‹ Mythologie grecque et romaine [microform]Chapitre 77 sur 105 · DIDON · texte numérisé non relu

DIDON

sive. Le Latium est le théâtre d'une guerre prolongée.

Après beaucoup de sang répandu , les deux rivaux convinrent de terminer leur différend par un combat singulier. Enée triompha, épousa la princesse, et partagea avec elle le trône après la mort de Latinus. Ce petit royaume fut le berceau de l'empire romain (1).

§ 24. — Oidon.

DiDON, fille de Bélus, roi de Tyr, et sœur de Pygmalion, épousa Sicharbas ou Sichée, grand prêtre d'Hercule. Sichée était le plus riche des Phéniciens. Ses trésors excitèrent la cupidité de Pygmalion, qui, pour l'en dépouiller, le fit massacrer dans le temple, au moment où il sacrifiait aux dieux. Pygmalion réussit d'abord à cacher ce meurtre, flattant par des récits mensongers les appréhensions de sa sœur. Mais, une nuit, l'ombre de Sichée apparut en songe à Didon, avec un visage pâle et défiguré, lui montra l'autel au pied duquel il avait péri , lui découvrit sa poitrine percée d'un coup mortel , et lui conseilla de fuir. Didon, à son réveil, dissimule sa douleur, prépare sa fuite, s'assure de quinze vaisseaux qui étaient au port , y reçoit tous ceux qui haïssaient ou craignaient le tyran, et part avec les richesses de Sichée et celles de l'avare Pygmalion.

La princesse fugitive prit d'abord terre dans l'île de Chypre, d'où elle fit enlever cinquante jeunes filles qu'elle donna pour épouses à ses compagnons de fortune. Faisant voile de là vers les côtes d'Afrique, elle débarqua près d'Utique, et pria les habitants

(1) Enêe-Sylvîus, fils d'^Enée et de Lavinie, leur succéda, malgré l'opposition àlule , fils d'Ascagne et petit-fils d'Enée et de Creuse.

188 PERSOIWA&ES DE L IWADE ET DE l'ÉNÉIDE.

de lui vendre l'espace de terrain que pourrait contenir le cuir d'un taureau. Lorsqu'elle eut obtenu pour un vil prix cette faveur, en apparence bien cbétive, elle fit couper ce cuir en courroies ou lanières très minces , et put tracer ainsi une circonférence spacieuse qui devint le berceau de la fameuse Car tbage, rivale de Rome. Cet événement eut lieu vers l'an 880 avant notre ère (I).

Didon , ayant fondé et agrandi sa ville , fut recherchée en mariage par larbas, roi de Gétulie, voisin du nouvel Etat; mais elle ne put se résoudre à violer la foi jurée à Sicharbas, son premier mari. Le roi des Gétules, piqué du refus de cette princesse, résolut de la contraindre par la force à lui accorder sa main : il fit marcher contre Garthage de nombreux escadrons et cerna la place. Didon , ne pouvant opposer aucune résistance, feignit de consentir aux vœux d'Iarbas, et demanda seulement un délai de trois mois pour apaiser les mânes de Sichée. Au bout de ce temps , sollicitée et menacée de nouveau par larbas , elle monta sur un bûcher préparé dans l'intérieur du palais , tira de dessous sa robe un poignard caché , et se tua. — Ce que Virgile raconte des amours de Didon et d'Enée est une pure fiction, puisque chacun sait qu'Enée vivait 300 ans avant la fondation de Garthage.

(1) Voilà ce que dit la fable. Mais , selon l'histoire , quand Didon aborda en Afrique , Garthage était déjà fondée ; la princesse tyrienne ne fit qu'y bâtir une citadelle qu'elle appela Byrsa. Byrsa, en grec, signifie cuir, peau. — Pour plus de détails sur la fondation de Rome et de Garthage , voir les Lectures historiques de M. G. Raffy , t. I et III , chez E. Thorin, Paris.

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