LAOCOON. — SINON
§ 7. I-,aocoon. — Sinon. {Prise de Troie.)
Fatiguée de la longueur du siège de Troie et convaincue que cette ville était imprenable, l'armée des Grecs demandait hautement à ses généraux de la ramener dans ses foyers. Le mécontentement croissait de jour en jour, et une sédition semblait imminente.
Ulysse alors, Ulysse toujours fertile en ruses, imagina le stratagème le plus hardi et le plus téméraire dont l'histoire fasse mention ; et les capitaines, résolus à tout oser, y applaudirent. Ils firent construire, avec des sapins coupés sur le mont Ida , un cheval énorme, aussi haut quç les plus hautes murailles de Troie , et capable de contenir dans ses flancs un bataillon armé. Ils répandirent en même temps le bruit qu'ils renonçaient au siège de la ville , et que ce cheval gigantesque était une offrande à Minerve , pour obtenir d'elle un heureux retour en Grèce et apaiser 'la colère qu'elle ressentait de l'enlèvement du palladium. Ils mirent , en effet , à la voile , après avoir enfermé dans les flancs du cheval trois cents guerriers d'élite, parmi lesquels se trouvaient Ulysse, Pyrrhus , Sthénélus et Ménélas , et allèrent cacher leur flotte derrière l'île de Ténédos , à peu de distance du rivage.
A la nouvelle de ce départ , les transports de joie éclatent de tous côtés dans la ville ; les portes s'ouvrent ; on s'empresse de sortir, de parcourir le camp
dies, dont aucune n'est parvenue jusqu'à nous. Dans toutes on voyait ce héros, mendiant, vagabond et accablé d'infortunes ; mais les événements sur lesquels repose cette tradition sont aujourd'hui inconnus.
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des Grecs et ces plaines qu'ils ont si longtemps occupées. Plusieurs regardent avec étonnement l'offrande faite à Minerve et la grandeur prodigieuse du cheval ; l'ardente jeunesse demande qu'on le traîne dans la ville et qu'on l'introduise dans la citadelle ; les plus sages veulent qu'on le précipite incontinent au fond de la mer, ou qu'on y mette le feu. La foule incertaine flottait entre ces deux avis , quand , pour donner à tous l'exemple , Laocoon , grand prêtre de Neptune , enflammé d'ardeur , accourt du haut de la citadelle : « Malheureux, » s'écrie-t-il, « quel est vo- » tre aveuglement! Croyez- vous les ennemis bien » éloignés ? Croyez- vous qu'un présent des Grecs ne » couvre pas un piège? Est-ce ainsi que vous con- » naissez Ulysse? Ce bois perfide est rempli de » leurs soldats. »
Il dit , et d'un bras robuste fait voler une longue javeline dans la charpente qui forme le ventre et les flancs du monstre. Le dard s'y attache, et fait entendre un bruit sourd d'armes et d'armures bien propre à inspirer des soupçons ; mais le peuple n'y donne aucune suite.
En ce moment, des bergers phrygiens avec de grands cris amenaient au roi , les mains liées derrière le dos, un jeune inconnu qui , loin de fuir devant eux , s'était mis lui-même à leur discrétion : c'était un Grec , une créature d'Ulysse , dressé par lui au rôle qu'il devait jouer. Il s'appelait Sinon, fils de Sisyphe. Quand on l'eut présenté à Priam , il convainquit ce roi, par un discours artificieux et qui avait tous les caractères de la vraisemblance, que l'embarquement des Grecs n'était pas une feinte , et qu'ils voulaient, en construisant un cheval d'une grandeur colossale , empêcher qu'il ne fût introduit dans la ville. Puis il ajouta : « Si une fois vous ve-
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» niez à bout, prince, de l'établir dans votre citadelle, » non seulement les Grecs ne songeraient plus à ve- » nir attaquer les Troyens , mais , au contraire , tel » est l'arrêt du Sort, les Troyens pourraient se flat- » ter d'aller mettre un jour le siège devant Mycènes » et de rendre au centuple à la Grèce tous les maux, » toutes les calamités qu'ils en ont soufferts. » Le discours de ce traître fit une impression profonde dans tous les esprits , et fut suivi d'un événement qui leva toutes les irrésolutions.
Deux serpents d'une dimension monstrueuse, partis de Ténédos, traversent le bras de mer qui sépare cette île de la terre ferme , s'élancent sur Laocoon et sur ses deux fils qui étaient près de lui , les enveloppent, les déchirent par de cruelles morsures , et les étouffent de leur souffle empoisonné ; après quoi ils vont lentement se cacber dans le temple de Minerve , sous les pieds même de la statue et derrière son bouclier. Frappés de ce prodige , les Troyens ne délibèrent plus. On ôte les fers à Sinon -, on lui laisse toute liberté d'entrer dans la ville ; et l'on abat un pan de la muraille pour ouvrir passage à la fatale machine. Tous mettent la main à l'œuvre; tous se font une gloire de toucher aux câbles qui servent à la traîner. Jeunes filles, jeunes garçons chantent en l'honneur de Minerve des hymnes d'actions de grâces ; et le peuple entier se livre aux excès d'usage dans un jour de fête.
Cependant, à la faveur de la nuit, la flotte grecque s'approche du rivage. Les Troyens, appesantis jJar la fatigue et le vin , dormaient d'un profond sommeil. Sinon se dirige vers le cheval , ouvre la porte pratiquée dans son flanc, et en fait descendre, au moyen de longues cordes , les trois cents soldats , par qui aussitôt les postes militaires sont occupés. L'armée ,
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qui a effectué son débarquement, pénètre dans la ville par la brèche faite au rempart , allume des torches incendiaires, met le feu dans tous les quartiers, pille les demeures les plus apparentes , et fait un affreux massacre des habitants, sans distinction ni d'âge ni de sexe. Pyrrhus surtout déployait une fureur qu'irritait le souvenir de la mort d'Achille ; il tue le jeune Politès , fils de Priam, se jette l'épée à la main sur Priam lui-même, et, malgré ses cheveux blancs , la lui plonge dans le cœur , en présence d'Hécube et devant l'autel de Jupiter I Seul des enfants de Priam , Hélénus fut épargné , par égard pour sa qualité de devin. On fit grâce aussi à Anténor , à Anchise et à Enée , parce qu'ils avaient toujours condamné la conduite de Paris, et conseillé de rendre Hélène à son époux.
Leur vengeance assouvie, les vainqueurs, chargés de riches dépouilles, rejoignirent leurs vaisseaux, et levèrent l'ancre. Quatre royales captives servaient d'ornement au triomphe : Hécube, veuve de Priam, Gassandre et Polyxène , ses filles , et Andromaque , veuve d'Hector.
§ 8. Anténor.
Anténor, prince troyen, parent de Priam, voyagea en Grèce dans sa jeunesse, s'y lia étroitement avec plusieurs familles illustres, et sentit dès lors pour le peuple grec un attachement que ne purent affaiblir les hostilités dont Paris fut la première cause.
Durant le siège , Anténor insista auprès de Priam pour qu'Hélène fût rendue à Ménélas , et ne cessa , au rapport d'Homère , de prêcher la paix et les armistices. Mais cette conduite modérée le fit passer