‹ Mythologie grecque et romaine [microform]Chapitre 89 sur 105 · PSYCHÉ · texte numérisé non relu

PSYCHÉ

» maîtresse de ce palais : commande, et tu seras » obéie. » Psyché ordonne ; et tour à tour des ameublements de toute espèce, des étoffes brillantes, des parfums exquis , des fruits rafraîchissants s'offrent à elle ; un nombreux domestique s'empresse de la servir. L'existence lui paraît délicieuse; mais il manque à son bonheur de savoir à qui elle doit tant d'hommages efc de libéralités. Elle questionne ses sœurs, ses amies, ses esclaves, sans rien apprendre.

Le bienfaiteur restait caché pendant le jour; mais la nuit , il se glissait sous les berceaux de verdure , abordait Psyché, lui parlait affectueusement, lui demandait la promesse de n'avoir que lui pour époux. Avant l'aube, il disparaissait , et livrait Psyché aux tourments de la curiosité non satisfaite. ,'« Qui donc » es-tu? » s'écria-t-elle alors. « Qui donc es-tu, ô » toi qui semblés me chérir? Tu veux que je t'aime, » et tu te dérobes à mes regards , toi , le plus géné- » reux des mortels ! » Le prince persistait à demeurer invisible.

De leur côté , les sœurs de Psyché , jalouses de son bonheur et de la préférence que lui accordait l'Amour, redoublaient malicieusement sa curiosité inquiète, se faisaient une joie de son tourment, et lui inspiraient de la défiance contre son bienfaiteur. « Craignez, » lui disaient-elles, « craignez, ma sœur, d'être tôt ou tard » victime de votre sécurité. Savez-vous si cet inconnu, » qui se cache et craint le grand jour, n'est point un » monstre, un vampire, qui, après s'être familia- » risé auprès de vous , finira par vous étouffer? Pré- » venez-le. Prenez cette lampe et ce poignard. Voyez » à qui vous avez affaire ; et si nos craintes se trou- » vent fondées, frappez votre ennemi. » Psyché, simple et crédule, ne découvre pas la perfidie de ce discours, et ne rêve plus qu'aux moyens d'éclaircir son

doute. Quand donc la nuit est venue, et que le jeune prince fatigué repose , elle s'approche du sofa où il sommeille... Quelle est sa surprise de voir endormi celui qu'elle cherche depuis si longtemps I « Il dort, » se dit-elle tout bas, « profitons du moment. 11 ne » peut cette fois échapper à mes regards. Je saurai » si c'est un vampire ou un mortel, et si je dois l'ai- » mer ou le frapper de ce fer. » Elle approche davantage, elle est près de lui : « Dieux immortels 1 Quoi ! » c'est là le monstre que jeredoutais, etquemes sœurs » m'avaient peint avecfde si affreuses couleurs ! C'est » l'Amour lui-même, dans toute la fleur de l'adoles- » cence ! Félicité inappréciable ! C'est lui qui me de- » mande pour "épouse 1 » A ces mots la jeune curieuse se baisse pour le contempler, et ne songe pas que ce mouvement fait pencher la lampe. Une goûte brûlante tombe sur le beau dormeur. Il se réveille en sursaut : « Ingrate Psyché , » lui dit-il , « vous me » connaissez maintenant. Votre bonheur dépendait » de votre ignorance ; je ne puis plus être à vous. »

Et soudain le palais aux grosses colonnes disparaît. Psyché se trouve seule , mal vêtue , au milieu d'un désert aride, immense. Partout le vide, le silence, la désolation. Le bruit d'un torrent lointain interrompt seul ses gémissements : elle court vers cette onde écumeuse pour y terminer son existence; elle s'y précipite ; mais la mort ne veut pas d'elle ; les flots la déposent mollement sur l'autre rive.

Elle se décide alors à aller interroger l'oracle de Vénus, à Paphos. Mais Vénus, qui en voulait à Psyché de ce qu'elle avait réussi à captiver l'Amour, la reçoit durement, et, au lieu de lui répondre, la condamne à divers travaux non moins rebutants que difficiles. Psyché obéit avec la docilité d'un enfant ; elle espère ainsi expier sa faute et fléchir son bien-

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