TYDÉE
l'offre, descendit dans la lice , et sortit vainqueur de toutes les joutes. Les spectateurs éclatèrent en témoignages d'admiration. Mais ses rivaux furent tellement jaloux et éprouvèrent un tel dépit de leur défaite, qu'ils résolurent de lui dresser des embûches à son retour et de le tuer. Tydée , après avoir échoué dans sa négociation, reprenait sans défiance la route d'Argos , lorsqu'il fut assailli à l'improviste par cinquante jeunes Thébains biens armés. Sa résistance fut opiniâtre. Assisté de cinq amis et protégé par Minerve , il sut si habilement parer leurs atteintes et prendre son avantage, qu'après une lutte sans exemple il extermina cette troupe de lâches agresseurs. Un seul fut épargné , pour qu'il portât aux Thébains la nouvelle circonstanciée de ce désastre.
Durant le siège de Thèbes , Tydée signala encore sa valeur, et fit tomber sous le fer de sa lance maints généraux ennemis. Lui-même , à la fin , fut percé d'une flèche que lui décocha Mêlanippe , fils d'Artacus. La blessure était profonde, les douleurs aiguës. Mais le désir de la vengeance ranimant ses forces , il prend un javelot et le lance à son adversaire qui en est renversé. Ce dernier effort épuise Tydée : il perd tout son sang par sa plaie. Ses amis l'emportent et le déposent, loin du champ de bataille, sur une éminence. Désespéré de ne pouvoir plus combattre, il prie ceux qui l'entourent d'aller enlever le corps de Mêlanippe et de le lui apporter. Gapanée s'élance dans la mêlée , et apercevant Mêlanippe gisant sur la poussière , il l'enlève respirant encore, le charge sur ses épaules et accourt. A la vue de son ennemi, Tydée semble renaître à la vie. Dans l'exaltation de sa joie féroce, il fait décapiter le moribond, saisit cette tête sanglante , la ronge à belles dents , ouvre le crâne et en arrache la cervelle... Minerve,
qui venait pour secourir Tydée et lui rendre sa première vigueur, fut si révoltée de cette barbarie qu'elle l'abandonna à sa destinée , et lui laissa rendre le dernier soupir.
§ 20. ilLiupliiaraûs.
Amphiaraûs , devin célèbre et général d'armée , invité par Adraste à se joindre aux bataillons qui allaient assiéger Thèbes , refusa de partir et se cacha, persuadé qu'il était de périr sous les remparts ennemis. Polynice , intéressé plus que tout autre au succès de la guerre , s'adresse à Eriphyle , femme d' Amphiaraûs , et lui promet un collier d'or enrichi de diamants , si elle veut révéler aux Argiens la retraite de son mari. La cupidité de cette femme ne peut résister à l'appât de l'or : Amphiaraûs est indignement trahi. Mais, avant de quitter son palais, il fit jurer à son fils Alcméon de tuer Eriphyle dès qu'il apprendrait sa mort. Amphiaraûs perdit, en effet, la vie au commencement de l'expédition, Jupiter, d'un coup de foudre, l'ayant précipité lui et son char dans les entrailles de la terre. Alcméon , informé de la fatale nouvelle , exécuta Tordre qu'il avait reçu , et trempa ses mains sacrilèges dans le sein de sa mère.
Amphiaraûs reçut les honneurs divins, et il lui fut élevé, en Attique, un temple dont l'oracle était aussi fameux que celui de Delphes. Pour consulter cet oracle , il fallait se purifier, s'abstenir de nourriture pendant vingt-quatre heures, et de vin pendant trois jours ; on immolait ensuite un bélier, on en étendait la peau par terre, on dormait dessus, et l'on recevait durant le sommeil la réponse du dieu.