HYPERMNESTRE
Léandre , conduit par l'Amour , Eu nageant disait à l'orage :
« Laissez-moi gagner le rivage ; » Ne me noyez qu'à mon retour. »
Voltaire, à. l'âge de 15 ans.
§ 3. Bsnpermnestre.
Danaûs, frère jumeau d'Egyptus, occupait avec lui le trône d'Egypte, lorsqu'une querelle, survenue entre eux , força Danaûs de s'expatrier avec ses cinquante filles , et de chercher en Asie ou en Europe un établissement. Il vint d'abord à Rhodes, où il consacra une statue à Minerve ; puis il aborda sur les côtes du Péloponèse, où Gélanor, roi d'Argos, l'accueillit avec honneur. Le royaume d'Argos était déchiré par des guerres iùtestines dont l'habile Danaûs profita , et à l'issue desquelles le peuple , qui n'aime que le changement, lui adjugea la couronne.
Egyptus, voyant l'état florissant du royaume que gouvernait son frère , lui demanda ses filles en mariage pour ses cinquante fils , et les obtint. Mais Danaiis eut à peine donné son consentement a cette alliance, qu'il se souvint d'ini : racle qui lui avait conseillé de se défier de ses ^ \,adres. Danaûs était cruel : il ne recula pas devant le plus monstrueux des forfaits. Il appelle ses filles près de lui, il les arme d'un poignard , et leur fait jurer d'égorger leurs maris la première nuit des noces. Elles prêtent le serment fatal, et y obéissent toutes, excepté Hypermnestre , qui osa trahir son père et sauver son jeune époux. « Lève-toi, » lui dit-elle, « lève-toi, de peur qu'un » bras dont tu ne redoutes rien ne te plonge dans le » sommeil de la mort. Trompe la fureur de ton beau- » père ; échappe à mes barbares sœurs , qui , dans ce
» moment, assassinent chacune leur époux , Je ne veux » ni te frapper ni t'empêcker de fuir. Que Danaûs me » charge de chaînes pour t' avoir épargné , qu'il me » jette dans un vaisseau , et m'exile au fond de la s Numidiel... Toi, vole où te conduiront tes pieds » rapides et le soufEle des vents. Pars ! Vénus et la » nuit te favorisent. » Lyncée , c'était son nom , s'échappa du palais à la faveur des ténèbres , parvint heureusement aux frontières d'Argolide, et fut à l'abri des poursuites meurtrières de Danaûs. Hypermnestre, citée en jugement par son père, allait subir une injuste condamnation ; mais le peuple d'Argos se prononça en sa faveur , et la rendit à son époux.
§ 4. il.talaiite et Hippomène.
Atalante, fille de Schénée, roi de Scyros, était si passionnée pour la chasse, qu'elle ne quittait plus les bois ni les monts. Dans ces exercices répétés , elle devint si légère à la course qu'il était impossible de l'atteindre. Poursuivie un jour par deux centaures , elle eut assez d'agilité et de force pour les tuer à coups de flèches.
Demandée en mariage par une foule de prétendants, Atalante leur annonça, de concert avec son père, qu'elle ne donnerait sa main qu'à celui d'entre eux qui pourrait la vaincre à la course, mais qu'elle tuerait sans pitié ceux dont elle serait victorieuse. Plusieurs avaient déjà perdu la vie, lorsque Hippomène , favorisé par Vénus, se présenta pour cette lutte difiB.cile. La déesse lui avait donné trois pommes d'or, cueillies au jardin des Hespérides , et l'avait instruit de l'usage qu'il en devait faire. Le signal de la course est donné : Hippomène s'élance le premier dans la
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lice , et laisse adroitement tomber ses trois pommes , à quelque distance l'une de l'autre. Atalante les ramasse, perd du temps, est devancée, et devient l'épouse de son vainqueur.
§ 5. Sémélé.
Sémélé, fille d'Hermione et de Gadmus, habitait la ville de Tbèbes en Béotie.
Jupiter l'aimait : Junon imagina contre elle une ruse digne de l'enfer. Elle se déguisa en vieille femme pour l'aller trouver, couvrit sa tête de cheveux blancs, rendit sa peau toute ridée, marcha d'un pas mal assuré ; on l'eût prise pour Béroé, nourrice de Sémélé, tant elle en avait les traits, la démarche, la voix tremblotante. Après qu'elle eut entretenu la princesse de choses indifférentes, elle fit habilement tomber la conversation sur Jupiter, a Plût au ciel, » dit-elle, « que ce fût Jupiter lui-même qui vous ai- » mât! Mais je crains pour vous, ma pauvre enfant. » Combien de jeunes personnes ont été trompées par » de simples mortels, qui avaient emprunté le nom 3> de quelque dieu ! S'il est vrai que Jupiter ait tant » d'affection pour vous, exigez qu'il vous en donne » une marque infaillible ; qu'il vienne vous voir dans » tout l'appareil de sa gloire et avec toute la pompe » de la majesté souveraine. t> La fille de Gadmus, persuadée par ce discours, dont elle ne soupçonnait pas la méchanceté, implora de Jupiter une grâce, sans la lui spécifier d'avance. « Vous pouvez exiger » de moi, » lui dit ce dieu, « tout ce que vous vouy> drez : vous ne serez point refusée, j'en jure par le » Styx. » Sémélé, au comble de la joie, se hâte de poursuivre -. « Quand vous viendrez me voir, » lui
dit-elle, a paraissez avec toute la majesté qui vous » environne dans l'Olympe... »
Jupiter voulut lui fermer la bouche pour l'empêcher d'achever; il n'était plus temps. Pénétré de douleur, il remonta au ciel, où il assembla les nuages, le tonnerre, les éclairs, et ce foudre enflammé dont les coups sont inévitables. Dans cet appareil éblouissant, il vint accomplir le vœu imprudent de Sémélé : le palais s'embrasa, et elle fut réduite en cendres.
§ 6. 'Eue f^aut de I^eucade.
Leucade ou Leucate est une île de la mer Ionienne, près de Corfou.
Cette île est fameuse par son promontoire, d'où se précipitaient dans la mer les amants malheureux qui voulaient se guérir de leur passion, et perdre le souvenir de leurs peines. Vénus, qui regrettait toujours Adonis, et pleurait sa perte, eut recours à la science d'Apollon, dieu de la médecine, qui lui conseilla le saut de Leucade : elle obéit, et fut toute surprise, au sortir des eaux, de se trouver tranquille et consolée.
Ce remède était regardé comme infaillible. Des pays les plus éloignés on se rendait à Leucade. On se préparait à l'épreuve du saut par des sacrifices et des offrandes ; on s'y engageait par un acte. religieux ; on se persuadait qu'avec l'aide d'Apollon on survivrait à la chute, et qu'on retrouverait, en cessant d'aimer, le calme et le bonheur.
Quel fut le mortel qui osa le premier suivre l'exemple de Vénus ? On l'ignore ; mais on sait que nulle femme ne survécut à cette redoutable épreuve ; quelques hommes y résistèrent : tel fat le poète Nicostrate.