‹ Mythologie grecque et romaine [microform]Chapitre 92 sur 105 · PHAON ET SAPHO · texte numérisé non relu

PHAON ET SAPHO

Les prêtres de l'île, voyant qu'on abandonnait ce remède, pire en efîet que le mal, cherchèrent un moyen de rendre le saut moins dangereux. Des filets, artistement tendus au pied du roc, empêchaient les amants de se blesser dans la chute ; et des barques, disposées à l'entour, les recueillaient au plus vite et leur prodiguaient des soins. Plus tard enfin, ceux qui allaient à Leucade, trouvant encore insuffisantes ces précautions, se rachetèrent du saut en jetant à la mer, du haut du promontoire, un coffre plein d'argent : les prêtres veillaient à ce que rien ne se perdît, et la cérémonie se terminait à la satisfaction générale.

§ 7. Ptiaon et Sapbo.

Phaon était un jeune batelier de la ville de Mitylène dans l'île de Lesbos.

Vénus s'étant présentée un jour, déguisée en mendiante, à la barque de Phaon ^ celui-ci , sans être rebuté par ses haillons, l'admit avec bonté, la transporta sur le rivage d'Asie, et l'aida même, par quelques secours d'argent, àcontinuersaroute. La déesse, touchée de ce bienfait, lui donna un vase de parfums, dont il n'eut qu'à faire usage pour devenir le plus beau des hommes. Toutes les dames de Mitylène cherchèrent à le captiver; Sapho même, jusqu'alors insensible, éprouva pour lui un insurmontable attachement, et se flatta de pouvoir gagner son cœur. EUe se trompait. Phaon, d'un caractère froid et morose, donnait à peine quelque attention à ses prévenances. Mais les voyant se répéter, et devenir à la fin journalières et importunes, il prit une résolution dictée par sa farouche humeur ; il s'exila volontairement, et mit,

entre la jeune Lesbienne et lui, l'intervalle des mers. Sapho ne se décourage pas; elle part; elle arrive en Sicile, où Phaon venait de débarquer, et essaie encore de l'attendrir par le double charme de ses vers et de sa voix. Nouvelles mortifications : elle le trouve aussi glacé que jamais. Alors, n'écoutant plus que son désespoir, elle se rend à Leucade, se jette du haut de la roche fatale, et disparait sous les flots. Les habitants de Lesbos lui élevèrent des temples, lui rendirent les honneurs divins, et firent graver son effigie sur leur monnaie. Le surnom de dixième Muse lui fut donné par la Grèce entière , admiratrice de de ses élégies touchantes et de ses odes passionnées.

§ 8. Epiménide.

Epiménide, philosophe crétois, vivait du temps de Selon. Fort jeune encore, il paissait les brebis de son père, et s'égara avec son troupeau. Forcé par l'approche de la nuit à chercher un gîte, il se coucha au fond d'une caverne, s'y endormit, et y resta plongé dans un sommeil qui dura cinquante-sept ans. Réveillé enfin par un grand bruit, il chercha son troupeau, ne le vit point, et s'en retourna plein d'inquiétude à son village. Tout y avait changé de face. Il cherche longtemps sa maison; et, lorsque après beaucoup de peine, il l'a trouvée, personne ne veut le reconnaître, excepté son frère cadet, qui était déjà vieux, et auquel il conta son aventure. Le bruit de ce miracle se répandit dans toute la Grèce ; Epiménide y fut regardé comme un homme chéri du ciel, et on vint le consulter comme un oracle. Il mourut âgé d'environ 200 ans ; et pendant cette longue carrière, sa seule nourriture fut l'ambroisie, que lui fournissaient les nymphes de Crète. — Cette fable

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