‹ Mythologie grecque et romaine [microform]Chapitre 73 sur 105 · ULYSSE · texte numérisé non relu

ULYSSE

et lui donna de grandes outres , dans lesquelles étaient renfermés les vents contraires à sa navigation ; mais les soldats d'Ulysse, poussés par une funeste curiosité , ouvrirent ces peaux; les vents s'en échappèrent , et causèrent une tempête qui jeta la flotte sur le rivage de la Gampanie, au milieu de peuples anthropophages, appelés Lestrygons. Ulysse députa trois de ses compagnons vers le roi : il était absent, La reine , sorte d'ogresse aussi haute qu'une montagne , les admit en sa présence , fit appeler son époux, et, en attendant, avala un de ces malheureux : les deux autres s'enfuirent à toutes jambes vers les vaisseaux. Le roi , nommé Antiphate , rassemble à grands cris ses Lestrygons ; ils accourent à sa voix , saisissent des pierres énormes, les font pleuvoir sur la flotte d'Ulysse , et, s'emparant des matelots blessés, les enfilent comme des poissons à un gros câble, et les emportent pour les dévorer. Ulysse, qui n'avait point quitté son vaisseau , s'éloigna au plus vite de ces côtes barbares , déplorant la mort ignominieuse de tant de braves compagnons.

Avec un seul bâtiment , il arriva dans l'île d'-^a , séjour de la magicienne Circé, qui le captiva par ses charmes , et le retint un an auprès d'elle.

En proie au plaisir qiii l'enehante , Il laisse endormir sa raison; Et de la coupe séduisante Que le fol Amour lui présente Il boit à longs traits le poison.

J.-B. Rousseau.

Rendu prudent par ses fautes, il résista aux mélodieuses voix des Sirènes , franchit avec bonheur les écueils de Gharybde et de Scylla , et aborda pour la seconde fois en Sicile, à ce rivage fameux, où la fille

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d'Apollon , Lampétie , gardait les troupeaux du dieu son père : troupeaux innombrables auxquels il était défendu de toucher. Ulysse se reposa de ses fatigues sur cette plage, et enjoignit expressément à ses compagnons de respecter le bétail sacré. Tant que dureren t les provision s , ils obser vèren t les ordres d' Ulysse ; mais les vivres ayant manqué et la faim se faisant sentir, ils enlevèrent quatre bœufs et quatre génisses qu'ils égorgèrent. Apollon n'eut pas plus tôt connu cette impiété qu'il pria Jupiter d'en tirer vengeance ; et le maître des dieux envoya aux profanateurs un signe effrayant de sa colère : les peaux de ces bœufs et de ces génisses se mirent à marcher , les chairs qui rôtissaient à la broche commencèrent à mugir, et les chairs crues répondirent à ces mugissements. Epouvantés de ce prodige , les matelots s'embarquèrent; mais il s'éleva au même instant une si terrible tempête , qu'elle brisa les vaisseaux et fit périr ceux qui les montaient. Ulysse seul , qui n'avait point eu de part au sacrilège , fut épargné : les dieux lui avaient ménagé un fragment de gouvernail qui fut son sauveur.

Les vents le poussèrent daos l'île d'Ogygie (1), où régnait la nymphe Calypso, fille de l'Océan, quille reçut avec les démonstrations de la plus vive joie, et lui offrit l'immortalité s'il consentait à oublier Ithaque, et à finir ses jours dans son île. Des mois, des années s'écoulèrent , et Ulysse séjournait encore dans les demeures magiques de cette reine opulente , dont l'admiration et l'attachement pour son hôte croissaient de jour en jour. Les dieux intervinrent : Mercure le rappela à ses devoirs de père , d'époux et de roi.

(1) Ogygie, petite ile que l'on croit située près de Vile de Malte.

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Parti de chez Calypso, il voguait vers sa patrie, où il se flattait d'arriver sain et sauf, lorsque Neptune, qui se souvenait de la blessure faite à Polyphème son fils, bouleversa les flots par un ouragan. Le navire d'Ulysse fut coulé à fond , et ce ne fut qu'avec beaucoup de peine et d'efforts qu'il aborda à la nage dans l'Ile des Pbéaciens, dont le roi Âlcinous l'accueillit , et lui accorda même un vaisseau pour continuer sa navigation. {Voyez les deux paragraphes qui suivent.)

§ 16. IVaueicaa.

Du temps de la guerre de Troie, Alcinous régnait sur les Phéaciens , riches insulaires de Gorcyre (aujourd'hui Corfou). Son palais était magnifique ; ses déli(îieux jardins produisaient en toute saison les plus belles fleurs et les plus beaux fruits. Sa famille offrait le tableau de rinnocence et des mœurs antiques ; ses fils n'avaient d'autres serviteurs qu'euxmêmes ; son épouse donnait l'exemple du travail et de l'économie. Sa fille , l'aimable et pudique Nausi- GAA, partageait avec sa mère les soins du ménage, et descendait jusqu'aux moindres détails : elle filait, tissait de la laine , blanchissait son linge , ses robes et les vêtements de ses frères. Minerve , déesse des arts , veillait sur elle , et la dirigeait dans toute sa conduite , dans toutes ses démarches.

Cette déesse protégeait aussi le sage Ulysse, errant de mers eu mers et jouet du sort.

Ulysse quittait l'île d'Ogygie, et croyait ses malheurs finis , quand un nouvel orage , fracassant son navire, lui présenta une mort inévitable. L'abîme allait l'engloutir : une frêle planche s'offre à sa vue ; il s'en saisit , lutte trois jours et trois nuits contre la fureur des ondes, et parvient enfin au rivage de CorcyrCf qu'il ne connaissait pas, et où ses yeux

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mouraDts ne découvraient ni habitants ni habitations. Epuisé de fatigue, de sommeil, d'angoisses, il se traîne depuis la côte déserte jusque dans un bois peu éloigné , et s'y endort.

Près de là coulait le ruisseau limpide où Nausicaa avait coutume de blanchir ses robes. Ce jour même , conduite par Minerve , elle y était venue avec ses compagnes laver des étoffes précieuses , et les manteaux de ses frères. Quelques toiles humides séchaient au soleil : Nausicaa, attendant la fin du jour, s'amusait avec ses amies aux jeux innocents du jeune âge. Leurs ébats , leurs danses folâtres , leurs éclats de rire éveillèrent Ulysse. Il était pâle et défait , à peine vêtu , perclus de tous ses membres , tel qu'un naufragé qui a vu de près toutes les horreurs du trépas. Il se lève : son premier sentiment est la crainte. Il ignore si le sol où il a été jeté n'est point un repaire d'anthropophages. La voix des jeunes filles le rassure ; il s'enhardit ; il regarde à travers les branchages pour se confirmer dans son espoir. Mais comment se montrer à elles dans l'état où il est ? Il se couvre de feuillages et se décide enfin à sortir de son asile. 11 approche : les Phéaciennes, effrayées à la vue d'un étranger, poussent un cri et prennent la fuite , excepté Nausicaa , aux pieds de laquelle il s'agenouille , et dont il implore l'assistance; il demande avant toutes choses un vêtement qui lui permette de paraître avec décence. Nausicaa, attendrie, appelle ses compagnes, et les engage à secourir cet étranger. « C'est Jupiter , » leur dit-elle , « qui nous envoie les pauvres et les suppliants ; » donnez-lui à manger , et menez-le au bord de la » rivière, dans un lieu couvert et à l'abri des vents, » où il se puisse baigner. Mettez près de lui ce vase » d'essence et les vêtements dont il a besoin. »

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