MIDAS
» OU tu es appelée. Une partie de l'univers portera » désormais ton nom (1). »
— On a donné à cette fable diverses explications : voici une des plus naturelles. Des marchands crétois qui trafiquaient sur la côte de Phénicie, ayant vu la jeune Europe, dont la beauté les frappa, l'enlevèrent pour leur roi Jupiter-Astérius ; et comme leur vaisseau portait sur la proue un taureau blanc, on publia que Jupiter s'était changé en taureau pour enlever cette princesse. La fable ajoute qu'Europe ^ devenue l'épouse du roi de Crète, sut si bien gagner l'amour de ses peuples, qu'ils lui rendirent après sa mort les honneurs divins. Ses fils, Minos, Rhadamanthe et Sarpédon, auraient suffi d'ailleurs pour éterniser son souvenir.
§ 4. Midas.
MÎDAs, riche et stupide roi de Phrygie, était l'ami du dieu Pan et de Bacchus.
Un jour que Pati^ au milieu des nymphes, répétait des airs sur sa flûte à sept tuyaux, enorgueilli des éloges dont il était l'objet, il osa préférer les accords de son rustique instrument à ceux de la lyre d'Apollon; il eut même l'audace de proposer un défi, que le dieu de l'harmonie accepta sans balancer. Les deux rivaux prirent pour arbitre le vieux Tmolus, roi de Lydie ; autour d'eux les nymphes et Midas formaient un cercle nombreux et attentif. Pan, le premier, tira de son chalumeau quelques airs grotesques, dont l'oreille de Midas fut ravie. Apollon chanta ensuite, et maria les sons de sa voix aux ac-
(1) L'Europe : cette partie du monde commence, en effet, du côté dé l'Asie, à rîle de Crète.
cords divins de sa lyre. Tmolus, en extase, décida que la flûte de Pan devait céder à la lyre d'Apollon, et les nymphes unanimes applaudirent à ce jugement. Midas seul réclama la victoire pour le dieu Pan, et débita un long discours en faveur de son ami. Il parlait encore, lorsqu'il sentit éclore sous sa chevelure une paire d'oreilles longues et velues... Effrayé de ce prodige. Pan prit la fuite et ne dit mot : Apollon se retira vengé. Midas, confus, essaie de cacher ses oreilles sous un diadème. Son barbier les voit et brûle de publier une si plaisante aventure. Mais craignant la vengeance de Midas, et ne pouvant garder un secret trop pesant pour lui, il va dans une plaine éloignée, il y creuse la terre, et raconte tout bas, dans le trou qu'il a fait, l'histoire des oreilles miraculeuses ; il le referme ensuite, croyant de cette manière avoir enseveli son secret. Peu de mois après, la terre produisit en cet endroit une forêt de roseaux, qui ne cessaient de répéter, quand le vent les agitait : « Midas, le roi Midas a des oreilles d'âne. »
Fatigué de se voir en butte à mille traits satiriques, Midas quitta la Phrygie, et se retira auprès de Bacchus, qui, iDOur le consoler, offrit de lui accorder la première grâce qu'il demanderait. Le prince était d'une avarice sordide ; il demanda et obtint de pouvoir changer en or tout ce qu'il toucherait. Mais, avant la lin du jour, il eut à se repentir cruellement de son souhait. Les aliments en approchant de ses lèvres, se changeaient en or, et il serait mort de faim au milieu de ses richesses, si Baôchus, touché de sa peine, ne lui eût conseillé de se laver dans le Pactole^ fleuve de Lydie. Ce prince obéit, fut délivré de son incommode privilège, et le Pactole roula dès ce jour, avec ses flots, des parcelles d'or.