AJAX
mes de ce héros, et chacun d'eux plaida sa cause devant les capitaines réunis. Ajax n'oublia aucun de ses exploits ni de ceux de sa famille : Ulysse fit valoir avec autant d'adresse que de chaleur les services qu'il avait rendus à la Grèce : son éloquence triompha. Ajax , désespéré d'une préférence qu'il croyait injuste, se lève en délire pendant la nuit, saisit son épée, parcourt le camp des Grecs , et , croyant tuer Ulysse, Mênélas et Agamemnon, massacre les moutons et les chèvres qui paissaient autour des tentes. Revenu de son égarement et confus de se voir moqué des soldats , il se perce le sein avec une épée qu'il avait reçue d'Hector. La terre, mouillée de son sang , fit naître une fleur semblable à la jacinthe, et sur laquelle on voit , dit-on , les d eux premières lettres du nom à' Ajax. Sa mort eut lieu avant la prise de Troie. Les Grecs lui ériger ent un magnifique monument sur le promontoire de Rhétée.
Teucer, frère d' Ajax, l'avait accompagné en Phrygie (1). Habile archer, il passait pour avoir reçu d'Apollon lui-même l'arc qu'il maniait. Revenu à Salamine, sa patrie, après l'expédition, il n'obtint du vieux Télamon qu'un accueil hostile et glacé : « Où » est ton frère? Qu' as-tu fait pour venger ton frère? » Où sont les cendres de ton frère?... » Et un bannissement perpétuel suivit cette accablante réception. Teucer se soumit sans se décourager. Accompagné d'amis fidèles, il se rendit à Sidon auprès du roi Bélus, qui, pénétré de ses malheurs et de sa constance, lui accorda quelques colons phéniciens, avec lesquels il alla bâtir, dans l'île de Chypre, une ville qu'il appela Salamine, et où ses descendants régnèrent plu-
(1) Teucer et Ajax étaient seulement frères de père, ou consanguins. La mère de Teucer était Hésione , fille de Laomédon.
158 PERSONNAGES DE l'ilIADE ET DE l'ÉNÉIDE.
sieurs siècles. Ce que l'historien Justin raconte du voyage de Teucer en Espagne parait absolument fabuleux.
§ 6. Xêlêplie.
Télèphe, fils d'Hercule et roi de Mysie, épousa une des filles de Priam et fit alliance avec ce monarque dont la capitale était assiégée par les Grecs.
Dans un combat qu'il livra près du rivage de la Mysie, il tua un grand nombre d'ennemis et força le reste à prendre la fuite. Sa victoire eût été complète, si Bacchus, qui protégeait les Grecs, n'eût fait sortir de terre un cep de vigne dont les branches embar^ rassèrent les pieds de Télèphe et le firent tomber. Achille courut à lui et le blessa au flanc d'un coup de lance. La plaie était large et profonde : il souffrait de cuisantes douleurs. L'oracle de Delphes lui annonça ce que cette blessure ne pouvait être guérie que » par celui qui l'avait faite. » Achille, sollicité de venir au camp de Télèphe et de panser la plaie , répondit qu'il n'était pas chirurgien et qu'il ne possédait point de remède pour ce mal. Mais Ulysse , qui savait que Troie ne pouvait être prise si les Grecs n'avaient dans leur armée un fils d'Hercule , expliqua l'oracle d'Apollon en disant que la même lance qui avait fait la blessure devait la guérir, Achille consentit donc à racler l'extrémité de sa lance avec un couteau , et de la rouille qu'il en ôta il composa un emplâtre que Télèphe appliqua sur sa plaie : elle se ferma, il fut guéri, et, peu de jours après, en reconnaissance de ce service, il quitta le parti de Priam et se joignit à l'armée des Grecs (1).
(1) Les Grecs et les Romains composèreat sur Télèphe plusieurs tragé-