillon de citoyens fidèles, attaqua les Pallantides , et les massacra jusqu'au dernier : ils étaient cinquante !

Tranquille possesseur du trône, Thésée travailla à réformer les lois et à en établir de nouvelles. Il agrandit la ville d'Athènes , y appela les étrangers , et, pour constituer une sorte de république , il résigna ses pouvoirs civils entre les mains d'un Conseil ou Sénat, et ne se réserva que le commandement des armées.

La conquête de la Toison d'or , la chasse du Sanglier de Galydon , accrurent encore sa renommée. Il alla ensuite, avec Hercule, sur les bords du Thermodoon, chercher et combattre les Amazones, femmes guerrières ; il les vainquit , et fit prisonnière leur reine Hippolyte (ou Antiope) , qu'il épousa et qui fut la mère d'Hippolyte,

A la mort d' Antiope, il demanda en mariage Phèdre, fille de Minos, qui lui fut accordée. Mais le sang de Minos devait être funeste au repos de Thésée. Phèdre, en arrivant à Trézène, aperçut le jeune Hippolyte, fils de l'Amazone. Elevé loin de la cour, sous les yeux du sage Pitthée, son bisaïeul, Hippolyte ne s'occupait que d'études sérieuses. Inaccessible aux séductions de l'amour , ce prince n'avait d'autre délassement que la chasse , d'autre parure que son arc et ses javelots, d'autre culte que celui de Diane, reine des forêts. Vénus, irritée de ses mépris, résolut sa mort. Elle inspira à Phèdre une telle passion pour lui, que cette marâtre, hors d'ellemême, profitant de l'absence de Thésée , ne craignit pas d'avouer ses feux à Hippolyte. Le fier chasseur ne répondit à ces avances que par le silence et le dédain. Couverte de confusion , Phèdre se retira

dans ses appartements, écrivit une lettre à Thésée , et s'étrangla. Cette lettre contenait une odieuse calomnie : Hippolyte y était accusé du crime dont Phèdre elle-même s'était rendue coupable. A son refour, Thésée, apprenant le suicide de son épouse, ouvre la lettre , et ne doute pas que la conduite d'Hippolyte n'ait poussé Phèdre à cet acte de désespoir. Il appelle son fils , l'accahle de reproches , le bannit de Trézène sans l'entendre, et s'écrie : « Neptune! ô mon père ! tu m'as promis d'exau- » cer trois de mes vœux ; n'en accomplis qu'un seul : » perds mon fils. Aux effets de ta vengeance , je re- » connaîtrai la fidélité de tes promesses (1). »

Hippolyte, n'ayant pu désabuser son père ni le fléchir, monte tristement sur son char , et sort de Trézène. A peine est-il parvenu au bord de la mer, qu'un effroyable monstre marin , envoyé par Neptune, épouvante ses chevaux, qui frémissent et s'emportent.

Ils ne connaissent plus ni le frein ni la voix... Â travers les rochers la peur les précipite.

L'essieu crie et se rompt : l'intrépide Hippolyte Voit voler eu éclats tout son char fracassé ; Dans les rênes lui-même il tombe embarrassé.

RAcnsE.

Traîné par les chevaux et couvert de plaies, il expire après quelques instants. Thésée ne connut son erreur et sa faute que lorsqu'il était trop tard pour les réparer.

Dans ces entrefaites , Mnesthée , fils de Pétès , et l'un des descendants d'Erechthée , flatta si bien le

(1) Pour relever la gloire de Thésée , les Athéniens le faisaient passer pour fils ie Neptune. Neptuae, selon eux, aurait épousé ^Ei/tra, femme d'Egée et fllle de Pitthée,

peuple d'Athènes , et mit en usage tant de brigue et d'artifices, qu'il se fit accorder la couronne. En vain Thésée voulut-il repreudre le commandement des armées ; en vain essaya-t-il de faire valoir ses droits : les volages Athéniens , oubliant tout ce qu'il avait fait pour eux, l'obligèrent à s'enfuir. Il se retira dans l'île de Scyros , où le roi Lycomède , gagné par Mnesthée, l'assassina. Les Athéniens sentirent enfin leur ingratitude ; ils restituèrent le trône aux enfants de Thésée, et élevèrent au vainqueur du Minotaure un temple et un tombeau.

§ 13. Pîrîthoûs.

PiRiTHOiis , fils d'Ixion et de la Nue , était roi des Lapithes, peuple de Thessalie.

Frappé de surprise au récit des exploits de Thésée, roi d'Athènes , il voulut éprouver la force de ce héros , et se mesurer avec lui. Dans ce but , il entra , à la tête d'une troupe armée, sur le territoire de l'Attique , et en ravagea les campagnes. Thésée marcha à sa rencontre pour le combattre ; mais quand les deux héros furent en présence, ils furent saisis d'une mutuelle admiration : Pirithoûs tendit la main à Thésée en signe d'amitié , et lui promit de réparer tous les dommages qu'il venait de causer en Attique.

Peu après , Pirithoûs épousa la belle Hippodamie (appelée Déidamie par quelques auteurs). Les Centau. reSy peuple de Thessalie , monstres demi-hommes et demi-chevaux, furent invités aux noces. Les apprêts de la fête étaient disposés dans un vallon frais et délicieux. Les personnages les plus distingués d'entre les Lapithes y étaient conviés. Les Centaures y vinrent avec empressement. Le plaisir brillait sur tous les visages ; et , lorsque Hippodamie parut avec

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les dames de sa suite , les coteaux et les bois d'alentour retentirent de chants d'hyménée. Durant le festin , la beauté d'Hippodamie attira tous les regards , et faillit causer sa perte. Eurytus, le plus brutal des Centaures, échaufié par le vin , renverse tout à coup les tables , s'élance sur la princesse pour l'enlever , et la saisit aux cheveux ; les autres Centaures , à son exemple , se jettent sur les femmes qui l'avaient accompagnée. Les efforts qu'elles faisaient pour se défendre , leurs cris , leurs gémissements retraçaient l'image d'une ville prise d'assaut. Thésée accourt à leur aide ; les Lapithes se joignent à lui ; le combat s'engage avec fureur et en peu d'instants la terre est jonchée de morts. Les Centaures y périrent presque tous , par la valeur de Thésée et de Pirithoûs ; le reste se sauva dans les montagnes de l'Arcadie, et y vécut oublié.

Unis d'une étroite amitié, Pirithoûs et Thésée entreprirent ensemble des expéditions aventureuses. Ils allèrent à Sparte pour enlever la jeune Hélène, fille de Tyndare, déjà renommée dans toute la Grèce pour sa beauté. Leur projet réussit, et ils tirèrent au sort la royale captive, à condition que celui à qui elle resterait serait tenu de procurer une autre femme à son ami. Hélène échut à Thésée, qui s'engagea d'aller aux enfers avec Pirithoûs , et de ravir à Pluton son épouse. Ils descendirent, en effet, au séjour des ombres, pour exécuter ce téméraire projet ; mais Pluton , informé à temps du motif de leur voyage , prit si bien ses mesures qu'une fois entrés ils ne purent plus ressortir. Pirithoûs fut étranglé par Cerbère (1) ; Thésée, chargé de chaînes , fut conduit vers Pluton ,

(1) Quelques auteurs prétendent que Pirithoûs ne périt point alors, mais qu'il fut livré aux Furies , et délivré ensuite par Hercule.

qui d'abord le retint captif , et ne le céda ensuite qu'aux instantes prières d'Hercule.

§ 14. Belléroption.

Bellérophon , ayant tué par mégarde son frère à la chasse, se sauva en Argolide , chez le roi Prœtus , qui lui accorda une retraite généreuse. Il vivait tranquille à cette cour , lorsque l'épouse de Prœtus , nommée Stènobèa, éprise de la beauté de ce jeune étranger, lui avoua qu'elle l'aimait , et qu'elle était prête à le suivre. Bellérophon , qui n'éprouvait aucune affection pour elle , reçut froidement cette déclaration, et Sténobéa, le voyant insensible, changea son amour en antipathie, s'acharna contre lui, l'accusa faussement de plusieurs crimes, et enfin demanda sa mort. Prœtus , qui ne voulait pas violer les droits sacrés de l'hospitalité en faisant périr Bellérophon, l'envoya en Lycie, chez le roilobatès, père de Sténobéa, avec un écrit qu'il disait être une lettre de recommandation , mais , dans lequel , en effet, il demandait, il sollicitait même le supplice du coupable (1).

lobatès fit à Bellérophon l'accueil le plus distingué : les neuf premiers jours ,se passèrent en fêtes et en réjouissances. Le dixième jour, le roi décacheta la lettre dont son hôte était porteur : mais, pour ne pas souiller de sang son palais, il prit le parti d'exposer Bellérophon aux plus grands dangers. Il l'envoya avec une faible troupe porter la guerre chez les Solymes , peuple puissant de la Pisidie ;.et Bellérophon fut victorieux. Il le chargea d'aller combattre les

(1) C'est de là qpe les lettres qui coQtieaneut un ordre funeste à celui qui les porte sont nommées lettres de Bellérophon.

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