‹ Mythologie grecque et romaine [microform]Chapitre 74 sur 105 · PÉNÉLOPE · texte numérisé non relu

PÉNÉLOPE

Minerve elle-même daigna présider à la toilette d'Ulysse. Quand il reparut devant Nausicaa , ce n'était plus le même homme. A un naufragé repoussant et livide avait succédé nn héros dans la force de l'âge , et dont le maintien assuré et noble décelait l'habitude du commandement. Il fit une telle impression sur la jeune princesse qu'elle ne put s'empêcher de dire à la plus intime de ses confidentes : « Puisse l'époux que mon père me destine ressem- » hier à cet étranger ! »

Ulysse arrive au palais; il voit Alcinoûs et son épouse : il se prosterne et attend dans cette humble posture leur décision. Alcinoûs le relève avec bienveillance et le fait asseoir. Ses serviteurs dressent une table qu'ils couvrent d'excellents mets. La soirée se passe en divertissements, en concerts, en conversations afl'ectueuses. Alcinoûs met le comble à ce bon accueil en promettant à son hôte de lui accorder, dès le lendemain , le meilleur de ses navires pour faire voile vers Ithaque. Ulysse répondit à ces prévenances par le récit détaillé de ses aventures et de ses malheurs. L'époux de Pénélope inspira , à tous ceux qui l'entendirent, l'intérêt le plus vif et l'estime la mieux méritée. Le vaisseau était prêt ; il y monta comblé de présents. Nausicaa lui fit naïvement un touchant adieu et ses yeux suivirent longtemps la trace du navire sur les flots.

§ 17. I»énélope.

Pénélope, femme d'Ulysse, était la plus vertueuse et la plus tendre des épouses. On conçoit ses ennuis pendant l'absence prolongée d'Ulysse; on conçoit l'excès de sa douleur et de ses craintes, quand, après

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tant d'années, elle ne le voyait point revenir avec le autres princes de la Grèce.

La beauté de Pénélope, ses talents, ses vertus, attirèrent dans Ithaque une foule de prétendants qui chercliaient à lui persuader que son époux était mort et qu'elle devait se remarier. Pénélope éludait adroitement leurs poursuites et repoussait leurs sollicitations. Mais chaque jour les importunités augmentaient, et déjà ces audacieux avaient envahi le palais, s'y étaient installés, y donnaient des festins et y commandaient en maîtres. Pénélope fut obligée de céder en apparence. Elle les appelle donc auprès d'elle et leur déclare qu'elle est résolue à choisir un époux parmi eux , dès qu'elle aura fini de broder la pièce de toile qui doit envelopper le corps de son beau-père Laërte, quand ce vieillard, accablé d'infirmités , aiira cessé de vivre. Pénélope travaillait le jour à son ouvrage avec la plus grande assiduité, mais elle défaisait chaque nuit la broderie du jour. Par cet artifice , elle amusa les poursuivants durant trois années consécutives. Trahie à la fin par une de ses esclaves , elle se trouva dans l'obligation d'achever la toile (1).

Il y avait alors vingt ans écoulés depuis l'absence d'Ulysse. Pénélope était au bout de ses supercheries et de ses moyens de délai. Les prétendants à sa main témoignaient une impatience sans égale ; leur courroux s'exhalait par des plaintes et des reproches, a II » est temps, belle Pénélope, de faire un choix, » lui disaient-ils ; « si le roi votre époux existait encore, » il serait de retour ; les flots l'ont englouti avec ses » soldats. Pourquoi garder cette fidélité à des mânes

(1) On dit proverbialement d'une entreprise qui n'a point de fin ou qui n'îioutit à rien : C'est la toiU de Pénélope.

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