‹ Mythologie grecque et romaine [microform]Chapitre 76 sur 105 · ANDROMAQUE · texte numérisé non relu

ANDROMAQUE

esclave des vainqueurs , écliut en partage à Ulysse, qu'elle détestait, et qui n'avait aucun égard pour l'âge, le rang ni les malheurs de cette illustre captive. Les Grecs , s'étant embarqués pour retourner dans leur pays, s'arrêtèrent sur les côtes de la Ghersonèse de Thracè , afin d'y rendre une fois encore au divin Achille des honneurs funèhres. L'ombre sanglante de ce héros leur apparut près du cénotaphe , et leur révéla « qu'ils n'avaient qu'un moyen de sortir heureu- » sèment de la Ghersonèse : c'était d'immoler à ses )) mânes plaintifs la fille d'Hécube , Polyxène , qui » lui avait été autrefois promise en mariage. » Les Grecs n'hésitèrent pas à se rendre aux volontés d'un chef et d'un ami. Polyxène fut conduite à l'autel : Hécube fut témoin de ce sacrifice! Menée ensuite chez Polymnestor, roi de Thrace, à qui elle avait confié , pendant la guerre , son fils Polydors et de grandes richesses , cette mère infortunée apprit que ce barbare avait égorgé le jeune prince et dilapidé ses trésors. Transportée de fureur , elle s'introduit dans le palais , se précipite sur le meurtrier et lui arrache les yeux ; elle allait lui ôter la vie , si les satellites , accourus au bruit, lui en eussent donné le temps. Ils la chassent des appartements et la poursuivent dans la rue à coups de pierres. Hors d'elle-même , Hécube court après ces pierres , les mord , et se trouve métamorphosée en chienne ; elle veut ouvrir la bouche pour se plaindre; ses cris ne sont plus que des aboiements.

§ 20. Àndromaque.

Andromaque , femme à.' Hector , avait pour lui tant d'affection, « qu'elle soignait elle-même ses chevaux !> et leur donnait à manger et à boire , » selon la re-

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marque d'Homère. Les adieux de ces deux époux, quand Hector partit pour aller au combat où il perdit la vie, sont un des plus beaux et plus touchants morceaux de l'Iliade. Il est facile de se figurer le désespoir d'Andromaque, lorsqu'elle apprit la mort de son mari, tué par Achille, et l'outrage fait à son cadavre. Après la prise de Troie , elle eut encore la douleur de voir précipiter du haut d'une tour son fils Astyanax, qu'elle avait sauvé des flammes : les anciens auteurs sont tous d'accord sur ce fait.

Dans le partage que les Grecs firent des prisonniers , Andromaque échut à Pyrrhus , fils d'Achille , qui la conduisit en Epire , où il régnait , mais qui ne tarda pas à l'éloigner de sa cour , pour dissiper les jaloux soupçons d'Hermione, sa femme. Andromaque épousa alors Hélènus , fils de Priam , captif comme elle , et ils régnèrent ensemble sur une province que la générosité de Pyrrhus leur accorda. Au sein des grandeurs comme sous le poids des fers , Andromaque, toujours attachée à son premier époux, ne cessait de s'occuper de lui ; elle consacra même à la mémoire de ce héros un magnifique cénotaphe.

§ 21. Clytemnestre. — Oreste.

Glytemnestre, fille de Tyndare et de Léda, épousa Agamemnon , roi d'Argos et de Mycènes.

Agamemnon était à peine parti de ses Etats pour aller commander l'armée des Grecs devant Troie, qu'Egisthe, son parent, s'insinua habilement dans les bonnes grâces de Clytemnestre , s'en fit aimer, et porta l'audace jusqu'à vivre publiquement avec elle. Agamemnon, informé de cette perfidie, jura de punir les coupables à son retour. La mort le prévint dans ce projet : il fut assassiné par Egisthe et Glytemnes-

ÔLYTEMNESTRE. — ORESTE. 181

tre, le jour même de son arrivée en Grèce. Après ce meurtre , la reine épousa Bgisthe, son complice, et lui mit la couronne sur la tête.

Glytemnestre avait eu quatre enfants d'Agamemnon : Iphigénie , Ghrysothémis , Electre et Oreste. Ces trois derniers vivaient à Argos , au moment où leur père y fut poignardé. Oreste , malgré son âge tendre , aurait éprouvé peut-être le même sort, si Electre, sa sœur, ne l'eût envoyé clandestinement à la cour de Strophius, roi des Phocéens et beau-frère d'Agamemnon. Strophius accueillit son neveu avec tous les témoignages d'une affection paternelle, et lui fit donner la même éducation qu'à Pylade , son fils aîné.

Il y avait dix ans qu'Egisthe et Glytemnestre jouissaient, avec une impudent-e sécurité, du fruit de leurs crimes , lorsque Oreste , qui préparait dans l'ombre une vengeance terrible, vint à la cour de My cènes, favorisé par Electre, et sous un déguisement qui le rendait méconnaissable. Il se fit introduire auprès de l'usurpateur et de sa complice , comme envoyé de Strophius , et leur annonça a qu'Oreste était mort. » Il ajouta même toutes les circonstances de sa fin tragique , et leur expliqua comment ce prince, avide de renommée, mais téméraire, s'étant présenté aux jeux pythiens pour y disputer le prix de la course des chars, avait brisé sa roue contre la borne et péri sous les pieds de ses chevaux -, il montra en même temps l'urne funéraire qui renfermait les cendres supposées de leur jeune parent.

Egisthe et Glytemnestre souhaitaient trop ardemment cette mort, pour ne pas ajouter une foi aveugle au récit qui leur en était fait. Ils ne se contiennent plus ; ils laissent éclater leur satisfaction , et , dans

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les transports d'une joie féroce , courent au temple d'Apollon pour y bénir les dieux immortels de cette délivrance , et leur offrir des sacrifices d'actions de grâces. Oreste se glisse à leur suite , avec d'anciens et fidèles serviteurs qu'Electre avait initiés à ce complot. L'un d'eux se jette sur Egisthe et le frappe d'un coup mortel ; Oreste plonge l'homicide acier dans le sein de sa mère. La foule se presse autour de lui : il parle , on l'écoute , on le reconnaît pour le fils d'Agamemnon, et il remonte, au milieu de l'allégresse publique, sur le trône de ses aïeux.

Mais, dès ce jour aussi , les remords et une sombre mélancolie assiégèrent son âme. Les Furies vengeresses s'acharnèrent à sa poursuite, ne lui laissant de repos ni le jour ni la nuit. En vain il essaya de s'en délivrer par des sacrifices expiatoires ; en vain il se rendit à Athènes pour y être jugé par le sévère Aréopage ; en vain il y fut absous : le calme ne put rentrer dans son cœur. Pour dernière ressource , il se présenta au temple d'Apollon , à Delphes : la Pythie, interrogée, lui répondit « qu'il ne pourrait se » débarrasser des Furies qu'en allant dans la Gher- » sonèse Taurique enlever du temple de Diane la » statue de cette déesse. » Il s'embarqua , et Pylade avec lui, Pylade, son ami et son consolateur, Pylade , qui ne l'avait pas quitté dans ses plus grands accès de démence. Les lois de l'hospitalité étaient inconnues dans la Tauride; c'était même l'usage, en cette contrée barbare, d'immoler sur l'autel de Diane les étrangers que le hasard y amenait ou que la tempête forçait d'y relâcher. Les deux Grecs , à peine sortis de leur vaisseau, sont saisis, garrottés et conduits devant le roi Thoas , qui prononce contre eux la sentence de mort et un prompt supplice.

Iphigénie, fille d'Agamemnon et sœur d'Oreste,

GLYTEMNESTRE. — ORESTE, 183

était alors prêtresse du temple : Diane l'avait transportée du port d'Aulis dans celte région lointaine.

On fait les apprêts du sacrifice ; IpMgénie s'approche des deux infortunés, s'entretient avec Pylade, apprend qu'ils sont Grecs de nation, s'intéresse à leur sort, et offre la vie à celui des deux qui consentira à porter de sa part une lettre à Mycènes. Au nom de Mycènes , de cette ville où il est né , Oreste sort de sa muette horreur : il s'approche , il ques-^tionne la prêtresse , la supplie de répondre ; elle s'explique ; il reconnaît en elle cette sœur aînée qu'il croyait morte depuis vingt ans. Dès ce moment, il n'est plus question entre elle et eux que des moyens de fuir , en emportant la statue de Diane. Le parricide d' Oreste fournit à Iphigénie un prétexte facile pour différer le sacrifice. Elle dit à Thoas « que ces » étrangers sont des' victimes impures ; que l'un » d'eux est un assassin , et qu'on ne peut les con- » duire à l'autel avant de les avoir purifiés. » Le roi accorde aisément un délai , dont Iphigénie profite pour enlever la statue confiée à sa garde , et pour s'embarquer avec Oreste et Pylade. Thoas apprend leur fuite et le larcin commis dans le temple; il appelle son pilote, fait équiper un navire, et ordonne qu'on lui amène les ravisseurs ; Minerve l'arrête et lui défend de les poursuivre : « Oreste, » dit-elle, ce est venu par ordre d'Apollon dans cette contrée , » pour s'affranchir des Furies qui le tourmentent et » enlever la statue de Diane; Neptune le protège; » les efforts pour l'atteindre seraient inutiles. »

Délivré de ses fureurs , Oreste débarque à Mycènes, yreprend possession du trône, et songe à épouser Hermione, sa cousine, fille d'Hélène et de Ménélas. Hermione lui avait été jadis promise en mariage ; mais pendant son voyage de Tauride, Ménélas l'avait

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fiancée au fils d' Achille , à Pyrrhus , dont la réputation égalait celle des plus grands héros. Oreste fit valoir ses droits à la main d'Hermione, mais en vain. Pyrrhus l'épousa, l'emmena en Epire , et insulta aux regrets de son rival. Hermione , qui ne pouvait souffrir le joug de cet hyménée , résolut de s'en afiranchir à tout prix. Elle s'adresse à Oreste et trame avec lui un odieux complot contre la vie de Pyrrhus. Le meurtre est consommé -, et Oreste reçoit, pour prix de son crime, la main d'Hermione et la couronne de Sparte (1).

§ 22. Gassandre.

Cass ANDRE , fille de Priam , avait promis à Apollon de l'épouser , s'il voulait lui donner la connaissance de l'avenir et le don de prophétie ; mais lorsque Apollon lui eut accordé ce privilège , elle refusa de tenir sa parole ; et ce dieu irrité lui déclara, pour la punir , que personne n'ajouterait foi à ses prédictions. En effet , lorsqu'elle annonça de grands malheurs à Priam , à Paris et au peuple troyen , on la taxa de folie, et on l'enferma dans une tour, où elle ne cessait de déplorer la chute prochaine de sa ville natale. Ses alarmes et ses gémissements redoublèrent lorsqu'elle apprit le départ de son frère Paris pour la Grèce : on se moqua d'elle. Quand elle voulut empêcher ses concitoyens d'introduire le cheval de bois dans l'intérieur des remparts , ses menaces n'effrayèrent personne.

(1) Hermione était fille unique de Ménélas , roi de Sparte. — Racine , dans sa tragédie HAndromaqne, a fait entrer, en les modifiant, une partie des faits que nous venons de raconter.

ÈNÉE. 185

A la prise de Troie , Agamemnon , touché de la beauté de cette princesse , en fit sa captive et l'emmena sur son vaisseau. Pendant la traversée, elle lui prédit deux fois le sort cruel qui les attendait l'un et l'autre en Argolide : Agamemnon méprisa cette prophétie , qui fut la dernière. La captive et le monarque tombèrent sous le poignard homicide , le jour même de leur entrée au palais d'Argos.

% 2S. dnée.

Enée, prince troyen , fils d'Anchise et de Vénus, est connu dans l'histoire par sa piété et sa valeur. Après avoir défendu Troie jusqu'à l'embrasement de cette ville infortunée, il se sauva, la nuit, au travers des flammes, chargé dé ses dieux pénates, portant son vieux père sur ses épaules, tenant son fils Ascagne par la main, et suivi de Creuse, son épouse, qui disparut dans l'obscurité. Cybèle l'avait retenue, et l'avait placée au nombre de ses nymphes.

Douloureusement affecté de cette perte , Enée se rendit au rivage et monta sur ses vaisseaux , avec une troupe de Troyens, fugitifs comme lui. Il fit voile d'abord pour la Ghersonèse de Thrace , où régnait Polymnestor, un de ses alliés ; il passa ensuite à Délos , visita les Strophades et l'île de Crète, où il espérait trouver l'empire que lui avaient promis les destins. De là il aborda en Epire , et ensuite à Drépanum , ville de Sicile soumise à Aceste. Anchise y mourut et y reçut les honneurs de la sépulture.

En partant de Sicile , Enée fut jeté par la tempête sur les côtes d'Afrique , où ses compagnons, fatigués de leurs courses errantes, auraient voulu s'établir; mais la volonté immuable des dieux appelait Enée

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en Italie ; il résista aux sollicitations des habitants , quitta avec regret une terre hospitalière, et s'embarqua. Les vents le poussèrent une seconde fois en Sicile, où il célébra des jeux funèbres près du tombeau d'Anchise ; de là il navigua vers l'Italie , où régnait Latinus , roi des Latins.

Lavinie , fille unique de Latinus et d'Amata , était alors recherchée en mariage par Turnus , roi des Rutules et neveu de la reine ; mais les dieux semblaient s'opposer à cet hy menée et faire éclater les marques visibles de leur désapprobation. Un jour que la jeune princesse, à côté de son père, brûlait des parfums sur l'autel , le feu prit à sa chevelure et à ses habits, sans lui faire de mal, répandit autour d'elle une pâle lumière , et enveloppa son appartement de flamme et de fumée. Ce prodige étonna tout le monde : on appela les devins , qui présagèrent à Lavinie une brillante destinée , et à son peuple une guerre prochaine et inévitable. Latinus, pour mieux connaître la vérité , alla consulter l'oracle de Faunus , qui lui parla sans détour (4 ). « Garde-toi , mon » fils, de marier Lavinie à aucun prince du Latium ; » bientôt arrivera sur ces bords un capitaine étran- » ger, dont le sang mêlé au nôtre élèvera jusqu'au » ciel la gloire du nom latin. ■>■> Vers ce temps-là, en effet , Enée débarqua sur le rivage du Latium , et fit alliance avec Latinus , qui , croyant voir s'accomplir l'oracle dans la personne de cet illustre fugitif , lui offrit la main de sa fille et le désigna pour son successeur au trône. Mais Turnus n'était pas homme à se départir facilement de ses droits sur Lavinie. Il fait prendre les armes aux Rutules, il entre en campagne : Enée et sa troupe se mettent sur la défen-

(1) Faunus était le père de Latinus.

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