AGIS ET GALATÉE
§ 5. A.ci» et Galatée.
Galatée, la plus douce des Néréides, avait la plus vive amitié pour Agis, herger de Sicilej, et elle était payée de retour. Mais Polyphème avait aussi de rattachement pour cette nymphe , Polyphème , le plus hideux des çyclopes. Sa hauteur était celle d'une montagne ; sa bouche, qu'entourait une barbe épaisse, s'étendait jusqu'à ses oreilles ; au milieu de son front ridé, un œil rond et unique dominait deux narines pendantes. Tantôt il gardait ses troupeaux sur le rivage; tantôt il poursuivait dans le fond des bois les daims et les ours ; plus souvent il attendait les voyageurs sur des chemins écartés, les attirait dans son antre, les égorgeait pendant leur sommeil, et dévorait leurs membres palpitants. Avec cette figure et ce caractère, Polyphème s'avisa d'aimer Galatée, et il se flatta de s'en faire aimer ; il fit tout du moins pour lui plaire. Tantôt sur sa musette à sept tuyaux il murmure dès airs lamentables ; tantôt avec un râteau de fer il peigne ses noirs cheveux, et taille avec une faux sa barbe touffue ; tantôt il s'agenouille piteusement devant la grotte qu'elle habite. Un jour qu'il cheminait, triste et rêveur, sur le bord de la mer, il aperçut Acis, à qui la nymphe semblait promettre une éternelle amitié. Exaspéré à cette vue, il pousse un cri : Galatée se cache sous les ondes, Acis fuit parmi les roseaux, mais Polyphème a découvert son rival; il saisit une pierre énorme, la lui jette au front et le tue. Galatée, au désespoir, et ne pouvant rappeler Acis à la vie, le changea en un fleuve qui coule en Sicile et porte son nom.